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Cette série d'articles publiée dans les Cahiers
européens d'Houjarray est issue de l'ouvrage collectif
réactualisé "Citoyennetés nationales, citoyenneté
européenne" coordonné par Françoise Parisot,
Présidente de l'Association Futur-Présent. Il a été publié
aux éditions Hachette en 1998 avec l'aimable soutien de la
Commission européenne (Programme SOCRATES - Education des
adultes), le ministère délégué aux Affaires européennes,
le ministère de l'Education nationale, la Caisse des
dépôts et consignations, la fondation Maginot.
La
mise à jour a été réalisée par Françoise Parisot
avec la participation de Delphine
Lemarinier, diplômée de l'IEP de Grenoble et de Paris
IX-Dauphine, et de Muriel Fendrich, Professeur de Lettres.
Cet
ouvrage est disponible sur commande aux éditions
Hachette (Education 1998).
Suite du dossier précédent
(Espagne, Portugal)
paru dans les Cahiers Européens d'Houjarray n° 4
(3ème partie)
SOMMAIRE
:
I
- Belgique
1
. Un peu d'Histoire
2
. La Citoyenneté en Belgique
*
Commentaires et réflexions
*
Le développement du concept de citoyenneté
*
L'évolution de la citoyenneté dans l'histoire politique
belge
*
Participation et engagement de la population à la vie
politique
*
Le civisme aujourd'hui
*
La citoyenneté : plus que des droits politiques
*
La citoyenneté de l'Union
*
L'éducation civique
*
Encadré: Constitution du Royaume de Belgique
*
Bibliographie
*
Sites Internet sur l'histoire et les institutions belges
II
- France
1.
Un peu d'Histoire
2.
Le modèle français de citoyenneté et l'Europe
*
L'invention révolutionnaire de la citoyenneté à la
française
*
Un long processus d'inclusion : de l'égalité de droit à
l'égalité de fait
*
La citoyenneté vécue : déclin ou mutation du civisme ?
*
Conclusion : le modèle français de citoyenneté et
l'intégration européenne
*
Encadré: Constitution de la République française
*
Notes de bas de page et bibliographie
*
* * * * *
Belgique
CITÉ :
BURG
CITOYEN :
BURGER
1
- Un
peu d’histoire… (1)
Des
origines à l’indépendance
La
« Gaule Belgique » est habitée par des peuples
d’origine celte et germanique et conquise par César en
57-51 avant J.-C. Elle est organisée en provinces par
Auguste. Elle s’étend du Rhin aux confins de la région
parisienne, et de la mer du Nord au lac Léman. Elle sera
par la suite divisée en trois provinces. La Belgique
romaine joue un rôle important dans la stratégie et l’économie
de l’Empire. Les invasions germaniques (Francs, Saxons et
Frisons) ont une influence plus marquée sur les territoires
du nord (Flandre, Brabant, Campine), notamment sur le plan
linguistique, que sur ceux du sud (Wallonie) fortement
romanisés.
Le
pays se christianise entre le IVe et le VIIe siècles.
La
Belgique est une portion de l’Empire carolingien. Mais à
la mort de Charlemagne, lorsque ses petits-fils se partagent
l’Empire, la Flandre est rattachée au royaume de France
et les territoires situés à l’est de l’Escaut au
royaume de Germanie en 925. Au XIe siècle se créent des
associations de marchands appelées les guildes ; elles
contribuent à l’essor économique.
À
partir du XVe jusqu’au XVIIIe siècle, l’histoire des
principautés belges se confond avec celle des Pays-Bas.
L’unification est tout d’abord tentée par les ducs de
Bourgogne, puis par les Habsbourg d’Espagne (XVI-XVIIe siècle)
et d’Autriche (XVIIIe siècle). Le protestantisme s’est
répandu sous le règne de Charles Quint (1516-1556). Des révoltes
politico-religieuses éclatent entre les catholiques du Sud
et les protestants du Nord (l’Union d’Utrecht). Les
Provinces-Unies du Nord obtiennent leur indépendance en
1648. Cette époque voit naître de très grands peintres :
Bruegel l’Ancien au XVIe siècle est un des maîtres
flamands les plus renommés, et Rubens au XVIIe siècle.
Après
une tentative éphémère d’indépendance en 1790, les
provinces belges du Sud deviennent françaises de 1795 à
1815, puis hollandaises dans le cadre du royaume des
Pays-Bas de 1815 à 1830. La politique des Hollandais
provoque une insurrection le 15 août 1830. L’indépendance
de la Belgique est proclamée le 4 octobre de la même
année. La Belgique est reconnue par la Conférence de
Londres le 20 janvier 1831 et en 1839 par les Pays-Bas
qui ont dû céder Anvers aux Belges.
Le
royaume de Belgique
La
Couronne est remise à Léopold Ier de Saxe-Cobourg le 21 juillet
1831. La Constitution s’inspire du libéralisme bourgeois
et catholique et entérine la création d’une monarchie
parlementaire et héréditaire.
Le
pays est riche économiquement, mais sa vie politique est
secouée par les luttes entre les libéraux anticléricaux
et les catholiques. Sous Léopold II (1865-1909), la
Belgique s’implante au Congo. Ce règne est prospère,
mais l’industrialisation rapide engendre la pauvreté des
masses et incite à la création du parti socialiste belge
(parti ouvrier) en 1885, et à la montée d’un
catholicisme social, « l’école de Liège ».
Parallèlement, se développent la démocratisation des
institutions et les revendications flamandes. En effet, les
Flamands considèrent la francophonie et les francophones
comme favorisés sur tous les plans. Le règne d’Albert
Ier est dominé par la Première Guerre mondiale et celui de
Léopold III par la Deuxième.
Après
1945, la Belgique connaît un redressement spectaculaire.
Mais le roi est confronté à de graves problèmes. Léopold
III abdique en faveur de son fils Baudouin Ier. En 1977, Léo
Tindemans, à la suite de réformes constitutionnelles, et
par le pacte d’Egmont, découpe le pays en trois régions
fédérées : la Wallonie de langue française, la
Flandre de langue flamande et allemande, et Bruxelles
bilingue. Depuis la mort de Baudoin (1993), Albert II est
devenu roi des Belges dans le cadre de l’État fédéral
nouvellement constitué.
Toutefois
certaines difficultés subsistent dans le rapport entre les
différentes communautés. L’équilibre entre ces trois
communautés est difficile à maintenir. Le débat actuel se
porte sur la question des « communes à facilités »
de la région bruxelloise (communes dans lesquelles les
minorités linguistiques sont protégées par un statut spécial,
notamment en ce qui concerne l’édition de documents
administratifs dans leur langue, afin de favoriser leur intégration
civique dans la ville où ils demeurent). En effet, en
novembre 1997, le ministre flamand des affaires intérieures,
Leo Peeters, annonce, dans une circulaire désormais connue
sous son nom, sa
volonté de mettre un terme aux facilités des 6 communes de
la périphérie bruxelloise. Ces communes situées en zone
flamande, ne communiqueront plus automatiquement les
documents administratifs en français à leurs habitants
francophones, mais devront attendre une demande expresse de
ces derniers pour leur fournir dans leur langue maternelle.
Cette circulaire était aujourd’hui au cœur des débats
civiques belges, et le Conseil de l’Europe, saisi du problème,
a crée une mission d’information sur le statut de la
minorité francophone dans la périphérie bruxelloise.
La
Belgique au cœur de l’Europe
Bruxelles
abrite le siège des Communautés européennes (Commission
européenne, Conseil des ministres, Comité économique et
social, Comité des régions).
Le
protocole de l’Union douanière entre la Belgique, les
Pays-Bas et le Luxembourg a été signé à La Haye en
1947 pour former le Benelux. Il s’agit du premier événement
communautaire, et bien d’autres suivront. Les
gouvernements successifs s’attachent à promouvoir la
construction européenne.
Commentaires
et réflexions (2)
Qu’est-ce
que la citoyenneté ? Qui est le citoyen ? En néerlandais,
le mot « citoyen », burger,
ne signifie que depuis peu de temps « membre d’une
communauté étatique ». En premier lieu, burger
signifie « habitant d’une ville » avec tous
les droits que cette appartenance implique. Le mot est
synonyme de poorters qui fait référence aux habitants d’une cité ou bourg,
qui, au Moyen Âge, avaient obtenu des droits et des privilèges
des seigneurs féodaux. Finalement, burger
fait référence à la bourgeoisie, la classe des marchands
possédants. Dans ce sens, le mot a pris une connotation négative.
Vu la conception de la citoyenneté à l’heure de l’indépendance
belge, il est important d’indiquer cette signification.
En
français, le mot « citoyen » fait référence
à « cité » et évoque l’appartenance à, et
l’engagement dans une organisation étatique.
La
citoyenneté recouvre plusieurs notions et évoque une série
d’associations : État, citoyen, nationalité,
civisme, éducation civique, devoirs civiques, droits
civils, service militaire, impôts, droits sociaux, droits
politiques, droit de vote, exercice de fonctions publiques,
etc.
Dans
les temps modernes, la citoyenneté est le statut de ceux
qui appartiennent à un État national. La relation entre le
citoyen et l’État s’exprime à trois niveaux, notamment
dans les droits politiques, les droits civils et les droits
sociaux. Ces droits sont des éléments indispensables au
statut de citoyen, mais l’exercice des droits politiques
est celui qui se manifeste le plus. Par ce biais, le citoyen
est le détenteur du pouvoir par rapport à l’État.
Dans
cet esprit, la citoyenneté élève le citoyen au-dessus de
sa position de « sujet ». Aujourd’hui, la
citoyenneté ne se limite plus à une relation juridique et
politique : elle s’étend à la vie en société,
dans une solidarité et une équité que garantissent les
droits sociaux.
L’interprétation
de la citoyenneté dans les États nationaux remonte aux idées
des philosophes et des hommes politiques, qui cherchaient à
organiser dans la société la participation des citoyens à
l’exercice du pouvoir : par exemple, John Locke
(1632-1704), Charles de Montesquieu (1689-1755),
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Emmanuel Kant
(1724-1807). La Révolution française mettait au premier
plan les idées de liberté, d’égalité et de fraternité
entre tous les citoyens. La vraie signification de cette égalité
se manifestait dans la Constitution française de 1791 qui
faisait la distinction entre « citoyens actifs »
et « citoyens passifs ». Les droits inhérents
à la citoyenneté à part entière n’étaient pas conférés
à tous. Pour le développement de la notion de citoyenneté
après la Révolution française, la conception de Diderot :
« C’est la propriété qui fait le citoyen »
est très importante. La citoyenneté active et à part entière
était donnée exclusivement aux « indépendants »
qui jouissaient de revenus suffisants. Les femmes, les
enfants et ceux qui vivaient et travaillaient sous contrat
– ceux qui vivaient dans la dépendance – ne jouissaient
que de la citoyenneté passive. La citoyenneté belge est héritière
de cette tradition.
Dans
cette partie, nous partons de la conception classique
occidentale qui caractérise la citoyenneté par la
possibilité qu’a l’individu de participer aux affaires
publiques par l’exercice de ses droits politiques :
« Le citoyen est la personne jouissant de l’aptitude
aux droits politiques»
Le
suffrage censitaire (1830-1893)
En
1830, l’Assemblée constituante optait pour une monarchie
parlementaire bicamérale avec une Chambre des représentants
et un Sénat. L’Assemblée constituante s’est inspirée
du régime parlementaire anglais, du travail des encyclopédistes
français, de la Constitution de la Monarchie de Juillet en
France et de la Constitution hollandaise de 1815.
La
participation aux structures de la nation était réservée
aux personnes qui avaient un intérêt dans l’existence de
la nation et étaient censées être capables de gérer les
affaires publiques. Le droit de vote était considéré
comme une fonction de la classe possédante. Dans la Chambre
des représentants, le droit de vote et d’éligibilité était
confié à tous les hommes âgés de plus de 25 ans payant
une somme déterminée d’impôt annuel (le cens). Pour le
Sénat, le cens était beaucoup plus élevé. Par conséquent,
les premiers sénateurs étaient tous de grands propriétaires.
L’âge d’éligibilité était aussi plus élevé, à
savoir 40 ans. Les représentants et les sénateurs étaient
élus dans un système de suffrage direct majoritaire. En
1877, le système consistant à proposer des candidats sur
des listes est entré en vigueur.
Le
suffrage universel avec le vote plural (1893-1919)
Au
milieu du XIXe siècle, des libéraux radicaux avaient déjà
proposé d’élargir le droit de vote. Dans un premier
temps, le cens a été baissé, mais le suffrage censitaire
existait toujours. La naissance du parti des travailleurs
belges et les troubles sociaux provoqués par une situation
économique difficile obligèrent les forces conservatrices
à assouplir leur position. Le roi Léopold II était lui
aussi favorable à l’introduction du suffrage universel.
Pourtant,
le suffrage universel simple n’a pas été accepté. Les
partis traditionnels – les libéraux et les catholiques
conservateurs – craignaient un bouleversement dans les
rapports de force au Parlement. Finalement, on a abouti à
un compromis, à savoir le suffrage universel avec le vote
plural.
Dorénavant,
tout homme ayant 25 ans possédait le droit de vote, mais il
était possible d’acquérir un ou deux votes supplémentaires
sur la base de capacité ou propriété. Suivant la
proposition du ministre catholique Auguste Beernaert
(1829-1912), l’obligation de vote était inscrite dans le
Code électoral. Le cens d’éligibilité était réduit de
moitié. De plus, le Corps des sénateurs était complété
par des sénateurs provinciaux, qui étaient élus au sein
des conseils provinciaux et qui n’étaient pas soumis aux
exigences du cens. Malgré tous ces changements, les
socialistes éprouvaient encore beaucoup de difficultés à
obtenir un siège de sénateur.
Sous
l’impulsion des libéraux, le système de la représentation
proportionnelle est introduit avant les élections de 1900.
Le
suffrage universel pour les hommes (1919-1948)
Avant
la Première Guerre mondiale, tous les partis s’étaient
mis d’accord pour passer au suffrage universel simple. Les
élections de 1919 se sont réalisées en appliquant le
suffrage universel pour les hommes. En 1921, ce changement a
été inscrit dans la Constitution. Le droit de vote était
accordé à tout homme majeur de plus de 21 ans sans
distinction de fortune ni de capacité. Le Corps des sénateurs
était encore élargi par des sénateurs cooptés, qui
pouvaient être des personnes indépendantes des partis
politiques.
Le
suffrage universel pour les hommes et les femmes (1948)
Les
femmes espéraient que les révolutionnaires français les
reconnaîtraient comme des citoyennes à part entière. Cela
n’a pas été le cas. Par la suite, le Code Napoléon de
1804 établissait dans la loi l’inégalité entre hommes
et femmes. Le pouvoir du mari et le devoir d’obéissance
de la femme en constituaient les pierres angulaires. La
Constitution belge de 1831 confirmait cette inégalité.
En
Belgique, la lutte pour l’égalité des droits entre
hommes et femmes a commencé vers 1850. L’éducation plus
poussée des filles devait contribuer à remédier à la
situation inférieure des femmes. L’idée d’accorder le
droit de vote aux femmes comme aux hommes – promue par
Lucien Jottrand (1804-1877) – ne pouvait pas encore
percer. Dans l’opinion de la bourgeoisie dominante, le rôle
de la femme se situait en premier lieu dans la famille comme
mère, épouse, gérante de la maison. En même temps, les
femmes de la classe ouvrière étaient obligées d’entrer
sur le marché du travail avec des rémunérations très
faibles et sans sécurité sociale. Vers la fin du XIXe siècle,
plusieurs organisations de femmes se sont constituées.
Concernant l’attribution du droit de vote, les opinions étaient
divergentes. Des organisations successives ont essayé de développer
des conceptions et des actions communes.
L’attribution
du droit de vote aux femmes avait été l’objet de
discussions dans les débats de la révision
constitutionnelle de 1921. Avant et après la Première
Guerre mondiale, des pétitions étaient envoyées au
Parlement afin de plaider en faveur du droit de vote des
femmes. Des considérations électorales ont alors empêché
l’élargissement du droit de vote. Du côté libéral et
socialiste, l’opposition était plus forte parce que
« les femmes sont indifférentes, elles manquent de développement
et sont très conservatrices et cléricales ».
En
1948, le ministre des Affaires intérieures, Pierre
Vermeylen, considère que ces arguments étaient sans
fondements. La loi du 26 juillet 1948 met alors en vigueur
le système de suffrage universel pour les hommes et pour
les femmes.
En
1982, l’âge d’exercice du droit de vote est abaissé à
18 ans. En 1991, l’âge d’éligibilité pour la Chambre
des représentants est fixé à 21 ans.
Dans
la réforme de l’État la plus récente (1993), la législation
pour l’élection des structures régionales et
communautaires a été changée. Dorénavant, les représentants
du peuple sont élus au suffrage universel direct dans les
organes représentatifs. L’âge d’éligibilité des sénateurs
a été fixé à 21 ans.
Participation
et engagement de la population à la vie politique
Le
système électoral répond aux exigences classiques,
c’est-à-dire un scrutin général, direct, égalitaire,
secret et libre. Pour évaluer le fonctionnement de la démocratie
à l’heure actuelle, il faut introduire de nouveaux critères
dynamiques comme simplicité et transparence, le poids décisif
du vote de l’électeur, congruence sociologique et
concordance avec la culture politique.
Le
système électoral belge n’est pas simple. Les élections
au niveau local, régional, national et européen se déroulent
toutes selon des procédures différentes. L’application
de la représentation proportionnelle et ses mécanismes
correcteurs aboutit parfois à des résultats étranges,
mais pourtant logiques.
En
Belgique, comme dans d’autres pays, la société a vécu
un débat fort sur la participation du citoyen dans les décisions
politiques. En général, on parle de l’abîme entre le
citoyen et la politique. Ce débat a plusieurs facettes.
L’électeur a le sentiment que son vote n’a aucune
influence sur la représentation au Parlement, ni sur la
gestion du gouvernement. Les partis fixent de manière
interne l’ordre des candidats sur les bulletins de vote.
Les
ministres ne sont pas élus directement. Faut-il retourner
à un système majoritaire, qui accorde au vainqueur les sièges
à répartir ? Vu le large spectre des tendances
politiques et l’opposition permanente entre deux grandes
communautés, il semble qu’en Belgique l’application du
système majoritaire aboutirait rapidement à une
polarisation idéologique et linguistique non désirable.
Traditionnellement,
il est accepté que tous les pouvoirs appartiennent à la
nation. La Chambre des représentants et le Sénat représentent
la nation. Ainsi, le référendum – tant décisif que
facultatif – est exclu. La question royale en 1951
(succession de Léopold III par son fils Baudoin Ier) est la
seule à avoir donné lieu à un référendum dans
l’histoire politique de la Belgique. L’expérience a
profondément frustré la population parce que l’on n’a
pas tenu compte des résultats.
L’exercice
des droits politiques est réservé au niveau régional et fédéral
aux citoyens belges. Ainsi, les étrangers résidant en
Belgique sont alors dépourvus de ces droits, bien que
l’on tienne compte de leur nombre pour déterminer le
seuil de répartition des sièges. Du fait de l’entrée en
vigueur du traité de Maastricht, les citoyens des pays
membres de l’Union européenne ont pu exercer leur droit
de vote au moment des élections municipales de l’an 2000.
La
culture politique actuelle montre que la population témoigne
d’un niveau très bas de connaissance et de compréhension
de l’activité politique. Une éducation politique
minimale s’avère nécessaire pour pallier cette
situation. Cette problématique d’information et de compréhension
des affaires politiques se mêle à la question du sens du
système du vote obligatoire. Avec le Luxembourg et
l’Italie, la Belgique est un des derniers pays européens
qui connaisse le vote obligatoire. Le choix entre le droit
de vote et le vote obligatoire n’est pas sans conséquences.
Même dans la théorie, il est difficile de discerner le
système se révélant le plus authentique ou le plus représentatif.
Concernant le comportement des électeurs belges, des enquêtes
indiquent que la participation aux élections pourrait
diminuer considérablement si le vote obligatoire était
supprimé.
Dans
le monde politique, on est cependant convaincu qu’il est nécessaire
d’ouvrir ce débat et que l’engagement et la
participation du citoyen doit être une considération
primordiale. Cela implique qu’il faille mener ce débat
sereinement et que les leaders politiques ne se laissent pas
inspirer par des spéculations électorales. La
suppression du vote obligatoire pourrait constituer un
nouveau défi pour la classe politique afin de motiver les
citoyens à participer à la démocratie. À juste titre,
les nouvelles théories sur la citoyenneté posent la
question de l’influence et du pouvoir de décision des
citoyens dans les sociétés modernes. Dans ce
questionnement, la démocratie représentative n’est pas
épargnée non plus.
Cependant,
qu’est-ce qui est à l’origine du dysfonctionnement ?
Est-ce le système qui a permis le développement effréné
du pouvoir politique et de groupements d’intérêts
puissants ? Ou est-ce le citoyen qui se comporte comme
un client sur le « marché public » et qui
calcule rationnellement où et comment il peut obtenir le
plus grand bénéfice ?
En
Belgique comme dans les pays voisins, un abîme se creuse
entre le citoyen et la politique. Les élections
parlementaires du 21 novembre 1991 ont bouleversé le
monde politique. En Flandre, environ 25 % de l’électorat
a exprimé un vote en faveur du parti nationaliste d’extrême
droite et d’un parti à tendance anarchiste. Des enquêtes
ont révélé que cette partie de la population a voulu émettre
un vote antipolitique très net contre la gestion du
gouvernement et contre les partis traditionnels. Plus
que d’adhérer au programme intolérant du parti d’extrême
droite, les citoyens ont voulu donner un signal surtout en
Flandre où les partis politiques et plusieurs mouvements
sociaux se battent contre les tendances d’extrême-droite.
Déçus, ils se sont éloignés de la scène politique.
Les
Belges montrent relativement peu de confiance dans les
institutions publiques comme la police, le système
judiciaire ou le Parlement. Une grande permissivité se
manifeste face à des attitudes considérées inciviques
comme la fraude fiscale, des prestations sociales indûment
perçues, des pots-de-vin, l’utilisation illicite du
transport public, etc. Malgré la particularité de
l’État fédéral belge, il existe néanmoins une
conscience d’appartenance nationale qui est aussi forte
que le sentiment d’appartenance à la communauté flamande
ou française. Pourtant, l’identification et
l’enracinement dans la communauté locale sont plus
importants. Pourrait-on interpréter cet « amour pour
la communauté locale » comme une réaction contre le
manque de transparence et le déficit démocratique au
niveau des échelons supérieurs ?
Des
études récentes sur les valeurs des jeunes montrent que la
tolérance et le respect du cadre de vie individuel sont des
valeurs très importantes pour eux. Pourtant,
l’individualisation croissante et la sécularisation ne
devront pas aboutir à la conclusion que les jeunes se
replient sur eux-mêmes et ne respectent plus les « grandes
valeurs » ou le bien-être général. Les jeunes sont
aussi sévères que les citoyens âgés face à des
attitudes qui influencent négativement la vie en société.
De plus, ils restent préoccupés par les grandes
orientations dans le monde.
Jusqu’ici,
seul un aspect des droits politiques a été traité, à
savoir le droit de vote et le droit d’éligibilité. Les
autres droits classiques de la citoyenneté sont : le
service militaire, l’obligation de payer des impôts et
l’accès à la fonction publique.
Dès
l’indépendance de la Belgique, le service militaire a été
en vigueur sous des régimes différents. En 1993, une loi a
aboli le service militaire.
Bien
qu’à l’origine l’obligation de payer des impôts
incombait aux citoyens nationaux, le critère de résidence
effective a rapidement remplacé le critère de la
nationalité comme générateur de cette obligation. De la même
façon, des droits sociaux comme le droit à une indemnité
de chômage, le droit à des soins de santé, etc., sont
devenus des droits politiques.
La
naissance des Communautés européennes a changé profondément
le champ d’application de ces droits politiques.
En
effet, la Cour de Justice des Communautés européennes a
donné une interprétation restrictive de la fonction
publique en vertu du principe de libre circulation et du
libre établissement des citoyens dans l’Union européenne
et de celui de la non-discrimination : les seuls
emplois qui comportent une participation, directe ou
indirecte, à l’exercice de la puissance publique et aux
fonctions qui ont pour objet la sauvegarde des intérêts généraux
de l’État ou des autres collectivités publiques. Ainsi,
de nombreux services de la fonction publique sont aussi
ouverts aux citoyens européens. Aujourd’hui, cela
concerne le personnel enseignant, le personnel de la Poste,
etc.
Du
point de vue sociologique, il est possible de distinguer
d’autres formes de citoyenneté. La citoyenneté est ici définie
comme un ensemble de normes qui spécifient les entités
sociales et déterminent la forme de participation des
groupes respectifs. Dans cette définition, les limites
entre nationalité et citoyenneté s’émoussent.
L’acceptation courante de cette notion ouvre la voie à
l’extension du concept de citoyenneté vers une citoyenneté
sociale et économique. Selon T. H. Marshall et un
certain nombre de sociologues, la citoyenneté à part entière
est constituée par trois générations successives de
droits : des droits civils, des droits politiques et
des droits sociaux. Les droits sociaux comprennent l’éventail
complet allant du droit à un minimum de bien-être économique
et de sécurité au droit de partager pleinement l’héritage
social et de vivre la vie d’un être civilisé selon les
normes qui prévalent dans la société.
Les
droits sociaux sont la condition nécessaire pour être
libre dans une société et y assumer des droits et des
responsabilités. Néanmoins, une dépendance vis-à-vis de
la sécurité sociale risque de créer une catégorie de
« citoyens de second rang», qui ne se sentent pas
responsables du fonctionnement de l’État et de ses
structures de pouvoir. La distance avec l’État central se
manifeste par un intérêt nouveau pour l’échelle locale
comme une redécouverte de la vie décentralisée des
citoyens. Le nouveau citoyen actif cherche dans le
volontariat un recours contre le pouvoir éloigné des
partis investis et contre l’institutionnalisation de la
société « d’abondance ».
D’une
part, le flux migratoire des dernières décennies a fait
que, sur le plan local, nos sociétés ont connu une intégration
forte de cultures et d’éléments étrangers. Dans
beaucoup de grandes villes, il y a des communautés
importantes d’étrangers qui, dans la communauté où ils
vivent et travaillent, peuvent être considérés comme des
citoyens, au même titre que les nationaux belges. Afin de
promouvoir l’intégration politique au niveau local,
plusieurs propositions de lois se prononcent en faveur du
lieu de résidence permanent en remplacement du critère de
nationalité pour l’exercice du droit de vote. Alors
qu’aux Pays-Bas, en Irlande et au Danemark le droit de
vote au niveau local est accordé aux étrangers résidants,
le débat en Belgique est loin d’être clos, exception
faite des prérogatives accordées en 2000 aux résidants
originaires d’un Etat membre de l’Union européenne
(voir ci-dessous).
D’autre
part, nos sociétés s’intègrent de plus en plus profondément
dans des structures et des relations de coopération
internationale et transnationale. Sur le plan économique,
politique et social, les frontières nationales sont de plus
en plus dépassées. Ainsi, les distinctions qui se font à
partir de la nationalité ont tendance à perdre de
l’importance.
Le
traité sur l’Union européenne, en ce qu’il institue
une citoyenneté européenne, ouvre une brèche importante
dans l’édifice fusionné de la nationalité et de la
citoyenneté. La citoyenneté européenne reflète des éléments
de la double intégration sur le plan infranational et
supranational, car elle répond à d’autres attentes que
celle que la citoyenneté classique propose en principe (3).
Néanmoins, la citoyenneté européenne reste dépendante de
la citoyenneté nationale (art. 8.1 du Traité) et ne se
substitue pas à la citoyenneté nationale (complémentarité).
Le traité sur l’Union européenne crée un lien nouveau
entre les citoyens et l’Union, mais ne touche pas aux
droits et obligations qui découlent du lien de nationalité
entre les citoyens et les États.
En
vertu du traité sur l’Union européenne, le droit de vote
et d’éligibilité est accordé sur le plan local aux
citoyens de l’Union résidant dans un État membre autre
que celui de leur nationalité.
Par suite d’un retard dans l’application du Traité, les
citoyens de l’Union n’ont pas eu la possibilité de
participer aux élections municipales d’octobre 1994.
L’adaptation du Code électoral a permis la participation
des citoyens de l’Union aux élections municipales de
l’an 2000.
La
possibilité pour les citoyens de l’Union de participer
dans leur pays de résidence aux élections du Parlement
européen est une avancée très importante dans la
construction de l’Europe des citoyens, parce qu’elle met
en évidence le caractère européen de ces élections.
D’ailleurs des ressortissants d’autres pays membres de
l’Union ont participé avec succès aux élections de juin
1994, en Belgique et l’un d’entre eux a même été élu.
Rappelons
que selon le traité de Rome et les travaux législatifs qui
se sont réalisés par la suite, les citoyens des États
membres jouissent d’une série de droits économiques et
sociaux comme la libre circulation des personnes, le droit
d’établissement, la libre prestation de services et tous
les autres droits qui en découlent. Dans d’autres
domaines comme l’environnement, la sécurité sociale, les
soins de santé, l’éducation et la culture, la compétence
de l’Union est subsidiaire à la compétence des États
membres. L’insertion des droits politiques dans le traité
de Maastricht constitue une nouveauté : la protection
diplomatique, le droit de pétition et le recours au médiateur.
L’attribution de ces droits signifie un pas important en
relation avec la légitimité démocratique de l’Union et
de sa proximité avec les citoyens.
Dans
le cadre de la Conférence intergouvernementale, on pouvait
encore s’attendre à une extension des droits du citoyen
de l’Union – et probablement aussi à l’inclusion de
certaines obligations.
D’autres initiatives ont
été lancées, notamment en direction des jeunes, comme le
service volontaire européen.
Dans le développement de
la relation individu-société/citoyen-État, l’éducation
et l’enseignement jouent un rôle important. Dans le passé,
les programmes et les livres d’enseignement ont accordé
une attention spéciale à l’éducation civique, au développement
d’une identité nationale, au transfert dans la vie
courante du sentiment de nationalité, etc. De plus, la
citoyenneté et le civisme sont appris par des chansons, des
poèmes, des danses, des aspects rituels et informels de
l’éducation dans la famille, l’école, les mouvements
de jeunesse, etc.
Les discussions récentes
sur l’interprétation de la citoyenneté et la naissance
de nouveaux mouvements civiques et sociaux – différents
des partis politiques existants – indiquent la dynamique
de cette idée. Cette attention nouvelle influence la pensée
pédagogique et a des conséquences sur les programmes
d’enseignement.
La renaissance de l’intérêt
pour la conception de la citoyenneté débouche sur des
recherches nouvelles dans le domaine de la pratique de
l’enseignement en matière d’éducation civique. Nous
observons des accents nouveaux : « L’éducation
civique est l’activité d’enseignement qui doit éduquer
les jeunes à devenir des citoyens critiques, disponibles et
capables de penser et agir positivement dans un État de
droit démocratique intégré dans une communauté
internationale (l’Europe et le monde). »
Aujourd’hui, les personnes se sentent membres d’une société
internationale, ils s’appellent « citoyens du monde ».
Ici, la solidarité et le respect des droits fondamentaux
sont des éléments impératifs.
La tolérance joue un rôle
central dans les projets d’éducation d’une société
multiculturelle et transnationale : tolérance envers
soi-même, envers les autres, envers les détenteurs du
pouvoir, envers la société et envers les valeurs. De
« bons » citoyens acceptent les différences,
peuvent entrer en dialogue ; ils sont vigilants et
actifs, ils s’intéressent aux affaires publiques, ils
exigent la responsabilité politique des détenteurs du
pouvoir et ils s’engagent en faveur du développement
progressif de la société.
* *
*
|
Constitution
du Royaume de Belgique
du
17 février 1994
Des points importants
La
Belgique est un État fédéral qui se compose de communautés
et de régions.
(Elle)
comprend trois communautés : française, flamande et
germanophone.
(Elle)
comprend trois régions : wallonne, flamande,
bruxelloise.
(Elle)
comprend quatre régions linguistiques : de langue française,
de langue néerlandaise, bilingue de Bruxelles (capitale) et
la région de langue allemande.
La
région wallonne comprend les provinces suivantes : le
Brabant wallon, le Hainaut, Liège, le Luxembourg et Namur.
La région flamande comprend : Anvers, le Brabant
flamand, la Flandre occidentale et orientale, le Limbourg.
Les
droits fondamentaux
Les
Belges sont égaux devant la loi. La jouissance des droits
et libertés doit être assurée sans discrimination… ;
droits et libertés des minorités idéologiques et
scientifiques. La liberté individuelle est garantie… nul
ne peut être poursuivi que dans les cas prévus par la loi.
Le domicile est inviolable… nul ne peut être privé de sa
propriété.
La
mort civile est abolie (article 18). Liberté des cultes…
liberté d’opinion… sauf la répression des délits
commis… droit au respect de sa vie privée et familiale.
Chacun
a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine.
À cette fin sont garantis en tenant compte des obligations
correspondantes : les droits économiques, sociaux et
culturels. Ces droits comprennent notamment : le droit
au travail et au libre choix d’une activité
professionnelle… le droit à la Sécurité sociale, à la
protection de la santé… le droit à un logement décent…
le droit à la protection d’un environnement sain.
L’enseignement
est libre… la communauté organise un enseignement qui est
neutre, avec choix entre l’enseignement d’une des
religions reconnues et celui de la morale non
confessionnelle. Chacun a droit à l’enseignement…
La
presse est libre…
Droit
de s’assembler paisiblement et sans armes, droit de
s’associer, droit de pétition…
Les
pouvoirs
Tous
les pouvoirs émanent de la nation. L’autorité fédérale
n’a de compétences que dans les matières que lui
attribue formellement la Constitution… les communautés ou
les régions sont compétentes pour les autres matières.
Le
pouvoir législatif fédéral s’exerce collectivement par
le roi, la Chambre des représentants et le Sénat… Au roi
appartient le pouvoir exécutif fédéral.
Les
membres des deux Chambres représentent la nation et non
uniquement ceux qui les ont élus… les membres des
Chambres sont répartis en groupes linguistiques.
Les
membres de la Chambre des représentants sont élus
directement par les citoyens âgés de dix-huit ans
accomplis. Pour être éligible, il faut : être belge,
jouir des droits civils et politiques, être âgé de vingt
et un ans accomplis, être domicilié en Belgique. Les sénateurs
sont élus dans les collèges électoraux représentant les
différentes communautés.
Le
pouvoir législatif fédéral s’exerce collectivement par
le roi et la Chambre des représentants.
Les
pouvoirs constitutionnels du roi sont héréditaires par
primogéniture.
Il
existe des Conseils et des Gouvernements de communauté et
de région.
Il
y a pour toute la Belgique une Cour d’arbitrage.
Le
roi dirige les relations internationales, les forces armées,
conclut les traités… avec l’assentiment des Chambres.
|
* *
*
Pour
aller plus loin, il serait intéressant :
•
d’observer l’évolution de la frontière en
Belgique et de recenser les différentes communautés, régions,
provinces et langues utilisées en se penchant sur le passé ;
il est ainsi plus aisé de comprendre les divisions et les
difficultés actuelles.
Note
de bas de pages du Chapitre 4 :
(1)
Contribution de Françoise Parisot.
(2) Contribution de An Hermans, députée au
Parlement européen (1989-1994), députée belge (1995-1999) ;
professeur à la « Katholieke Universiteit Leuven ».
(3) J. Vandamme, La
citoyenneté européenne – Élément de l’identité
européenne in L’identité européenne – Analyses et
propositions pour le renforcement d’une Europe pluraliste,
R. Picht (éd.), TEPSA et Presses interuniversitaires
européennes.
Pour
en savoir plus
*
Bibliographie sur l’histoire de la Belgique
-
Chronique
de la Belgique,
Liège, Editions chronique, 1987.
-
Dictionnaire
d’histoire de Belgique sous la direction du Professeur
Hervé Hasquin. Vingt siècles d’institutions, les hommes,
les faits, Bruxelles, Didier Hatier, 1988.
-
Histoire
de la Belgique, Georges-H.
Dumont, Hachette, 1977.
-
La
Belgique fédérale, Bruxelles,
service fédéral d’information, 1995 (brochure
d’accompagnement du dossier didactique concernant la réforme
de l’Etat).
-
Le
livre de l’histoire de la Belgique, Emile
Lecerf et Auguste Servais, Paris, Edition G.P.
-
La
Belgique. Sociétés et cultures depuis 150 ans. 1830-1980.,
D’Haenens Albert, Bruxelles, 1980.
-
La
Belgique. Un pays raconté par les siens, D’Haenens Albert, Bruxelles, 1991.
-
Histoire
politique de la Belgique. Facteurs et acteurs de changement,
4ème édition, Xavier Mabille,
Bruxelles, 2000.
-
Les
racines de la Belgique des origines jusqu’à la révolution
de 1830, Jean Stengers, Bruxelles, 2000.
-
Histoire
de la Belgique, Jean
Dhont, P.U.F./Que
sais-je ? n° 319, 1968.
-
Histoire
des nations belges, Lode
Wils, Quorum, 1996.
Sources
http://belgium.gov.be/
http://www.tu-dresden.de/sulcifra/frankoph/belg/bibl.htm
*
Sites
Internet sur les institutions et l’actualité belge
-
Site du gouvernement : http://minfin.fgov.be/portail1/fr/institbelge.htm
-
Portail fédéral : http://www.belgium.be/eportal/
-
Commission royale d’histoire : http://www.kbr.be/crh-kcg/
-
Ambassade de Belgique en France : http://www.diplobel.org/France/
5
France
CITÉ :
CIVITAS (1)
CITOYEN :
CIVIS (1)
1
- Un
peu d'histoire ... (2)
Au
début du Ier millénaire, le territoire actuellement
français fait partie de l’Empire romain. Après
l’effondrement de cet Empire en Occident (476 après JC.)
s’installe une « mosaïque de royaumes barbares »
qui gardent avec Constantinople, capitale de l’Empire
d’Orient, un lien de fédération. Le seul de ces royaumes
qui ait survécu est le Regnum Francorum, dirigé par
Clovis, qui s’étend des Pyrénées à la Frise et à la
Weser, laissant en dehors l’Alsace, le royaume des
Burgondes, la bordure méditerranéenne et la Bretagne.
Mérovingiens
et Carolingiens (du VI e au X e siècle)
Après la mort de Clovis
(511), ses fils acquièrent le royaume burgonde, la Provence
ostrogothique et la Thuringe. Au VIIIème siècle, Pépin le
Bref œuvre à l’élargissement de ce territoire puis son
fils, Charlemagne, décide de restaurer l’Empire à son
profit : ainsi naît, le 25 décembre 800, un
Empire romain d’Occident, -correspondant à peu de chose
près à ce que sera le territoire de la première Communauté
européenne comprenant les six Etats fondateurs (France,
Allemagne, Italie, Luxembourg, Belgique, Pays-Bas) près de
1200 ans plus tard-, distinct de l’Empire romain
d’Orient… Cet Empire est éphémère : le partage
de Verdun (843) crée trois États nouveaux : la
Francia occidentalis, la Francia orientalis et, entre les
deux, la Lotharingie qui va de la mer du Nord à la Méditerranée.
Dès lors, la France se constitue peu à peu à partir de la
Francia occidentalis.
La dynastie carolingienne
(descendants de Charlemagne) s’affaiblit, puis s’écroule
sous les attaques des Scandinaves au nord et à l’ouest,
des musulmans au sud, des Hongrois à l’est. Les nécessités
de la défense entraînent l’enracinement de
particularismes régionaux et la constitution de fiefs dont
les princes rendent hommage au roi, roi qu’ils élisent et
dont ils se rendent souvent très indépendants.
Les
premiers Capétiens (987-1328)
En 987, les princes
choisissent comme roi Hugues Capet, dont l’autorité,
appuyée sur un « domaine royal » (sa propriété
propre) peu étendu, est assez faible. Cette élection est
pourtant à l’origine de la dynastie capétienne qui
devait durer directement, puis par la branche des Valois,
enfin par celle des Bourbons, plus de huit cents ans.
Les premiers Capétiens
agrandissent le domaine royal, renforcent leur autorité sur
les vassaux et ainsi construisent le territoire et l’État.
Philippe Auguste
(1183-1223) se rend maître de la Normandie, conquiert les
terres appartenant à son vassal anglais de la dynastie des
Plantagenêts (Maine-Anjou), impose son autorité à
l’empereur d’Allemagne et au comte de Flandre (bataille
de Bouvines, 1214). Il donne à la monarchie son caractère
national et est le premier à porter le titre de roi de
France. Louis IX (Saint Louis 1226-1270), puis Philippe IV
le Bel (1285-1314) continuent l’œuvre en réunissant au
domaine royal le comté de Toulouse et la Champagne.
Pendant cette période le
roi accroît ses pouvoirs : il lève des taxes sur le
commerce du royaume ; les villes lui fournissent à la
fois argent et aide militaire ; tout cela lui permet
d’entretenir une armée, d’étendre sa justice au détriment
des tribunaux de l’Église, des seigneurs féodaux, des
villes. En même temps s’amorce un dialogue entre le roi
et le peuple, notamment les bourgeois – les habitants des
villes – grâce à la convocation d’Etats généraux où
se rencontrent les représentants des diverses composantes
de la société (États généraux de 1314).
Les
Valois et la guerre dite de Cent Ans (XIVème-XVème siècle)
Guerre féodale et
dynastique d’abord, la guerre dite de « Cent Ans »
ouvre pour le pays une longue période de troubles, de
violences et de misère. Après l’extinction des Capétiens
directs (1328), les partisans du roi d’Angleterre Édouard
III (petit-fils, mais par sa mère, de Philippe le Bel),
s’opposent à Philippe VI de Valois, son neveu. Peu à
peu, la guerre devient « nationale » et
l’objectif est « de bouter les Anglais hors de
France ». Le sacre de Charles VII à Reims (1429), grâce
à l’intervention décisive de Jeanne d’Arc consacre la
victoire des « Français ». À la fin du XVème
siècle, les Anglais ne possèdent plus sur le continent que
Calais.
Charles VII (1422-1461),
puis Louis XI (1461-1483) rétablissent l’autorité du roi
e pansent les plaies dues à des décennies de guerre.
L’indépendance des princes et la puissance de la maison
de Bourgogne sont cassées par l’acharnement de Louis XI
(défaite de Charles le Téméraire en 1477). La France
s’agrandit du duché de Bourgogne, de la Picardie, du
Boulonnais, de la Provence. Le Maine et l’Anjou qui
avaient été perdus sont récupérés. En 1491, le mariage
de Charles VIII avec Anne de Bretagne prépare le
rattachement de cette province à la Couronne.
Les
temps modernes (XVIème-XVIIème siècle)
Dans la foulée, les rois
de France tentent l’aventure italienne (Charles VIII,
Louis XII). Mais François Ier et Henri II se heurtent
pendant près d’un demi-siècle à la puissance de Charles
Quint. Des luttes longues et incertaines – au cours
desquelles la France conclut une alliance avec les Turcs –
aboutissent à la signature par le roi Henri II de la paix
de Cateau-Cambrésis (1559) ; les souverains se rendent
alors leurs conquêtes ! L’intérêt des guerres
d’Italie aura été de faire connaître à la France les
beautés de ce pays riche d’histoire et d’art. La
Renaissance française en sera toute illuminée.
Dans la seconde moitié du
XVIème siècle, les guerres de Religion mettent en péril
la nation : catholiques et protestants s’affrontent
(massacre des protestants par les catholiques le jour de la
Saint-Barthélemy, 1572). Mais dans les provinces réunies
au domaine royal, les rois n’avaient pas supprimé les
particularismes, et l’unité du royaume n’avait pas mis
fin aux diversités. Est-ce ce qui permet à Henri IV
(1589-1610) de rétablir, une fois de plus, l’autorité de
l’État en abjurant le protestantisme, en se faisant
sacrer à Chartres, mais aussi en signant, à Nantes, un édit
de tolérance qui donne aux protestants la liberté de
conscience et de culte dans un État catholique ? Peut-être.
Cette initiative du
« bon roi Henri » donne à la France une
relative paix religieuse, même sous la férule aussi habile
que ferme de Richelieu, ministre de Louis XIII (1610-1643).
Mais était-ce une mesure prématurée, peu adaptée aux
esprits du temps ? Louis XIV (1643-1715) développe
l’absolutisme de droit divin qui favorise la
centralisation et l’unification. De ce fait, il est amené
à imposer l’unité religieuse et révoque l’édit de
Nantes en 1685. Affirmant sur la scène internationale la
puissance de la France, le Roi-Soleil rattache au royaume
l’Alsace et la Franche-Comté, et fait fortifier par
Vauban la frontière du Nord.
Contestations
et révolutions (XVIII e et XIX e siècle)
Dès le XVIIème siècle,
l’absolutisme est contesté, notamment par les révolutions
anglaises et par les protestants français réfugiés en
Hollande après 1685. Il l’est ensuite par les philosophes
des Lumières : Voltaire, Rousseau, Montesquieu,
Condorcet. La contestation aboutit à des principes
clairement définis : égalité en droits, souveraineté
de la nation, liberté de conscience et d’expression,
propriété privée. Ces principes proclamés solennellement
par l’Assemblée constituante en août 1789 resteront –
au moins en théorie – la base de tous les régimes qui se
succèdent en France depuis la fin du XVIIIème siècle (à
la seule exception du régime de Vichy, 1940-1944).
La France libérale, puis
démocratique, est une puissance conquérante.
Certes, la France des rois
l’avait été aussi, mais elle était entrée tardivement,
au XVIIème siècle, dans le grand commerce et la
colonisation et comme à regret (Cavelier de La Salle en
Louisiane, Dupleix en Inde, Montcalm au Canada…).
Les révolutionnaires
voient dans la colonisation une pratique d’Ancien Régime.
Ils abolissent l’esclavage en 1789. Napoléon le rétablit
en 1809. Il est définitivement supprimé en 1848 (Seconde République)
à l’initiative de Victor Schoelcher. C’est donc sur le
continent qu’ils portent leur action : guerres révolutionnaires,
conquêtes napoléoniennes. Napoléon a voulu unifier
l’Europe par la force et cette tentative, vouée à l’échec,
laisse l’Europe continentale affaiblie, la France au
premier chef. Après la chute de Napoléon en 1815, la
France retrouve ses frontières d’avant l’épopée. Il
ne lui restera qu’à s’accroître de la Savoie et de
Nice (sous Napoléon III) pour que l’Hexagone prenne son
aspect définitif.
Quant à la colonisation,
reprise assez modérément par les rois constitutionnels
(Louis XVIII, Charles X et surtout Louis-Philippe), c’est
sous la IIIe République de Jules Ferry qu’elle se développe
vraiment et aboutit à la constitution d’un véritable
Empire colonial en Afrique et en Asie du Sud-Ouest : un
Empire colonial « fils de la révolution industrielle ».
Aux
XIXème et XXème siècles
En 1870, 1914 et 1939, des
rivalités de tous ordres et la folie conquérante d’Adolf
Hitler entraînent la France dans trois guerres avec
l’Allemagne. Mais si la première est nettement
franco-allemande, les deux dernières s’inscrivent dans un
espace mondial et génèrent une catastrophe d’une telle
ampleur que nombreux sont ceux, anciens belligérants, qui
ne voient d’autre avenir que la construction d’une
« Europe » unie
qui au lieu d’être ferment de guerre pour le reste
de l’humanité pourrait être source de paix. La France
cependant ne peut éviter en Indochine puis en Algérie une
décolonisation violente, ni sur son propre territoire
l’affaiblissement puis la chute du régime politique.
La IVe République
est remplacée, en plein drame algérien, par la Ve République,
encore en place actuellement (le général de Gaulle étant
le chef de l’État de 1958 à 1969).
Les
débuts de la construction européenne
En 1950, Robert Schuman,
ministre français des Affaires étrangères, face à la
menace soviétique, se voit confier la mission de préparer
la réintégration de l’Allemagne dans le concert européen
occidental. Jean Monnet, Commissaire français au Plan, qui
a joué un rôle déterminant dans les organisations
inter-alliées de la Première et de la Deuxième Guerre
mondiale convaincu que la seule solution est celle de
l’unité de l’Europe, prépare un projet rendu publique
le 9 mai 1950. La France propose à l’Allemagne
d’associer, sur une base d’égalité, leur production de
charbon et d’acier au sein d’une nouvelle entité :
la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier
(CECA). Le traité est signé le 18 avril 1951 par la
France, l’Allemagne, le Benelux et l’Italie.
Le 25 mars 1957, les
traités de Rome, instituant la Communauté économique
européenne et la Communauté européenne de l’Énergie
atomique (EURATOM), sont signés par les six pays :
France, Allemagne, Belgique, Italie, Luxembourg, Pays-Bas.
De 1957 à 1995, la
Communauté européenne passe de six à quinze membres avec
un premier élargissement au nord en 1973 (Grande-Bretagne,
Irlande, Danemark) puis au Sud en 1981 avec la Grèce, le
Portugal et l’Espagne en 1986. Enfin, en 1995, ce sont la
Suède, la Finlande et l’Autriche qui rejoignent la
Communauté européenne.
Après la chute du mur de
Berlin (9 novembre 1989), l’Union européenne s’apprête
à accueillir 10 nouveaux pays candidats (Pologne, Hongrie,
République tchèque, la Slovaquie, Estonie, Lettonie,
Lituanie, les îles de Chypre et Malte). La Bulgarie et la
Roumanie sont appelés à rejoindre l’Union européenne en
2007. Quant à la Turquie, si le principe de son adhésion
n’est pas remis en cause, aucune date n’a pour le moment
été fixée.
En adoptant la déclaration
de Laeken sur l'avenir de l'Union européenne le 15 décembre
2001, ; le Conseil européen a décidé de convoquer une
Convention chargée de préparer les réformes de l'Union élargie.
Il a désigné M.Valéry Giscard d'Estaing comme Président
de la Convention et MM. Giulano Amato et Jean-Luc Dehaene
comme vice-présidents. On compte douze français parmi les
105 titulaires et les suppléants. La Convention soumettra
un projet de révision et de simplification des traités
(Acte Unique, Maastricht, Amsterdam, Nice) à la Conférence
Intergouvernementale de juillet 2003 qui devrait
aboutir à la signature d'un Traité Constitutionnel à Rome
le 1er mai 2004. La ratification de la Constitution
européenne pourrait se dérouler dans tous les
pays de l'Union le même jour.
Pour en savoir plus :
Convention européenne :
http://european-convention.eu.int
Parlement européen : http://www.europarl.eu.int/europe2004/index_fr.htm
Sources d'Europe : www.info-europe.fr
2
- LE
MODELE FRANCAIS DE CITOYENNETE ET L'EUROPE (3)
Dans la littérature
savante consacrée à la question, on trouve souvent le
constat qu’il existe véritablement un modèle français
de citoyenneté qui fonde la fierté hexagonale et suscite
l’étonnement (parfois agacé) des commentateurs étrangers.
Aujourd’hui, face à l’Europe et à l’instauration
d’une citoyenneté de l’Union, ce modèle se trouve
quelque peu bousculé, certains doutant de sa capacité à
s’adapter à la nouvelle donne économique (la
mondialisation des échanges) et surtout politique (la
constitution progressive avec l’Union européenne d’une
entité politique supranationale). Mais qu’est-ce véritablement
que cette « citoyenneté à la française » que
deux siècles d’histoire ont érigée en « modèle » ?
En quoi est-il fondé de la distinguer des autres citoyennetés
que l’on rencontre en Europe ? Et le citoyen français,
à travers ses représentations et ses pratiques, se sent-il
véritablement concerné par ces débats académiques ?
Un détour
étymologique semble approprié en préambule, tant le mot
de citoyenneté, si valorisé en France, est un « mot
valise » dans lequel on peut mettre beaucoup
d’acceptions sans pour autant que celles-ci soient claires
et univoques. Les mots français « citoyenneté »,
« citoyen », « civilité » ou encore
« civisme » ont tous la même racine latine, civitas,
qui signifie à la fois « condition de citoyen »
(c’est-à-dire le fait d’être accrédité, reconnu
comme citoyen) et « droit de cité » (c’est-à-dire
l’appartenance à un territoire particulier, la cité). Le
dictionnaire français tout comme l’usage et le droit ont
fusionné ces deux éléments de définition, mêlant étroitement
le statut avec les conditions de son attribution : est
défini comme citoyen (et par là même : est autorisé
à jouir des droits attachés à ce statut – à condition
toutefois de se plier aux devoirs correspondant) tout
individu qui appartient à la cité en tant que corps
politique, c’est-à-dire, en France, la Nation. Par
extension, est citoyen français celui qui jouit de la
nationalité française. Nous verrons que l’histoire de la
citoyenneté à la française ainsi que sa situation
actuelle face à l’Union européenne tiennent dans cette
relation étroite entre la nation et la citoyenneté.
Après avoir défini les
principes qui fondent la citoyenneté à la française
(I), nous en aborderons les grandes étapes : le
long mouvement historique qui la voit se développer sur les
XIX et XXème siècles, peut être analysé comme un lent
mais continu processus d’ouverture qui voit la réalité
correspondre progressivement, presque à tâtons, aux
principes révolutionnaires (II). Et comme il est difficile
d’appréhender cette citoyenneté comme un simple statut,
détaché de ses manifestations concrètes ou de ses
contraintes sociales, nous étudierons les valeurs et les
comportements que le modèle français de citoyenneté
sous-tend. Nous verrons aussi afin de voir notamment si la
fameuse « crise du civisme » actuelle n’en est
qu’une des transformations, et non son épuisement (III).
I
- L’invention révolutionnaire de la citoyenneté à la
française
La citoyenneté française
est née en 1789. La Révolution française a en effet
consisté à remettre au Peuple le pouvoir absolu et
souverain que le monarque tenait naguère de Dieu. Par la
« tête tranchée de Louis XVI », il « tue
le père » et par la Déclaration
des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (article 3),
ceux qui étaient naguère sujets s’émancipent, et accèdent
véritablement à la dignité de citoyens.
L’émergence
du citoyen ou quand le politique se dégage du social
Avec la Révolution de
1789, on passe donc d’une société hiérarchisée de
corps, dans laquelle l’individu est encastré dans la vie
sociale, à une société fondée sur l’égalité en
droits entre ses membres. Un nouveau lien social s’y crée :
ce qui fonde le vouloir vivre ensemble est la conscience de
l’égalité entre les individus et non plus la place
qu’ils occupent dans telle ou telle corporation, dans tel
ou tel groupe particulier. Par là, le politique (le fait de
participer à la « chose publique », la res
publica) s’arrache et s’émancipe des
particularismes (les Bretons, les Picards, les catholiques,
les juifs, etc.) et c’est la citoyenneté qui remplit la
fonction de médiation. C'est de cette position
d'entre-deux, entre la diversité sociologique de la nation
et son unité politique, que découle le caractère si
fortement trempé de la citoyenneté à la française,
universelle et indivisible.
Universelle-
c’est ainsi que les hommes de 1789 l’ont pensée et
voulue, proclamant solennellement le 26 août les
Droits de l’homme. En effet, la citoyenneté française
est une citoyenneté individuelle,
fondée sur la volonté de l’individu, quel
qu’il soit, d’appartenir à la communauté politique
et non sur l’homogénéité ethnique ou linguistique de
celle-ci – qui, du reste, n’existait pas encore à l’époque.
On retrouve là l’idée rousseauiste d’un contrat passé
entre des êtres libres et doués de raison et qui, par-delà
leurs différences, mettent en commun leur liberté (4).
Pour autant, les révolutionnaires de 1789 n’ont pas
totalement nié les différences de culture existant entre
les individus, allant même, en se basant sur le concept
d’universalité des droits de l’homme, jusqu’à
accorder en 1793 la citoyenneté française à tous,
nationaux comme étrangers (mais à condition d’être
domiciliés en France depuis plus d’un an).
Indivisible-
La citoyenneté a pour finalité de dépasser l’hétérogénéité
du corps social et de le cimenter, d’où son caractère
total : il ne peut y avoir qu’une seule citoyenneté française, définie par les mêmes droits et
les mêmes devoirs pour tous, et ce quelles que soient les
identités particulières. En effet, le citoyen détient une
part de la souveraineté politique de la Nation qui est
indivisible. Par effet de ricochet, le citoyen ne se définit
plus que par cet état de « reflet » de la
souveraineté du Peuple qui s’accomplit par l’exercice
des droits et des devoirs attachés à la citoyenneté. Cela
présuppose un sentiment, partagé par tous les citoyens,
qu’il existe un domaine politique indépendant des intérêts
particuliers : le civisme. Cette méfiance française
des corps intermédiaires (Églises, communautés) entre
l’individu-citoyen et l’État vient également de l’idée
rousseauiste selon laquelle la dépendance entre les hommes
est la source de l’inégalité. Le rationalisme français,
hostile au pluralisme, sépare ainsi l’intérêt général
de ces intérêts particuliers, alors que, par exemple,
l’utilitarisme britannique pense la démocratie sur le
socle des intérêts particuliers. La conception française
se révèle en cela la plus proche du modèle grec de
citoyenneté, d’origine aristotélicienne, qui comprend
celle-ci de façon collective, participative et éthique et
selon laquelle les devoirs sont davantage valorisés que les
droits. Cela s’oppose à un modèle libéral, très présent
dans les pays anglo-saxons, pour lequel la citoyenneté
n’est que l’affiliation individuelle à une organisation
politique qui assure en retour une position juridique et une
protection contre les empiètements de l’État par tout un
éventail de droits.
Cette séparation radicale
entre la sphère publique et les sphères privées concerne
surtout l’appartenance religieuse. Le principe de laïcité,
essentiel à la citoyenneté française, signifie que ce qui
fonde le lien social n’est plus de nature religieuse mais
politique : la pratique d’une religion relève de la
liberté de conscience individuelle et ne peut pas
constituer un motif de distinction-discrimination dans
l’espace public (à l’école surtout) puisque l’État
est le garant de la neutralité religieuse. La citoyenneté
est détachée de la confession. Pour autant, il faudra
attendre 1905 pour que soit reconnu et appliqué le principe
de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
La nation, socle de la
citoyenneté
La citoyenneté à la française
traduit donc l’appartenance à l’État français (dont
la souveraineté épouse celle du Peuple, raison de sa
quasi-sacralité). Or l’État français est un État-nation,
c’est-à-dire qu’il s’inscrit dans un territoire, délimitant
par là même une communauté spatiale. Habituellement, la
comparaison se porte entre la nationalité allemande
« ethnique » qui est fondée sur la croyance en
une ascendance, une culture et une langue commune, le jus sanguinis – en bref, la nationalité allemande est transmise
par ascendance familiale (5). et la citoyenneté française
qui se veut universelle, détachée de considérations
culturelles et donc accessible à tous à partir du moment où
les principes politiques qui la fondent sont respectés.
Elle n’en échappe pas moins à un principe d’exclusion,
inévitable : l’impératif national. Émancipée du
temps, elle reste prisonnière de l’espace.
Pour
Dominique Schnapper (6), le « génie de la France »
est cependant d’avoir inventé la première expérience et
l’idéologie de la nation moderne qui est une forme
d’organisation politique plus ouverte aux autres que les
ethnies par exemple et cela, en ce qu'elle permet d'inclure
juridiquement les étrangers. Dans l’attribution de la
nationalité et donc de la citoyenneté françaises, le critère
territorial (le jus
solis, c’est-à-dire la naissance sur le territoire)
vient doubler le principe de filiation (être né d’au
moins un parent de nationalité française), rendant
l’attribution de la citoyenneté plus aisée. Cependant,
les non-nationaux restent exclus de la participation
civique, notamment du droit de vote (à l’exception des
citoyens européens depuis l’entrée en vigueur du traité
de Maastricht). Selon Pierre Rosanvallon (7), ceux-ci
constituent l’ultime frontière indépassable :
l’universalisation du suffrage ne peut transgresser la
limite, si forte en France, entre la société civile (à
laquelle ils appartiennent) et la société politique (qui nécessite
la conscience d’un vouloir vivre ensemble que deux siècles
d’histoire ont su placer dans la nationalité).
II
- Un long processus d’inclusion : de l’égalité de
droit à l’égalité de fait
En raison de la passion
française pour l’égalité qu’a décrite Tocqueville,
l’histoire politique française des deux derniers siècles
peut être analysée comme la traduction dans les faits des
principes révolutionnaires, c’est-à-dire comme la
recherche du passage d’une égalité formelle entre
citoyens à une égalité réelle. La communauté des
citoyens s’est ainsi progressivement ouverte en raison de
l’application de l’impératif d’inclusion et de
participation, sous-tendu par la notion de citoyenneté française.
Ce mouvement continu a cependant nécessité une force
d’impulsion : l’État français. C’est en effet
lui qui a mis en place les institutions qui vont donner aux
citoyens les moyens nécessaires pour qu’ils puissent
exercer concrètement leurs droits et remplir leurs devoirs :
moyens militaires avec l’armée et la conscription pour
tous, moyens civiques avec l’instauration du suffrage
universel, moyens intellectuels avec l’école ou moyens
matériels avec l’État-providence.
La
lente conquête du suffrage universel
Le
droit (mais aussi le devoir) le plus important que doivent
remplir les citoyens est de désigner l’État, c’est-à-dire
d’élire ceux qui vont le représenter. En France, le
« sacre du citoyen » a été rendu possible par
l’apprentissage du suffrage universel et par le décloisonnement
juridique du statut d’électeur. Comme l’écrit Pierre
Rosanvallon, « la question du suffrage universel est
au fond la grande question du XIXème siècle. C’est
autour d’elle que se sont polarisés les fantasmes
sociaux, les perplexités intellectuelles et les rêves
politiques (8) ».
Le vote fut tout d’abord
considéré comme une fonction solennelle, pour ne pas dire
un privilège. La base légitime de la citoyenneté était
ainsi la propriété qui garantit la rupture de l’individu
avec la société de corps et par conséquent sa liberté économique,
intellectuelle ou sociale nécessaire à l’accomplissement
du devoir électoral. L’électeur des Constituants (Sieyès,
Condorcet, Target) est un sujet de droit, Français, de sexe
masculin, majeur, domicilié, payant un minimum d’impôt
(le cens) : c’est-à-dire un citoyen actif tandis que
les plus encastrés dans la dépendance sociale (femmes,
domestiques, indigents, prêtres, enfants, aliénés) sont
exclus du corps électoral.
Mais progressivement,
tandis que les régimes politiques se succèdent, les barrières
juridiques restreignant l’accès au droit de vote de
certaines catégories tombent, élargissant ainsi
l’exercice de la citoyenneté : si le Consulat et
l’Empire le mettent en sommeil par l’instauration d’un
vote consultatif et discipliné, si la Restauration le place
dans un carcan censitaire qui réduit considérablement le
nombre d’électeurs, la IIe République instaure en
1848 le suffrage universel (du moins masculin) et plus
jamais ce principe ne sera remis en question en France. En
effet, malgré une mise au pas administrative et politique
durant le second Empire (qui réduit le vote à la fonction
de plébiscite et contrôle les candidatures), le geste électoral
devient de plus en plus intériorisé et maîtrisé par un
grand nombre. Le développement et la liberté de la presse
amplifient en parallèle cet apprentissage. De consultations
en consultations s’instaure ainsi un échange politique
entre les Français et leurs représentants : en se
banalisant, la citoyenneté en acte s’émancipe du contrôle
social qui naguère l’entravait (9) et l’installation de
l’isoloir en 1914 vient parachever ce mouvement
d’apprentissage et d’individualisation du vote. Mais ce
n’est qu’en 1944 que le suffrage devient véritablement
universel, le droit de vote et d’éligibilité étant étendu
aux femmes.
La
force de l’école républicaine
Le développement de la
citoyenneté française est indissociable du rôle qu’a
pris l’école publique, gratuite et laïque de Jules Ferry
dans la mythologie républicaine. C’est en son sein que le
projet émancipateur de la IIIe République s’est le
plus manifesté, l’école ayant alors pour mission de
former auprès des élèves le sentiment de leur citoyenneté
et de leur appartenance à la nation. À la ville comme à
la campagne, les « hussards noirs de la République »
et les manuels de morale et d’instruction civique
enseignent la conscience des droits et des devoirs du
citoyen, l’amour de la patrie allant parfois jusqu’à la
haine de l’ennemi héréditaire d’outre-Rhin. En bref,
ils instaurent des références communes afin de cimenter la
nation, parfois même en interdisant la pratique des
« trente patois » recensés en 1789 par l’abbé
Grégoire. Cette fonction essentielle de socialisation
civique et d’homogénéisation culturelle (notamment grâce
à la langue) de la population française a fait de l’école
un enjeu politique très fort tout au long du XIXe siècle (10).
Le
rôle de l’État-providence
Contemporain de la révolution
industrielle, le développement de la citoyenneté à la
française a dû prendre finalement une dimension économique,
même si le XIXe siècle, davantage préoccupé par le
politique, l’a un peu oublié. Car ni l’assistance, ni
le paternalisme patronal, ni les sociétés de secours
mutuel, ni les coopératives, ni l’épargne n’auront su
régler la « question sociale », celle des
ouvriers et des pauvres que le développement parfois brutal
du capitalisme laissait sur la touche.
Il faudra ainsi attendre
1945 pour que le concept de solidarité ait un contenu
concret avec l’assurance sociale contre les accidents du
travail, la maladie, le chômage, pour les retraites et la
famille. La reconnaissance juridique pour chaque citoyen du
droit au travail, déjà apparu en 1948, et à la solidarité
(figurant explicitement dans les préambules de la
Constitution de 1946 et de celle de 1958) a remplacé l’idée
traditionnelle (et d’inspiration religieuse) de charité
qui est une relation inégale. Désormais, chaque individu,
par le seul fait d’en être membre, possède une créance
sur la société : le droit à la sécurité, à la
santé mais surtout le droit à un revenu décent. Pendant
les « Trente Glorieuses », la Sécurité sociale
a ainsi permis d’atténuer les effets de la globalisation
dans laquelle l’économie française s’est inscrite.
Elle a surtout donné à la citoyenneté française de
nouveaux droits et l’a sortie d’une certaine tyrannie du
politique qui la caractérisait jusqu’ici et la rendait
pour certains purement formelle.
III
- La « citoyenneté vécue » : déclin ou
mutation du civisme ?
En France, il est
impensable de dissocier le statut de citoyen de sa pratique
tant la citoyenneté et la chose politique y sont valorisées.
Le civisme, à la fois conscience et fierté de son rôle de
citoyen, est en effet essentiel au fonctionnement démocratique.
Le
civisme, nouvelle religion républicaine
Si la Révolution française
met le politique au cœur du lien social et lui refuse, avec
le principe de laïcité, toute connotation religieuse, la
citoyenneté à laquelle elle donne naissance n’est pas
pour autant exempte de religiosité et de sacré. Le génie
de l’État est d’avoir réussi à transférer le sens du
sacré de la religion à la nation jusqu’à constituer une
« religion laïque ».
On peut d’abord considérer
le civisme comme la forme républicaine de la politesse :
on parle alors de « civilité » qui permet de
tempérer, par tout un cérémonial, l’expression brutale
des passions entre concitoyens (11). Mais le civisme reste
avant tout une véritable religion républicaine : de
nombreux historiens ont montré que, si les procédures
concrètes d’organisation du suffrage universel (isoloirs,
forme des urnes, cartes d’électeur, etc.) ont évolué au
cours du XIXe siècle, elles n’en ont pas moins toujours
consacré, en le mettant en scène, le caractère sacré et
solennel du vote puisqu’il reflète et rend perceptible à
l’individu la souveraineté nationale (12). Ce caractère
sacré de la citoyenneté française a été encouragé par
l’instauration de toute une symbolique républicaine au
cours du XIXe siècle, créant un attachement quasi charnel
avec la Nation. Des historiens (13) ont parlé à ce sujet
de « lieux de mémoire » nés de la volonté de
l’État de créer une mémoire collective pour cimenter la
Nation et l’ancrer dans le temps autour d’un récit
apaisant et unificateur. Ces lieux sont des objets matériels
(les bustes de Marianne, le Panthéon ou les monuments aux
morts), immatériels (la Marseillaise) ou événementiels
(les grandes commémorations, le 14 Juillet), voire même
des figures exemplaires (Zola, Jaurès). Ils ont pour
finalité d’arrêter le temps, d’empêcher l’oubli des
principes fondateurs de la République française. Le
rapport aux symboles nationaux est donc très fort en France
et on doit à tout ce travail historique, ainsi qu’aux événements
douloureux de l’histoire, l’aura sacrée et solennelle
qui entoure, aujourd’hui encore, la citoyenneté.
Le
civisme face à l’individualisme aujourd’hui
Si, aujourd’hui en
France, la figure traditionnelle de la citoyenneté se
brouille, et ceci en raison de la fameuse crise du
politique, son socle moral – plus précisément
l’attachement à la communauté politique et l’impératif,
tout comme le désir, de participer à la vie de celle-ci
– ne semble pas ébranlé.
La « fin du civisme »
diagnostiquée par les journalistes et les essayistes, et
dont les symptômes seraient la hausse de l’abstention, le
discrédit des hommes politiques, l’individualisme-roi, ou
plus anecdotiquement la méconnaissance des paroles de
l’hymne national, n’est en fait que l’épuisement
d’une conception ancienne, « institutionnelle »,
pourrait-on dire, de la citoyenneté comme articulée
principalement autour du vote. De nombreuses études ont en
effet montré que s’il y a une crise du politique en
France, c’est celle de l’offre (institutions, partis
politiques), mais en aucun cas celle de la demande (14).
L’essor associatif depuis les années 1970 ou les
nouvelles formes de mobilisation sociale en témoignent :
les Français cherchent de plus en plus à faire de la
politique autrement, en dehors des lieux institutionnels
dans lesquels celle-ci s’incarnait traditionnellement.
Mais si l’État n’est plus considéré comme un acteur
suffisamment pertinent pour régler à lui seul tous les
problèmes, la relation étroite le liant au citoyen n’est
pas remise en cause, tel que le prouve l’attachement aux
services publics.
Le modèle français de
citoyenneté n’est donc pas mort : seul son aspect
purement politique, surtout lié à certaines institutions
de l’État (Exécutif, Parlement, partis politiques,
syndicats), apparaît formel et périmé ; mais cela ne
signifie nullement la fin de la demande
de politique qui le caractérise.
Conclusion :
Le modèle français de citoyenneté et l’intégration
européenne
Bref, la conception française
de la citoyenneté s’ancre dans un passé riche d’expériences
et n’a rien d’antinomique avec la citoyenneté européenne
(15). Certes, elles peuvent apparaître différentes à
plusieurs points de vue (l’une ancrée dans le temps et
l’espace, valorisant fortement le politique et la
communauté citoyenne, l’autre nouvelle et déterritorialisée,
bâtie surtout sur l’exercice individuel de droits
essentiellement économiques) mais il serait dommageable de
les opposer frontalement sans voir leurs éventuelles complémentarités,
le « supplément d’âme » de la première et
le réalisme de la seconde, plus adaptée au monde des échanges.
Rappelons d’ailleurs que selon l’esprit et la lettre du
traité sur l’Union européenne, ces deux citoyennetés se
juxtaposent, se complètent et ne sont absolument pas prévues
pour se concurrencer.
Mais il serait surtout
suicidaire pour la cause européenne de sous-estimer, voire
de stigmatiser, l’aura et le prestige symbolique de la
nation (16) – même si cette dernière ne peut être érigée
en absolu et peut paraître désuète eu égard à la
mondialisation économique et aux nouvelles réalités des
relations internationales. L’Histoire construit des objets
et des croyances que même les volontés les plus fortes ne
sauraient éroder.
*
*
*
Constitution
de la République française
du
4 octobre 1958
(à
jour au 24 septembre 2000)
Des
points importants
Le
peuple français proclame solennellement son attachement aux
Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté
nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration
de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la
Constitution de 1946.
De
la souveraineté
La
France est une république indivisible, laïque, démocratique
et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous
les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de
religion. Elle respecte toutes les croyances. La devise de
la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Son principe est : gouvernement du peuple, par le
peuple et pour le peuple.
La
souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce
par ses représentants et par la voie de référendum. Le
suffrage peut être direct ou indirect. Il est toujours
universel, égal et secret. Sont électeurs, dans les
conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français
des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et
politiques.
Le
président de la République
Le
président de la République veille au respect de la
Constitution. Il assure, par son arbitrage, le
fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la
continuité de l’État. Il est le garant de l’indépendance
nationale, de l’intégrité du territoire, du respect des
accords de Communauté et des traités.
Depuis
le référendum constitutionnel réalisé le 24 septembre
2000, le président de la République est élu pour cinq ans
au suffrage universel direct, à la majorité absolue des
suffrages exprimés… Jusqu’alors le président de la République
était élu pour sept ans. La concrétisation de l’idée
de quinquennat (qui était au cœur de débats
institutionnels français depuis les années 1970) procède
d’une part, d’une prise de conscience des contraintes
imposées par la cohabitation pour le bon fonctionnement de
l’exécutif français, et d’autre part, d’une volonté
de rapprocher le modèle français des autres modèles européens
dans lesquels la « présidence » n’excède
jamais cinq ans (le président Chirac s’est prononcé en
juin 2000 pour le quinquennat « au nom des exigences
modernes de la démocratie»).
Le
président de la République nomme le Premier ministre. Sur
(sa) proposition il nomme les autres membres du gouvernement
et met fin à leurs fonctions ; il préside le Conseil
des ministres et est le chef des armées.
Le
gouvernement
Le
gouvernement détermine et conduit la politique de la
nation. Il dispose de l’administration et de la force armée.
Il est responsable devant le Parlement dans (certaines)
conditions. Le Premier ministre dirige l’action du
gouvernement. Il assure l’exécution des lois.
Le
Parlement
Le
Parlement comprend l’Assemblée nationale et le Sénat.
Les députés à l’Assemblée nationale sont élus au
suffrage direct. Le Sénat est élu au suffrage indirect. Il
assure la représentation des collectivités territoriales
de la République.
Les
lois
La
loi est votée par le Parlement. L’initiative des lois
appartient concurremment au Premier ministre et aux membres
du Parlement. Tout projet ou proposition de loi est examiné
successivement dans les deux assemblées du Parlement en vue
de l’adoption d’un texte identique.
Le
président de la République négocie et ratifie les traités.
Le Conseil constitutionnel veille à la régularité de l’élection
du président de la République. Il comprend neuf membres,
dont le mandat dure neuf ans et n’est pas renouvelable.
Ses décisions ne sont susceptibles d’aucun recours.
Le
président de la République est garant de l’indépendance
de l’autorité judiciaire. Il est assisté par le Conseil
supérieur de la magistrature.
Le
président de la République n’est responsable des actes
accomplis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas de
haute trahison. Il est (alors) jugé par la Haute Cour de
justice.
Les
membres du gouvernement sont pénalement responsables des
actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions et
qualifiés de crimes ou délits au moment où ils ont été
commis. Ils sont jugés par la Cour de justice de la République.
Les
collectivités territoriales sont les communes, les départements,
les régions, les territoires d’outre-mer.
Des
Communautés européennes et de l’Union européenne
La
République participe aux Communautés européennes et à
l’Union européenne.
Sous
réserve de réciprocité, et selon les modalités prévues
par le traité sur l’Union européenne signé le 7 février
1992, la France consent aux transferts de compétence nécessaires
à l’établissement de l’Union économique et monétaire
européenne ainsi qu’à la détermination des règles
relatives au franchissement des frontières extérieures des
États membres de la Communauté européenne. Le droit de
vote et d’éligibilité aux élections municipales peut être
accordé aux seuls citoyens de l’Union résidant en
France. Ces citoyens ne peuvent exercer les fonctions de
maire ou d’adjoint ni participer à la désignation des électeurs
sénatoriaux et à l’élection des sénateurs.
Le
gouvernement soumet à l’Assemblée nationale et au Sénat,
dès leur transmission au Conseil des Communautés, les
propositions d’actes communautaires comportant des
dispositions de nature législative.
L’initiative
de la révision de la Constitution appartient concurremment
au président de la République sur proposition du Premier
ministre et aux membres du Parlement. La révision est définitive
après avoir été approuvée par référendum… (ou) par
le Parlement réuni en Congrès, s’il réunit la majorité
des trois cinquièmes des suffrages exprimés.
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*
*
Pour aller plus loin, il
serait intéressant :
•
de montrer quelles peuvent être les conséquences de
l’intégration européenne pour le centralisme français ;
•
d’étudier la notion de souveraineté (politique,
économique, monétaire) et de montrer en quoi la
construction européenne oblige à la redéfinir ;
•
de comparer en quoi les modèles allemand et français
d’intégration divergent du point de vue de la conception
de la nationalité.
(1) Traduction latine. Ces
mots français sont d’origine latine.
(2) Contribution de
Marie-Thérèse Drouillon, professeur agrégée
d’histoire.
(3) Contribution de Julien
Weisbein, allocataire de recherche, CEVIPOF.
(4) Cet aspect contractuel se retrouve
d’ailleurs encore aujourd’hui dans le modèle français
d’intégration des populations immigrées, modèle qui
repose sur une volonté individuelle d’adhésion et qui ne
reconnaît pas, en tant que tels, les groupes particuliers
(que l’on pense seulement au tollé suscité par la notion
de « peuple corse »), contrairement à ce qui se
passe outre-Manche par exemple.
(5)
Toutefois, ce
principe est ébranlé quand Gerhard Schröder fait modifier
cette loi afin d’améliorer la position des enfants d’étrangers
vivant en Allemagne. Ainsi, depuis le 1er janvier
2000, la nationalité allemande est directement accordée
aux enfants de parents étrangers dont un des parents vit
sur le territoire allemand de façon régulière depuis 8
ans)
(6)
Dominique Schnapper, La
Communauté des citoyens. Sur
l’idée moderne de nation, Gallimard, Paris, 1995.
(7)
Pierre Rosanvallon, Le
Sacre du citoyen, Gallimard, Paris, 1992.
(8)
Pierre Rosanvallon, op. cit., p. 12. Sur l’histoire
du suffrage universel en France, le lecteur peut également
se reporter à Michel Offerlé, Un
homme, une voix ? Histoire
du suffrage universel, Découverte Gallimard n° 167,
Paris, 1993.
(9)
La pratique effective des premières élections est
caractérisée par des votes communautaires, les curés
mobilisant par exemple leurs ouailles.
(10)
Le lecteur peut creuser cet aspect essentiel avec Yves Déloye,
École et citoyenneté.
L’individualisme républicain de Jules Ferry à Vichy :
controverses, Presses de Science-Po, Paris, 1994.
(11)
Comme l’a montré Sophie Duchesne à partir d’entretiens
avec de « simples »
citoyens, la citoyenneté vécue est avant tout de nature
sociale car elle recouvre une vision du monde spécifique
aux individus et « règle » leur rapport aux
autres. (Cf. Sophie Duchesne, Citoyenneté
à la française, Presses de Sciences-Po, Paris, 1997.)
(12)
Pour de plus amples développements, le lecteur peut se
reporter aux ouvrages suivants : Alain Garrigou, Le
vote et la vertu. Comment les Français sont devenus électeurs,
Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences
politiques, 1992 ; Raymond Huard, Le
Suffrage universel en France, 1848-1946, éd. Aubier,
Paris, 1991.
(13)
Le lecteur est invité à se plonger dans la somme dirigée
par Pierre Nora, Les Lieux de mémoire, Gallimard, Paris (7 tomes parus entre 1984 et
1992).
(14)
Concernant cette question, le lecteur peut se reporter aux
ouvrages suivants : Pascal Perrineau (dir.), L’Engagement
politique, déclin ou mutation ?, Presses de
Sciences-Po, Paris, 1994 ; ou bien Janine Mossuz-Lavau,
Les Français et la Politique. Enquête sur une crise,
Odile Jacob, Paris, 1994.
(15)
Sur cette dernière nous renvoyons à Paul Magnette, La
citoyenneté européenne, Bruxelles, Presse de
l’Université de Bruxelles 1999.
(16)
Voir à ce sujet Dominique Wolton, La
dernière utopie. Naissance de l’Europe démocratique,
Flammarion, Paris, 1993.
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