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Conseiller
auprès du Premier Ministre
pour
les Affaires européennes
Secrétaire générale du SGCI
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Question 1 : Le
SGCI est une institution peu connue du grand public, pourriez-vous
nous expliquer son rôle et ses missions ?
Le SGCI est un service rattaché au Premier Ministre. Créé en
1948, il avait pour mission de coordonner le travail des
administrations françaises dans le cadre du plan Marshall.
Aujourd’hui, il est chargé de coordonner les relations entre les
autorités françaises et les Institutions de la Communauté européenne.
Il a quatre missions principales : il assure d’abord la définition
interministérielle des positions que la France exprime au sein des
différentes instances communautaires. C’est lui qui garantit
ainsi la cohérence et l’unité de la position française à
Bruxelles. Il est ensuite chargé de la diffusion de l’information
entre Paris et Bruxelles, notamment auprès des différents ministères
et des assemblées parlementaires. Il intervient par ailleurs dans
la surveillance de l’application du droit communautaire, qu’il
s’agisse de la transposition en France des textes adoptés à
Bruxelles ou du suivi des contentieux. Enfin, il remplit une mission
d’expertise : grâce à sa connaissance des enjeux et des
objectifs des négociations pour la France et ses partenaires, le
SGCI a une vision globale des dossiers communautaires. Il peut ainsi
mettre sa capacité d’expertise communautaire à la disposition
des administrations françaises.
Question 2 : En
tant que conseiller auprès du Premier Ministre pour les affaires
européennes et suppléante de Dominique de Villepin, vous avez
assisté à l’ensemble des travaux de la Convention pour
l’avenir de l’Europe, quelle en a été l’ambiance générale ?
Etes-vous satisfaite du projet de Constitution finalisé en avril
dernier ? Quelles en sont, selon vous, les avancées et les
limites ?
En
dépit des tensions provoquées par la crise irakienne, les travaux
de la Convention ont été marqués par un double enthousiasme :
-
enthousiasme devant cette méthode qui permet d’associer, en toute
transparence, des représentants des gouvernements, des parlements
et de la société civile ;
-
enthousiasme sur le fond : il s’agissait de définir les
conditions qui permettraient à
l’Union Européenne élargie de fonctionner, notamment grâce à
l’adaptation des Institutions conçues pour six Etats et à une
meilleure définition des objectifs et des valeurs qui nous
rassemblent.
Au
bout de 16 mois, le résultat auquel est parvenu la Convention est
« inespéré » pour reprendre l’expression du Président
Valéry Giscard d’Estaing : nous avons réussi à préciser
les objectifs de l’Union européenne, clarifier la répartition
des compétences entre l’Union et les Etats-membres,
simplifier les procédures. Conformément au mandat défini
par le Conseil européen de Laeken, en décembre 2001, la Convention
marque ainsi des progrès en termes d’efficacité et de légitimité
démocratique : efficacité d’une part, grâce à un Président
stable du Conseil européen, désigné pour deux ans et demi
renouvelables, un Ministre européen des affaires étrangères, une
extension de la majorité qualifiée ; progrès de la démocratie
d’autre part, grâce à l’inscription de la Charte des droits
fondamentaux dans la Constitution, l’élection du Président de la
Commission par le Parlement européen, une meilleure association des
parlements nationaux, le droit « d’initiative citoyenne »
qui permettra à un million de citoyens européens d’inviter la
Commission à soumettre une proposition dans un domaine où ils le
jugent nécessaire.
Autant
d’avancées qui visent à rapprocher le projet européen des
citoyens, à répondre à leur préoccupation : celle d’une
Europe plus lisible, plus forte, plus efficace.
En
même temps, certaines limites demeurent : ainsi, nous ne
sommes pas allés assez loin dans le renforcement de la capacité décisionnelle
des ministres de la zone euro et l’extension de la majorité
qualifiée en matière sociale et fiscale.
Et
surtout, nous n’avons pu nous mettre d’accord sur les modalités
de révision de la Constitution qui restent régies par l’unanimité,
ce qui rend quasiment impossible tout progrès ultérieur. C’est
sans doute l’une des principales faiblesses du projet au moment où
l’Union Européenne connaît l’élargissement le plus ambitieux
de son histoire.
Question 3 :
Vous avez joué un rôle particulier dans le débat sur « l’exception
culturelle », pouvez-vous nous préciser en quoi cela consiste
et quels en sont les enjeux ?
Un très large consensus existait au sein
de la Convention pour considérer que la culture devait continuer à
relever principalement de la compétence
des Etats. Cependant, les premières versions du projet, qui
supprimaient la nécessité d’un accord unanime des Etats membres
dans le domaine des échanges commerciaux de biens culturels, présentaient
le risque d’une remise en cause des politiques culturelles des
Etats membres.
Or, les échanges de biens ou de services
culturels ne sauraient s’assimiler à des prestations de biens ou
des services ordinaires et relèvent d’une compétence exercée
aujourd’hui principalement par les Etats. Finalement la Convention
a accepté, après de
longues discussions, que le Conseil statue à l’unanimité pour la
négociation et la conclusion d’accords dans le domaine des
services culturels et audiovisuels lorsque ceux-ci risquent de
porter atteinte à la diversité culturelle et linguistique de
l’Union.
Cela
répond à notre souci d’une mondialisation qui respecte la
diversité des cultures et s’accompagne d’un dialogue entre
elles, en Europe et avec le reste du monde. Tel est l’enjeu de la
diversité culturelle et le gouvernement français veillera à que
ces dispositions ne soient pas remises en cause lors des travaux de
la Conférence intergouvernementale.
Question 4 : Êtes-vous
confiante sur l’avenir du projet de Constitution ?
Ma
réponse est oui.
Alors
que commencent les travaux de la Conférence intergouvernementale,
certains gouvernements expriment des critiques et exigent des
modifications. Mais d’autres gouvernements -et ceux-là représentent
la majorité de la population- soulignent que ce texte constitue un
bon point d’équilibre entre les différentes positions et
sensibilités, et qu’il serait dangereux de le remettre en cause.
Ils affirment ainsi leur volonté de ne pas s’en éloigner et de
se limiter à quelques clarifications et ajustements.
La
négociation qui s’amorce sera difficile, mais je suis convaincue
que l’esprit européen l’emportera au bout du compte et
permettra l’adoption d’une Constitution proche du projet élaboré
par la Convention.
Question 5 :
Beaucoup de Français sont inquiets à propos de l’élargissement,
pourriez-vous leur dire en quelques mots quelles sont les
perspectives ?
L’Union
européenne s’élargit pour la cinquième fois. En accueillant dix
nouveaux membres, Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie,
Malte, Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Slovénie, et
demain la Bulgarie et la Roumanie, elle surmonte les divisions
d’un passé tragique et renoue avec son histoire et sa géographie.
La
réunification de l’Europe va rendre celle-ci plus forte :
c’est d’abord une garantie de paix et de stabilité autour de la
défense de valeurs communes ; c’est ensuite un gage de prospérité et
de croissance car les nouveaux Etats-membres, avec des taux de
croissance très supérieurs aux nôtres et 75 millions de
consommateurs, représentent de nouveaux marchés pour nos
entreprises et favoriseront les créations d’emplois, les
investissements et les innovations ; enfin, cette nouvelle
Europe aura plus de poids sur la scène internationale : forte
de 25 pays, de plus de 450 millions d’habitants et du quart de la
richesse mondiale, l’Union européenne constituera l’un des
ensembles les plus puissants de la planète.
Pour
toutes ces raisons, nous espérons que le Parlement français, qui
doit se prononcer avant la fin de l’année, approuvera cet élargissement
et que l’Union européenne pourra bien accueillir 10 nouveaux
Etats-membres le 1er mai 2004, conformément à l’
objectif que s’est fixé le Conseil européen à Thessalonique en
juin dernier.
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Interview de Monsieur Philippe
Herzog
Député européen
Président de l'Association
"Confrontations
Europe"
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Question 1 : Vous êtes le fondateur et le Président de l'Association
"Confrontations", pouvez-vous nous expliquer quel est son
rôle et quels sont ses objectifs
?
Réponse :
Confrontations a été fondée en décembre 1991 par Michel
Rocard, Jean Peyrelevade, J.C. Le Duigou, J.P. Brard et moi-même.
J'en suis depuis les débuts le président et Mme Claude Fischer la
secrétaire générale.
L'Association
réunit des personnes de sensibilités et expériences différentes
pour débattre et élaborer ensemble un diagnostic et des
options face aux mutations auxquelles nous sommes tous confrontés.
Comprendre la mondialisation, comprendre l'Europe, pour mieux en être
les acteurs et pour aider les citoyens de notre pays à retrouver
des perspectives et entreprendre des réformes en coopérant. Nous
nous assemblons parce que nous sommes différents - et non
semblables - et pour rendre la conflictualité constructive.
Dirigeants et cadres d'entreprises, syndicalistes, intellectuels, étudiants,
militants associatifs et politiques participent à nos groupes de
travail (« entreprises », « services d'intérêt général »,
« finances », « marché du travail »,
« élargissement », « commerce et développement »,
et plus épisodiquement, « culture »). Nous publions une
lettre bimensuelle à 25.000 exemplaires et organisons des débats
publics préparés dans nos groupes, où l'expression des différences
et la volonté de construire sont la règle. Dès septembre 1992
nous réunissions ainsi des partisans du « oui » et du
« non » à Maastricht, dans la volonté de dialogue et
d'investissement de l'Europe, par-delà les différences.
Progressivement nous nous sommes concentrés sur la construction
européenne et d'ailleurs nous nous dénommons maintenant
"Confrontations Europe". Nous avons créé un cercle à
Bruxelles qui organise régulièrement des débats au Parlement
européen. Une association jumelle s'est créée à Budapest, et
d'autres sont en perspective en Pologne et en Allemagne : nous
devenons un réseau européen.
Notre
rôle est triple. Une contribution à l'espace public européen par
nos débats (préparés, approfondis, suivis) et nos publications
(La Lettre de Confrontations Europe, l'Option - cahiers de
recherches -). La
formation de citoyens et d'acteurs de l'Europe (par la participation
aux groupes de travail, séminaires et débats). L'interface active
entre les entreprises et autres organisations de la société
civile, et les institutions européennes : par exemple travailler en
amont sur les grandes directives pour pouvoir dire notre avis et
interpeller les dirigeants. Ce n'est pas du lobbying, c'est un
engagement civique.
Notre
philosophie et notre ambition sont clairement : inventer, pratiquer
une démocratie participative, former société en Europe. Nous
construisons l'Europe par le bas, comme nous l'a dit un jour Jacques
Delors, quand d'autres privilégient l'action par le haut. Nous
rapprochons les citoyens et des acteurs sociaux et économiques
porteurs d'options fortes : des identités d'entreprises européennes,
des biens publics européens, un modèle européen d'emploi et de
formation… Nous cherchons une nouvelle synergie (mixité) entre
l'action publique et l'action privée. Notre éthique est : partage,
participation, responsabilité.
Question 2 :
Vous êtes député européen
et vous "pratiquez" le Parlement européen depuis de
nombreuses années, que pensez-vous du fonctionnement de cette
institution aujourd'hui et de son rôle dans le processus de décision
des institutions européennes? Quel rôle sera amené à jouer le
Parlement européen dans les années à venir
?
Réponse :
Le Parlement européen est une institution qui a progressé.
Ce n'est plus une simple tribune : avec un pouvoir de co-décision
qui s'étend, il devient un véritable Législateur. Je constate un
professionnalisme accru. Le rôle politique s'est affirme aussi :
hier souvent dans l'ombre de la Commission, le Parlement a gagné
aujourd'hui en autonomie et est respecté par la Commission. Avec le
Conseil, les relations restent plus difficiles. Le pouvoir du
Parlement sur les directives en co-décision est maintenant tout à
fait clair, qu'il s'agisse des directives « OPA »,
« sociétés d'investissement », ou du « crédit
à la consommation », j'en suis témoin. A bien des égards,
il a plus de pouvoir qu'un Parlement national. Par contre son contrôle
de l'exécutif est insuffisant pour la coordination des politiques
économiques ou la politique de la concurrence, nous sommes très en
deça du nécessaire et souvent réduits à la rhétorique.
Le
Parlement européen est disons plus "fédéraliste" que
les instances nationales, et en tout cas beaucoup plus soucieux de
l'unité et de la cohésion de l'Europe. Toutefois je constate qu'il
est maintenant repris aussi par les divisions nationales et je le déplore.
De même il cède à la logique des blocs de partis : il est à mon
sens urgent de proposer des listes transnationales aux élections et
de transformer les soi-disant partis européens en véritables
formations d'adhésion directe.
Le
rôle du Parlement est encore accru dans le projet de Traité
Constitutionnel (plus d'actes en co-décision) et je pense que cette
institution a vraiment un espace à occuper. Mais son aptitude à
saisir ces potentiels n'est pas évidente, comme je viens de le
montrer.
Un
des problèmes à résoudre est aussi la capacité d'expertise. Elle
est trop faible face à des dossiers complexes (et contraste par
exemple avec celle du Congrès américain). Un autre problème
majeur est celui d'une relation forte et structurée avec la société
civile européenne émergente : la Commission en a une, le Parlement
européen n'en a pas ou elle est marginale. Avec Confrontations
Europe, comme d'autres réseaux associatifs, nous essayons de faire
comprendre aux élus l'importance d'une telle liaison pour élever
les capacités d'écoute et d'élaboration du Parlement européen.
Question 3 :
Vous avez récemment été nommé par le Parlement européen
rapporteur sur le Livre Vert de la Commission européenne sur les
Services d'intérêt général, quelles premières conclusions en
tirez-vous
?
Réponse : C'est
un magnifique sujet et un énorme travail qui me prend pratiquement
une année entière. Il faut faire des recherches, il faut beaucoup
écouter et discuter : les réseaux des communes et régions, les opérateurs
publics et privés, les administrations nationales, les syndicats.
Cela représente près de cent réunions, à Bruxelles et dans
plusieurs pays. L'initiative de la Commission a soulevé un grand
intérêt, c'est une consultation réussie, les réponses ont afflué
et sont souvent très élaborées. La prise de conscience chemine
que les problèmes de compatibilité entre les règles du marché
intérieur et de la concurrence d'une part, le fonctionnement et le
développement des services publics et d'intérêt général,
d'autre part, ne sont pas simples. Ni la Commission ni la Cour de
Justice n'ont encore trouvé les bonnes solutions. Aussi le projet
de Traité Constitutionnel inclut judicieusement quelques éléments
pour un droit positif des SIG, et un acte législatif-cadre peut
maintenant être envisagé.
Comme
rapporteur, des relations de coopération fortes se sont nouées
avec la Commission et avec la société civile organisée. Par
exemple le réseau des communes allemandes et autrichiennes a bien
compris mes options et est favorable, me semble-t-il à leurs
orientations. Plus difficile est le débat avec mes collègues de la
Commission économique et monétaire, mais l'âpreté de la
discussion reflète aussi l'ampleur des enjeux. Mon orientation de départ
était clairement en faveur d'une responsabilité accrue de l'Union
européenne pour les Services d'Intérêt Général (SIG) : la
situation où elle a compétence exclusive pour la concurrence et où
les Etats ont celle des SIG ne me parait pas viable en l'état. Non
qu'il faille défausser les Etats mais quand l'intégration
progresse, il faut viser une co-responsabilité Etats-Union. Ceci
n'est pas accepté par une grande majorité de mes collègues, qui
refusent une perspective de biens publics européens. J'ai donc
ajusté mon orientation et retenu une optique de subsidiarité plus
classique, visant à renforcer la prévisibilité et la sécurité
juridique des SIG pour les autorités publiques locales, régionales
et nationales. Cependant je propose aussi qu'une future
directive-cadre, tout comme les directives sectorielles, fassent un
pas en avant conséquent vers des notions communes. Pour l'instant
les choix nationaux diffèrent et s'opposent. Nous devons tenter de
nous accorder et de promouvoir explicitement un droit positif des
SIG. Jusqu'au vote en session plénière (prévu en décembre 2003),
le résultat de ce travail est incertain. De même sont incertains
les débouchés politiques du Livre Vert et de toute la consultation
à laquelle il a donné lieu.
Question 4 : Vous parlez régulièrement de la "société civile
européenne", qu'entendez-vous par cette expression? Que
pourraient faire l'Europe, les pouvoirs publics nationaux et locaux,
les ONG pour mieux expliquer et rapprocher l'Europe de ses citoyens
?
Réponse : J'utilise
le concept de "société civile" dans l'acceptation forgée
par les philosophes des XVIIIe et XIXe siècles : c'est la société
organisée dans sa différence et sa relation à l'Etat. Pour moi
les organisations d'entreprises et les syndicats en font partie tout
autant que les associations. Je ne suis pas la mode actuelle qui réserve
la notion de société civile aux seules ONG. L'enjeu d'une définition
large est précisément la reconnaissance des autres par chacun :
entreprises, syndicats, ONG doivent apprendre à dialoguer et
travailler ensemble. C'est la philosophie de Confrontations Europe.
Travailler
ensemble et assumer sa part de responsabilité sociale et publique.
Je me distingue nettement des conceptions radicales souvent portées
par les mouvements dits "alter mondialistes", qui se
veulent contre-pouvoirs et n'assument pas l'effort de coopération
et de construction commune. La société civile "européenne"
est émergente, elle manque encore de racines chez chaque citoyen,
et les réseaux européens sont encore trop peu nombreux et
influents.
Je
critique nettement l'Etat-nation qui fait écran entre le citoyen et
l'Europe. J'ai remis en 1998 un rapport au gouvernement français
visant à briser l'écran et à assumer des devoirs pour
l'implication européenne des citoyens. L'accès à l'information
doit se bâtir dans chaque ville, école, région; les médias
doivent s'éduquer et être responsabilisés.
Les
citoyens doivent pouvoir prendre appui sur des réseaux qui les
aident à pénétrer dans les institutions européennes et à se
rapprocher des réseaux existant dans d'autres pays. Le système éducatif
national doit être profondément réformé pour s'européaniser, dès
le primaire et à fortiori au niveau universitaire. Au niveau
communautaire il faut que cette société civile en réseaux gagne
un véritable pouvoir consultatif. Un seul exemple : les SIG. Tant
que la Commission évaluera elle-même la valeur de ses politiques
en ce domaine, il y aura déni de démocratie. Mais si un pouvoir d'évaluation
pluraliste indépendant de la Commission est organisé, ce sera un
énorme progrès dans la direction de biens publics européens.
Question
5 : Que
pensez-vous du projet de Constitution remis par Valéry Giscard
d'Estaing aux Chefs d'Etats et de gouvernements européens le 16
avril dernier ?
Réponse : La
Convention, présidée avec intelligence par Valéry Giscard
d'Estaing, a fait un bon travail et j'espère que la Conférence
Intergouvernementale ne va pas le ruiner.
Mais
elle n'a pas été une véritable assemblée constituante : les débats
sont restés confinés entre les conventionnels et le réseau des
initiés. D'autre part elle a écarté de ses travaux le projet et
la nature des politiques communes - ce qui intéresse le plus les
citoyens. C'était réaliste, vu les désaccords profonds entre
Etats membres à ce sujet. C'était aussi conforme à la logique
fonctionnaliste, misant sur la dynamique des Institutions. Mais cela
a singulièrement limité l'ambition et la légitimité des travaux.
La Commission souhaitait qu'on élabore mieux le projet avant les réformes
institutionnelles. Elle avait raison mais n'a pas été entendue.
Finalement
la rédaction des objectifs de l'Union n'innove pas et dans le
domaine des compétences, l'échec est net s'agissant de la
politique économique et sociale - grave s'agissant du Budget et de
l'harmonisation fiscale. C'est un peu meilleur pour les politiques
de justice et de sécurité, et pour la politique extérieure. Le
projet comporte des avancées institutionnelles : personnalité
juridique, simplification du système, droits fondamentaux, un
principe juste pour le vote de la majorité… Et pour
l'organisation des pouvoirs, le modèle triangulaire est finalement
préservé (je ne crois pas à un rôle accru du Conseil européen
et du Conseil). Concernant le chapitre sur la démocratie
participative, il reste tout à fait général et creux. Et le droit
de pétition législative, c'est de la "démocratie
directe", et non pas la participation, qui est autre chose : la
capacité d'élaborer et de faire aboutir des idées et des projets
par soi-même en s'associant avec d'autres, de participer au
processus de décision en amont par la consultation et en aval par
l'évaluation.
Donc,
ce projet n'est pas encore l'acte constitutif d'une Union politique.
Mais c'est un progrès relatif, et comme tel je souhaite qu'il soit
préservé et ratifié.
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