La
méthode que les chefs d’Etats et de gouvernement, réunis
les 14 et 15 décembre au sommet de Laeken, ont
finalement retenu pour revoir l’architecture
institutionnelle de l’Europe s’inspire de la procédure
mise en œuvre en 2000 pour l’élaboration de la
Charte des droits fondamentaux. Ce changement de méthode
revient à reconnaître que le développement de
l’Union a désormais, pour chacun de ses membres,
des conséquences trop politiques pour être laissé
dans les seules mains des hauts fonctionnaires et des
diplomates.
Aux
côtés des représentants des Etats, qui
traditionnellement modifiaient dans une grande
solitude l’architecture institutionnelle de
l’Europe, vont cette fois siéger au sein d’une
Convention des parlementaires européens et nationaux,
des élus et des membres des gouvernements des pays
candidats. A un travail de techniciens, va donc se
substituer une approche plus transparente – les débats
seront publics et ouverts aux contributions de la société
civile – et plus politique.
Þ
La fine fleur du monde politique européen
La
Convention regroupe une cinquantaine d’anciens chefs
de gouvernement, de ministres en exercice ou à la
retraite. Outre son président (Valéry Giscard
d’Estaing) et ses deux vice-présidents, les anciens
premiers ministres belge Jean-Luc Dehaene et italien
Giuliano Amato, la Convention se compose de 15 représentants
des actuels Etats membres de l’Union (1 par pays),
de 30 membres des Parlements nationaux (2 par Etat),
de 16 députés du Parlement européen et de deux représentants
de la Commission (Antonio Vitorino et Michel Barnier).
Les pays candidats sont admis dans les mêmes
conditions (1 représentant du gouvernement et 2
membres des Parlements nationaux) et participent aux délibérations
sans pouvoir cependant participer aux votes éventuels.
Un présidium composé de 12 membres organise les débats
publics en sessions plénières.
Þ
Les objectifs
La
mission de la Convention sur l’avenir de l’Europe,
telle qu’elle est définie dans la Déclaration de
Laeken, est « d’examiner les questions
essentielles que soulève le développement futur de
l’Union européenne et de rechercher les différentes
réponses possibles. »
Au
mot « convention », on trouve cette définition
dans le Petit Larousse : « Assemblée réunie
pour réviser, élaborer ou adopter une constitution ».
Pourtant, il semble actuellement impossible que le débat
s’oriente vers l’adoption d’une vraie
constitution, élaborée par une Assemblée
constituante. La perspective d’une vraie
constitution n’est, en fait, défendue que par le
Parlement européen. Elle n’est pas envisagée dans
les préparatifs du Conseil européen de Laecken qui
s’oriente plutôt vers « un traité
constitutionnel » ou un « traité
fondamental ». L’élaboration d’un nouveau
texte incombera à une Conférence
intergouvernementale.
Plus
précisément, la réflexion de la Convention doit
porter, entre autres, sur :
-
la répartition des compétences entre l’Europe, les
Etats membres et les régions ;
-
la simplification des traités ;
-
l’intégration dans le traité de la Charte des
droits fondamentaux adoptée en décembre 2000 à
Nice, l’adoption d’une constitution européenne ;
-
le rôle des Parlements nationaux dans la future
architecture institutionnelle de l’Union.
Les
Quinze ont soumis à la Convention une liste de 54
questions qui sert de cadrage à ses travaux :
Quelles tâches doivent incomber à l’Union et
lesquelles doivent relever de la compétence des Etats
membres ? Comment appliquer le principe de
subsidiarité ? Comment formuler une politique
extérieure commune plus cohérente ? Faut-il
davantage de décisions prises à la majorité qualifiée ?
Comment peut-on renforcer l’autorité et
l’efficacité de la Commission européenne ?
Comment doit être désigné le président de la
Commission européenne : par le Conseil européen,
par le Parlement européen, par le suffrage universel
direct ? Comment accroître la légitimité démocratique
des institutions actuelles ? Faut-il renforcer le
rôle du Parlement européen ? Revoir le mode
d’élection des eurodéputés ? Les Parlements
nationaux doivent-ils être représentés dans une
nouvelle institution à côté du Parlement européen
et du Conseil ? Faut-il faire une distinction
entre un traité de base et les autres dispositions
des traités ? Que faire de la division en trois
piliers des politiques de l’Union ? … Michel
Barnier a proposé d’organiser ces questions en
trois chapitres : les valeurs et grands objectifs
de l’UE, les politiques et la répartition des compétences,
les questions institutionnelles. Le Parlement européen
en a suggéré deux autres : la politique extérieure
commune et la légitimité démocratique de l’Union.
Une fois qu’elle aura répondu à ces
questions, un vrai débat, non encore tranché,
portera sur les pouvoirs de la Convention :
le projet belge évoque des « recommandations »,
mais les plus réticents souhaitent qu’elle se borne
à imaginer des « options » pour
l’avenir, laissant la plus grande marge de décision
aux gouvernements.
Þ
Le calendrier
Pendant
un an, la Convention va siéger à Bruxelles. Elle se
réunit une fois par mois en séance plénière et
publique, le présidium chargé de préparer les débats
se réunit quant à lui une fois par semaine. Valéry
Giscard d’Estaing a distingué trois étapes :
l’écoute, la synthèse et la formulation de
propositions. A l’issue de cette année, elle établira
un document final « qui pourra comprendre soit
différentes options, soit des recommandations en cas
de consensus ». La Convention présentera son
rapport définitif en juin 2003. Après une période
de « décantation » d’environ six
mois, ce document servira de point de départ aux négociations
d’une Conférence intergouvernementale qui prendra
les décisions finales. Le Conseil européen des chefs
d’Etat et de gouvernement décidera alors ce qui
doit ou ne doit pas être retenu.
Þ
L’actualité de la Convention
Dans
son document préparatoire à la troisième réunion
de la convention qui a eu lieu en avril 2002, le Présidium
avait posé quatre questions auxquelles le député
européen Olivier Duhamel a tenté de répondre dans
son intervention dont voici quelques extraits :
A
la question « Quelles nouvelles missions pour
l’Union européenne ? », il a notamment répondu :
« D’abord contribuer à la paix, au développement,
à la prospérité. L’Europe doit exister et peser
sur la scène mondiale. Srebrenica ou le génocide du
Rwanda, plus jamais ça. Il faut une politique étrangère
et une défense européenne, pour les Européens,
comme pour le reste du monde. L’Union doit pouvoir
parler d’une seule voix, agir d’un seul élan, le
cas échéant jusqu’à faire la guerre (…). Enfin,
se faire aimer. Ne travaillons pas uniquement sur les
institutions. Ecoutons la voix de ceux qui soulignent,
comme Chris Patten, le besoin d’un attachement émotionnel
à l’Union. Ses concitoyens en ignorent presque
tout, à commencer par la liste exacte des pays
membres. Affichons la carte de l’Union dans toutes
les salles de classes. Osons être naïfs et généreux.
Imaginons d’autres mesures concrètes et/ou
symboliques. »
Þ
Le témoignage d’une stagiaire au sein de la
Commission européenne
Titulaire
d’un DEA de droit communautaire, Marion Séguret a récemment
été l’une des 40 stagiaires français (sur 600 au
total). Elle a effectué un stage de 5 mois à la
Commission au sein du Secrétariat général rattaché
à la Task Force « Convention-Avenir de
l’Union ». Marion Séguret était notamment en
charge du suivi des relations avec la société
civile. Celles-ci s’effectuent essentiellement via
le portail internet « futurum »
qui invite tous les représentants de la société
civile à adresser leurs contributions,
que celles-ci soient centrées sur des intérêts
particuliers ou élaborées dans une perspective plus
générale. Ainsi, le « Bureau des langues les
moins répandues » a adressé une contribution
sur l’importance du maintien du plurilinguisme au
sein de l’Union. On y retrouve dans les onze
langues, des analyses et des propositions qui émanent
d’institutions de l’Union, d’associations et
autres ONG, de « think tanks », des
milieux académiques …
Chaque
semaine, des invités politiques réagissent aux débats.
Elaboré suivant le même schéma que le dialogue préliminaire
à l’adoption de la Charte des Droits fondamentaux
qui avait suscité plus de 4 000 propositions émanant
de la société civile européenne, ce débat ouvert
sur la Convention répond à un véritable souci de
transparence et de démocratisation dans la
construction européenne.
« Quel
que soit le résultat des travaux de la Convention,
c’est une bonne idée de s’ouvrir et d’avoir une
réflexion plus vaste que simplement
intergouvernementale. Je suis optimiste sur les
conclusions. » Marion Séguret
Þ
Sites internet sur la Convention
-
Site officiel de la Convention pour l’avenir de
l’Europe : http://european-convention.eu.int
-
Site de la Commission européenne sur la Convention :
http://europa.eu.int/futurum
-
Site du Parlement européen : http://www.europarl.eu.int/europe2004/index_fr.htm
-
Site du Ministère des Affaires étrangères : http://www.diplomatie.gouv.fr/actu/actu.asp
-
Site de l’Assemblée nationale sur la Convention :
http://www.assemblee-nationale.fr/europe/convention.asp
-
Site
du Sénat :
http://www.senat.fr/Europe/debat_avenir.html
-
Site des jeunes européens : http://www.jeunes-europens.org/convention
- Site de la Convention pour les jeunes : http://register.consilium.eu.int
- « Be an EU decision-maker », un
jeu de simulation organisé entre l’IEP de Paris et
l’Université de Cologne qui permet une
participation active des étudiants aux travaux de la
Convention : http://www.epsnet.org/copas.htm