L'INTERVIEW

 

Interview de Madame Lenoir, 

Ministre déléguée aux Affaires européennes

avec l’association Jean Monnet  

(22 mai 2003)  

Question 1 :  Le 16 avril dernier, vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement ont signé le Traité d’adhésion qui consacre l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux pays. Quels sont, pour vous, les atouts de cette nouvelle Europe à 25 ?

L’Europe des 25 sera, avec 455 millions de citoyens, le troisième ensemble de population du monde après la Chine et l’Inde. Avec un produit intérieur brut de 8500 milliards d’euros, elle fera pratiquement jeu égal avec les Etats-Unis. Mais cette Europe démocratique et prospère devra aussi relever de grands défis : le défi de la solidarité, afin d’aider nos nouveaux partenaires à accélérer leur rattrapage ; le défi de la compétitivité, afin de mettre en œuvre la « stratégie de Lisbonne » pour l’innovation et l’emploi ; le défi de la responsabilité, pour assurer un rôle à sa mesure en matière de politique étrangère et de défense. C’est à cette ambition que devra répondre la future Constitution européenne.

 

Question 2 : De récents sondages d’opinion ont souligné une certaine appréhension française face à l’adhésion de dix nouveaux pays candidats d’Europe centrale et orientale, partagez-vous ces réticences et que faudrait-il faire, à votre avis, pour faire évoluer l’opinion publique ?

L’opinion publique française est en train d’évoluer favorablement. Désormais, une majorité de nos concitoyens - de 52 à 69 % selon les sondages - se déclare en faveur de l’élargissement, mais il ne faut pas relâcher nos efforts. C’est pourquoi le gouvernement est mobilisé pour informer nos concitoyens des enjeux et des opportunités de la nouvelle et grande Europe.  

 

Question 3 : Le gouvernement a lancé depuis plusieurs semaines des forums dans les différentes régions françaises sur le thème de l’Europe, quels en sont les objectifs, comment se déroulent-ils et quelles sont les premières conclusions que vous pourriez en tirer ?

 Les Français sont en train de réaliser que cet élargissement de l’Europe n’a rien à voir avec les précédents : il s’agit d’une réunification du continent, d’une nouvelle étape du projet européen, mais aussi d’une nouvelle ambition, dont témoigne l’élaboration d’une Constitution européenne. La campagne de communication du gouvernement sur l’Europe répond à cette nécessité d’engager le travail d’explication avec les Français sur cette nouvelle réalité européenne. C’est aussi l’occasion de mettre en relief l’Europe concrète, celle que vivent nos compatriotes au quotidien. Des échanges d’étudiants aux grands projets d’infrastructures ou à la sécurité maritime, nombreux sont les exemples de cette Europe concrète. Les Forums du Premier ministre sont l’occasion d’aborder toutes ces questions et tous ces thèmes avec les Français. Mais le message doit être relayé ensuite par tous les acteurs sur le terrain et c’est dans cette perspective que, pour ma part, je me rends deux à trois fois par mois dans les villes et régions de notre pays pour des Rencontres pour l’Europe avec les Français. J’ai pu réaliser, à l’occasion de ces déplacements, combien nos concitoyens sont intéressés par l’Europe, et à quel point elle irrigue tout le débat politique.

 

Question 4 : Dans la situation actuelle, quel pourrait être, selon vous, l’avenir du lien transatlantique ?

La relation transatlantique conserve un caractère fondamental. L’Europe ne se construit pas contre les Etats-Unis et, dans la plupart des domaines, nos intérêts sont convergents et notre coopération étroite. Ainsi, l’Europe et les Etats-Unis collaborent de manière particulièrement efficace dans la lutte contre le terrorisme. Dans le domaine commercial, les contentieux, qui représentent moins de 5 % de nos échanges, ne doivent pas faire oublier le fait que la relation commerciale entre l’Europe et les Etats-Unis est la plus importante du monde. Je suis donc confiante. Mais, afin que la relation transatlantique puisse se développer de manière saine, il faut que l’Europe s’affirme comme un partenaire crédible des Etats-Unis, notamment dans le domaine de la défense où la mise en place d’une capacité européenne ne se fait pas contre les Etats-Unis, ni contre l’OTAN, mais vise à doter l’Europe des moyens d’assurer sa sécurité et de défendre nos intérêts et nos valeurs de façon autonome.

Question 5 : Que signifie pour vous la date symbolique du 9 mai ?

Cette date évoque à la fois pour moi un anniversaire et une espérance, car le grand projet européen, inspiré par Jean Monnet et lancé le 9 mai 1950 par Robert Schuman est toujours en devenir. La réunification que nous vivons aujourd’hui marque à la fois l’aboutissement de l’ambition des pères fondateurs et un nouveau départ pour le projet européen.

 

[RETOUR]