le webzine sur l'Europe de l'Association Jean Monnet - N° 7 / octobre 2004

Dossier


"Citoyennetés nationales et citoyenneté européenne

 

 

Royaume-Uni, Irlande, Allemagne

Cette série d'articles publiée dans les Cahiers européens d'Houjarray est issue de l'ouvrage collectif réactualisé "Citoyennetés nationales et citoyenneté européenne" coordonné par Françoise Parisot, Présidente de l'Association Futur-Présent. Il a été publié aux éditions Hachette en 1998 avec l'aimable soutien de la Commission européenne (Programme SOCRATES - Education des adultes), le ministère délégué aux Affaires européennes, le ministère de l'Education nationale, la Caisse des dépôts et consignations, la fondation Maginot.

La mise à jour a été réalisée par Françoise Parisot avec la participation de Delphine Lemarinier, diplômée de l'IEP de Grenoble, de Paris IX-Dauphine et de l'IEE de Bruxelles.

Cet ouvrage est disponible sur commande aux éditions Hachette (Education 1998).

 

Suite du dossier précédent (Autriche, Finlande, Suède)
paru dans les Cahiers Européens d'Houjarray n° 6
(5ème partie)*  

 

 

SOMMAIRE :

 

I. ROYAUME-UNI

1. Un peu d’histoire

* Les origines
* L’Angleterre anglo-danoise et l’Angleterre anglo-saxonne

* L’Angleterre normande
* Les Plantagenêt
* Les Tudor et la reconstitution du pouvoir royal
* Les Stuarts, une dynastie écossaise
* La maison Orange-Nassau
* Les Hanovre
* Les whigs et les tories
* Les guerres napoléoniennes
* La révolution industrielle
* L’ère victorienne : réformes et expansion
* Alliance avec la France et Première Guerre mondiale
* La Deuxième Guerre mondiale
* L’après-guerre
* L’Écosse et le pays de Galles
* Le Royaume-Uni et l’Europe

2. La citoyenneté britannique par Andrew Duff

* Qui sont les Britanniques ?
* Qu’est-ce que l’État britannique ?
* Les changements actuels
* Nationalité et citoyenneté britannique
* Qu’est-ce qui détermine la citoyenneté britannique ?
* Mais comment les Britanniques se voient-ils ?
* Le défi d’une identité européenne

* Encadré: Institutions du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord

 

II. IRLANDE

1. Un peu d’histoire

* Les origines
* Domination anglaise
* La réforme religieuse d’Henri VIII
* La république d’Irlande
* Irlande du Nord
 
2. La citoyenneté en Irlande par Claire Loftus

* Etymologie
* Histoire, institutions et valeurs de l’Irlande
L’histoire
Héritages
Institutions
Valeurs
Comportements

* Encadré: Constitution de la République d’Irlande du 1er juillet 1937 (mise à jour au 1er mars 1994)

* Sites internet à consulter

III. ALLEMAGNE

1. Un peu d’histoire

* Les origines
* Le Saint Empire romain germanique
* La Réforme protestante
* Armées de Napoléon et montée de la Prusse
* Vers l’unité, rôle de Bismarck
* La Première Guerre mondiale et la République
* Nazisme et Deuxième Guerre mondiale
* Partage et reconstruction
* De la Communauté européenne à l’Union européenne
 
2. Citoyenneté et « Staatsbürgerschaft » par Andreas Maurer

* Le citoyen, « Bürger »
Connotation du terme
Comment s’explique cette définition de la citoyenneté ?
L’évolution de la citoyenneté culturelle et politique

* La construction de la citoyenneté en Allemagne
* La citoyenneté dans l’Allemagne de l’après-guerre
* Le contenu de la citoyenneté dans la Loi fondamentale
* Comportements des citoyens
Un passé à assumer
Comportements du citoyen allemand


* Encadré: Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne du 23 mai 1949 (Amendée en 1956, 1968 et 1993) 
* Sites internet à consulter

 

* * * * *

  LE ROYAUME-UNI

  CITÉ : CITY

CITOYEN : CITIZEN

 

Un peu d’histoire...(1)

* Les origines

Déjà peuplées, les îles Britanniques sont envahies par les Celtes, au IIIème siècle avant J.-C. Au Ier siècle avant J.-C. et jusqu’en 410 après J.-C. la « Bretagne »(2) est occupée et érigée en province romaine. Au Vème siècle, l’île est envahie par les Jutes, les Angles et les Saxons, et divisée en plusieurs royaumes rivaux. Elle prend le nom d’England, la terre des Angles. L’introduction du christianisme date du VIIème siècle.  

* L’Angleterre anglo-danoise et l’Angleterre anglo-saxonne

Au IXème siècle, les Scandinaves intègrent l’Angleterre à l’Empire danois. La dislocation de cet Empire ramène au pouvoir une dynastie anglo-saxonne avec Édouard le Confesseur en 1042.  

* L’Angleterre normande

Le duc de Normandie, Guillaume, conquiert le pouvoir contre Harold II à la bataille d’Hastings le 14 octobre 1066, et devient Guillaume Ier le Conquérant.  

* Les Plantagenêt

Henri II Plantagenêt, par son mariage avec Éléonore d’Aquitaine, règne sur l’Angleterre et sur une partie de la France (Normandie, Anjou, Maine, Aquitaine et Gascogne) de 1139 à 1154. Il doit faire face à la féodalité et à l’opposition de Thomas Becket. Il est le vassal des Capétiens et la rivalité entre les deux Couronnes durera jusqu’au XVème siècle. Ses successeurs, Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre et Henri III laissent l’aristocratie prendre du pouvoir. Celui-ci s’incarnera dans le Parlement et se traduira par la signature de la Grande Charte, la Magna Carta en 1215, et les provisions d’Oxford en 1258.
En 1284, le pays de Galles est conquis par Édouard Ier. Les prétentions à la Couronne de France d’Édouard III et la rivalité franco-anglaise dans les Flandres provoquent la guerre de Cent Ans (1337-1453) qui se termine par la chute de Bordeaux. L’Angleterre perd alors ses possessions sur le continent, sauf Calais. Elle est ensuite secouée par la guerre des Deux-Roses (1450-1485) (3).  

* Les Tudor et la reconstitution du pouvoir royal

Henri Tudor accède au trône sous le nom d’Henri VII (1485).

Henri VIII, souhaitant se libérer de l’emprise de Rome et obtenir le divorce, rompt avec la papauté et crée, sous son autorité, l’Église anglicane indépendante des autres Églises protestantes. Il se proclame roi d’Irlande en 1541.

Sous Élisabeth Ière (1533-1603), le pays connaît un grand essor maritime, commercial, colonial et culturel. William Shakespeare (1564-1616) a, par son œuvre, acquis une renommée universelle en dépeignant avec génie les thèmes éternels qui concernent l’homme.

L’Église anglicane est alors officiellement fondée en 1562.  

* Les Stuarts, une dynastie écossaise

En 1603, Jacques VI Stuart, le fils de Marie Stuart, et roi d’Écosse, succède à Élisabeth sous le nom de Jacques Ier, et réunit les deux Couronnes.

Au XVIIème siècle, le despotisme des Stuarts, notamment celui de Charles Ier, s’oppose au Parlement et engendre des crises politiques et religieuses. En 1649, Cromwell (1599-1658) fait exécuter ce dernier et met en place un pouvoir personnel qui ne lui survivra pas.

Tous ces conflits successifs aboutissent à la révolution de 1688. Jacques II est déposé.

John Locke (1632-1704) a exercé une énorme influence à travers ses essais sur l’importance de la tolérance religieuse, la démocratie parlementaire et le libéralisme économique.  

* La maison Orange-Nassau

Le Parlement offre les couronnes à Guillaume III d’Orange et à son épouse Marie II Stuart, qui règnent conjointement jusqu’en 1701 après avoir garanti la Déclaration des Droits (Bill of Rights) en 1689. L’union officielle de l’Écosse et de l’Angleterre est proclamée en 1707 sous le nom de Royaume-Uni. En 1714, celui-ci passe sous la souveraineté des Hanovre.  

* Les Hanovre

Sous le règne de George Ier et George II, plus allemands qu’anglais, le régime parlementaire est favorisé. L’Assemblée est élue pour sept ans. Elle est essentiellement composée de propriétaires terriens, au détriment des villes. Le système électoral fixe un « cens » élevé. Les « bourgs » de campagne – très peu peuplés – on les a appelés les « bourgs pourris », restent cependant des circonscriptions électorales.

Ayant pris parti contre Louis XIV lors de la Guerre de Succession d’Espagne, la Grande-Bretagne a acquis, par le traité d’Utrecht en 1713, des positions importantes dans les colonies, d’où la rivalité entre colons anglais et français.  

* Les whigs et les tories (4)

De 1714 à 1762, le parti whig domine les gouvernements. Ceux-ci doivent faire face aux révoltes des partisans des Stuarts en Écosse. Ils signent la Triple et Quadruple-Alliance avec la France, les Pays-Bas et l’Empire germanique en 1717-1718 et soutiennent la France contre l’Espagne. Mais la corruption parlementaire engendre les réactions du peuple. William Pitt, leader des « jeunes whigs », a des ambitions coloniales et accroît le rôle de l’Angleterre dans le problème de la Succession d’Autriche, l’entraînant dans la guerre de Sept Ans contre la France (1756-1763).

George III (1760-1820), premier hanovrien véritablement anglais, cherche à éliminer les whigs. Il signe le traité de Paris avec la France en 1763 qui lui donne le Sénégal, le Canada, une partie de la Louisiane et d’autres possessions françaises aux Amériques. Mais l’échec de sa politique coloniale américaine avec la déclaration d’Indépendance en 1776 et la défaite de Saratoga en 1777 met fin à ses ambitions.

Après le traité de Versailles en 1783, la puissance internationale de la Grande-Bretagne est affaiblie.

Adam Smith (1723-1790), avec son « Wealth of Nations » (1766) a, par sa compréhension du travail, du commerce et du capital, influencé l’économie.

Le second William Pitt, fils du précédent, rénovateur du parti tory (soutenu par une partie des whigs), remporte les élections de 1784 et rétablit le régime parlementaire qui avait été mis à mal sous le règne de George III. Sous son gouvernement, plusieurs réformes économiques et sociales s’élaborent et se concrétisent (rénovation agricole, révolution industrielle). En 1800, il assure à l’Irlande une représentation parlementaire au Parlement de Londres, par l’Acte d’Union en 1801. Mais il échoue dans sa tentative d’émancipation des catholiques irlandais.  

* Les guerres napoléoniennes

En 1805, Nelson détruit à Trafalgar la flotte franco-espagnole et dispose de la maîtrise des mers. Il peut ainsi s’opposer au blocus continental décrété par Napoléon en 1806. Les victoires de Wellington au Portugal (1808) et en Espagne (1809 et 1813) contribuent à la première abdication de l’Empereur en 1814 et à la victoire de Waterloo en 1815. Les guerres napoléoniennes ont désorganisé l’économie de l’Angleterre qui traverse une crise difficile. Le gouvernement tory pratique le protectionnisme (New Corn Law, 1815) et effectue une répression sanglante des troubles sociaux.  

* La révolution industrielle

Elle a provoqué l’émergence de nouvelles classes sociales (prolétariat, bourgeoisie commerçante) que le système électoral écarte de la vie politique. Le retour des whigs, appelés maintenant « libéraux », permet une réforme électorale en 1832 et l’adoption de nombreuses mesures sociales importantes (5). Jugée insuffisante par les ouvriers, cette politique favorise l’arrivée des idées socialistes et l’union des syndicats (The Grand National Consolidated Trades Union, 1834).

John Stuart Mill (1806-1873) mit en relief le pouvoir de l’individu dans l’organisation de l’économie politique. Il était partisan de l’émancipation des femmes, de la représentation proportionnelle et d’un gouvernement fédéral. Il fut très actif pour le développement de la démocratie libérale.  

* L’ère victorienne : réformes et expansion

Sous le règne de la reine Victoria (1837-1901), la stabilité politique s’installe : libéraux et conservateurs se succèdent ou se coalisent dans une large unité de vues. L’Angleterre affirme son hégémonie par une politique d’intimidation vis-à-vis de la France et de la Russie. Elle intervient dans les guerres de Crimée et de Chine. Victoria conquiert les Indes et en est proclamée impératrice en 1876. La politique de non-intervention pendant la guerre de 1870 isole le pays. À l’intérieur, les revendications continuent. Le mouvement syndical s’organise et est officiellement reconnu en 1871 (Trade Union Act). Le suffrage universel avec la représentation proportionnelle et l’élargissement du corps électoral évolue en 1882 et sera réellement instauré en 1918 (6).

De 1886 à 1914, les forces politiques sont divisées sur le statut de l’Irlande. Le parti travailliste (Independant Labour Party) est créé en 1893 et entre aux Communes (7) en 1906.  

* Alliance avec la France et Première Guerre mondiale

Sous les règnes d’Édouard VII et de Georges V, la Grande-Bretagne rompt son isolement et signe « l’entente cordiale » avec la France en 1904. Ainsi, elle entre en guerre contre l’Allemagne le 4 août 1914.

La Grande-Bretagne sort affaiblie de la guerre bien que son Empire en Orient soit consolidé. Le nombre de ses chômeurs atteint 2 700 000 en 1921 ; elle ne sort de la crise que pour retomber dans celle de 1930.

Dans la première moitié du XXème siècle, John Maynard Keynes et William Beveridge, auteur d’un plan sur la Sécurité sociale et le plein emploi, furent deux figures centrales dans le domaine de la politique économique et sociale.

Le Commonwealth est créé en 1931. Après l’avènement de George VI (1936), la Grande-Bretagne cherche à préserver la paix par la voix diplomatique et participe à la conférence de Munich en 1938.  

* La Deuxième Guerre mondiale

Elle entre en guerre contre l’Allemagne le 3 septembre 1939, après la violation des frontières polonaises par Hitler. Le gouvernement d’Union nationale, créé par Winston Churchill en mai 1940, supporte seul le poids de la guerre après la capitulation de la France. Il organise la défense aérienne (bataille d’Angleterre en automne 1940). Les troupes britanniques essuient des revers en Méditerranée et dans le Pacifique. Mais l’aide des États-Unis (1941), qui entrent en guerre en 1942, et la victoire de Montgomery sur les troupes de Rommel, renversent la situation.  

* L’après-guerre

Malgré toute son action, Churchill perd les élections en 1945. Le gouvernement travailliste d’Attlee agit pour le progrès social et économique (Welfare State : État providence et nationalisations).

En 1948, la Grande-Bretagne signe la Déclaration universelle des droits de l’homme. La livre est dévaluée en 1949, les prélèvements fiscaux s’alourdissent. La Grande-Bretagne adhère à l’OTAN cette même année. Elle accorde l’indépendance à l’Inde, au Pakistan et à Ceylan en 1947.

Elisabeth II succède à son père George VI en 1952. Conservateurs et travaillistes alternent au pouvoir de 1951 à nos jours. De 1979 à 1997, les gouvernements conservateurs de Margaret Thatcher, puis de John Major, développent une politique de libéralisme strict, de dénationalisation et de restauration monétaire, intransigeante avec les syndicats. Depuis 1997, c’est le social-démocrate Tony Blair qui dirige le gouvernement.  

* L’Écosse et le pays de Galles

Le 12 septembre 1997, 74,29 % des Écossais ont approuvé la création d’un Parlement autonome, lors du référendum organisé à l’initiative de Tony Blair.

Les Gallois ont approuvé, à une très faible majorité, la création d’une Chambre régionale autonome au pays de Galles.  

* Le Royaume-Uni et l’Europe

En 1950, la Grande-Bretagne signe la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe.

D’abord hostiles au traité de Rome, les conservateurs finissent par poser la candidature du Royaume-Uni à la CEE, mais ils se heurtent à l’opposition du général de Gaulle. Finalement, le gouvernement conservateur d’Edward Heath obtient son adhésion à la Communauté européenne en 1971 et l’intègre le 1er janvier 1973.

En 1979 ont lieu les premières élections parlementaires européennes, et en 1992 le traité de l’Union européenne qui établit la citoyenneté européenne est ratifié malgré toutes les réticences que l’on sait. Mais le Royaume-Uni est alors le seul État qui n’ait pas ratifié la clause sociale.

Depuis les élections qui ont amené au pouvoir les travaillistes (1er mai 1997) et Tony Blair au poste de Premier ministre, le volet social a été ratifié.

Le positionnement du Royaume-Uni aux cotés des Etats-Unis lors de la crise irakienne a posé des problèmes à ses partenaires européens qui se sont interrogés sur la volonté réelle des britanniques de suivre leurs engagements dans l’Union européenne. Les récentes déclarations de Tony Blair sur la future intégration de son pays à la zone euro peuvent rassurer ses voisins par rapport à ses ambitions européennes. En effet, celui-ci a assuré que lorsque les 5 critères économiques indispensables au pays pour une adhésion réussie à la zone euro - établis par le gouvernement début 2003 - seront respectés, le Royaume-Uni intégrerait l’euro-groupe. Il a affirmé en janvier 2004 que cette entrée serait probablement effective en 2007.  

2. La Citoyenneté britannique par Andrew Duff (8)

« To make us love our country,
our country ought to be lovely. »
                         Edmund Burke.

 

* Qui sont les Britanniques ?

L’histoire de la citoyenneté britannique est l’histoire de l’évolution de la domination des îles britanniques par les Anglais – et de la lutte pour protéger l’indépendance du pays de la domination de la France, des Pays-Bas, de l’Espagne et plus tard de l’Allemagne. Ces deux aspects sont inévitablement et étroitement mêlés, et ont encore une forte résonance dans le vigoureux débat actuel sur la place du Royaume-Uni en Europe.

À l’origine, l’histoire des Britanniques est celle d’un mélange ethnique entre Romains, Celtes, Jutes, Angles et Saxons, auxquels s’ajoutent les Scandinaves et les Normands. L’État moderne britannique s’est forgé au cours des quatre derniers siècles : une période caractérisée à la fois par des conflits politiques entre Anglais, Irlandais, Écossais et Gallois, et par des querelles religieuses et philosophiques entre puritains et catholiques romains qui se conclura par l’émergence finale de la « via media », celle de la réforme de l’Église anglicane. Un robuste esprit de parti est la caractéristique permanente des Britanniques – que ce soit dans les conflits militaires des Guerres des Roses (9) et la Réforme jusqu’à la guerre civile, ou dans la vie civile et politique.

À travers ces conflits, l’histoire du Royaume-Uni et de son peuple n’est pas quelque chose d’exceptionnel en Europe, bien que le fait que la Grande-Bretagne soit une île signifie que certaines caractéristiques spécifiques à son histoire n’existent pas sur le continent. On a tendance à exagérer son insularité à la fois dans ses bons et dans ses mauvais aspects. Mais le fait que, depuis les Normands en 1066, seul un envahisseur étranger, le prince Guillaume d’Orange en 1688 (et beau-frère éclairé du monarque régnant), a remporté un succès alors que trois autres, Philippe II, Napoléon et Adolf Hitler, ont échoué, tient beaucoup à la géographie de la Grande-Bretagne.

La conquête de l’anglais vernaculaire (anglais courant) sur le français et le latin était plus pragmatique qu’idéologique et la nouvelle langue empruntait de façon aisée aux vocabulaires allemand et français. Le Britannique était principalement défini comme quelqu’un qui vivait sur l’île à ce moment-là et la Grande-Bretagne n’a jamais souffert de tensions raciales ou ethniques profondes. Le fait de posséder des frontières naturelles a conduit à une certaine nonchalance dans l’approche britannique de la construction de l’État. Il n’y a pas eu de dynastie monarchique comme en France. En vérité, de nombreux monarques anglais ont été d’importation étrangère.  

* Qu’est-ce que l’État britannique ?

L’État britannique présente deux aspects particuliers.

Premièrement, comme cela est bien connu, la Grande-Bretagne ne possède pas de Constitution écrite (cf. Institutions). La souveraineté repose sur le Parlement – ou plus précisément sur la « Couronne au Parlement » – et est soutenue par le corpus de la Common Law anglaise. L’évolution de la monarchie constitutionnelle impliquait un Parlement toujours plus fort pour maintenir la liberté et pour sanctionner le Gouvernement. En théorie, aucun Parlement ne peut lier son successeur. En pratique, naturellement, il y a des éléments législatifs qui sont implantés par une longue tradition vénérée, notamment le Bill of Rights de 1689 qui avait emprunté une forme de Constitution aux Provinces-Unies hollandaises.

L’accession du Royaume-Uni, après 1945, à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et à la Communauté européenne, a empiété sur la souveraineté nationale avec des conséquences de plus en plus évidentes.

Néanmoins, dans un pays où la souveraineté parlementaire est considérée comme suprême, la tyrannie parlementaire peut en résulter. De nombreuses difficultés actuelles proviennent de la trop large compétence donnée au parlement de Westminster, de l’absence de sauvegardes constitutionnelles, des procédures archaïques du Parlement lui-même et du contrôle exercé par l’exécutif en place sur la Chambre des communes.

La seconde particularité de la Constitution du Royaume-Uni et de l’Irlande du Nord est qu’il ne s’agit pas d’un État britannique centralisé, unitaire, comme beaucoup l’imaginent, même pour la plupart des Anglais. Le Royaume-Uni comprend quatre provinces unies habitées par des groupes ethniques régionaux variés : Belfast, Cardiff et Édimbourg sont des capitales au même titre que Londres. L’Écosse en particulier se distingue largement de l’Angleterre avec ses régimes séparés en ce qui concerne la loi, la religion, l’éducation et l’administration. En fait, seuls les parlements d’Écosse et d’Angleterre furent unis par l’Acte d’Union de 1707. Même la reine est bivalente : elle est anglicane en Angleterre et presbytérienne sur le sol écossais.

Comme chacun sait, ni l’Écosse ni l’Irlande n’ont jamais été entièrement à l’aise en tant que partie intégrante du Royaume-Uni. Dans ces deux pays, il y a eu une série de dures campagnes en vue d’un transfert de gouvernement ou d’indépendance, souvent menées par des Anglo-Écossais et des protestants Anglo-Irlandais qui étaient loin de ressembler au stéréotype des paysanneries celte et galloise. Au XIXème siècle, la notion de Home Rule (gouvernement propre à chaque province avec essentiellement des propositions pour une fédération des îles Britanniques) a émergé dès que les conflits pour la succession de la maison de Hanovre et l’Émancipation catholique se sont éloignés. Le Home Rule, en raison du choc de la Première Guerre mondiale, ne fut pas mis en œuvre et l’Irlande fut victime de la rébellion armée suivie d’une partition, puis d’une guerre civile dans les années 1920. En Irlande du Nord, la suppression des droits civiques de la minorité catholique (largement « nationaliste ») par la majorité presbytérienne (les « loyalistes ») conduisit à la longue crise constitutionnelle et aux actions terroristes qui durent depuis le milieu des années 1960.  

* Les changements actuels

La transformation de la Constitution à l’initiative de Tony Blair est aujourd’hui une question d’actualité en Écosse. En 1989, une « Convention constitutionnelle » réunissant les principaux partis d’opposition, les autorités locales, les Églises, les universités, les syndicats et les ONG avait rédigé une « Claim of Right » pour l’Écosse. Cette affirmation de souveraineté populaire pour un gouvernement autonome conduit, depuis le référendum du 12 septembre 1997, au rétablissement d’un parlement écossais. Une telle perception de la souveraineté écossaise appartenant au peuple est comparable aux conceptions fédéralistes de l’Union européenne, où la souveraineté populaire est rassemblée au sein du Parlement européen. L’intégration européenne dispersera forcément le pouvoir de Londres à la fois en amont vers Bruxelles et en aval vers les régions du Royaume-Uni. Il existe une relation tangible entre une résurgence de la citoyenneté en Écosse et l’émergence d’une citoyenneté de l’Union européenne.

La situation constitutionnelle de l’Irlande du Nord est en transition et son avenir reste incertain. Le parlement décentralisé de Belfast fut remplacé par le gouvernement direct de Westminster en 1970, dans une tentative de remettre en place l’autorité de la loi, la liberté civile et l’égalité des chances. Mais l’Irlande du Nord reste une communauté divisée et peu adaptée à la pratique quotidienne de la démocratie. Toute solution démocratique au problème des relations entre la province et Dublin et Londres est difficile à trouver… Tony Blair courageusement a tenté d’amorcer un dialogue et un processus de paix.

En bref, l’idée que le Royaume-Uni est un État-nation est plutôt contrefaite. Sans conteste, face à un tel passé historique et constitutionnel, la relation entre l’individu et l’État britannique est un phénomène particulièrement intéressant.  

* Nationalité et citoyenneté britannique

La tradition juridique britannique place le Royaume-Uni dans une position favorable pour développer les aspects innovateurs de la citoyenneté de façon pragmatique. Malheureusement, la définition de la nationalité britannique est complexe et à l’origine d’une certaine confusion. L’ajout de la dimension de l’Union européenne – elle-même tout sauf un modèle de clarté et de simplicité – est un défi déconcertant.

Traditionnellement, dans la loi, la nationalité était définie de façon négative. En d’autres termes, il s’agissait plus d’une protection contre les obligations variées qui s’appliquaient aux étrangers plutôt que des droits et devoirs positifs inhérents au statut de la citoyenneté britannique.

L’attitude de « laisser faire » de la Grande-Bretagne victorienne connut une fin brutale en 1905 avec l’adoption de l’« Aliens Act », qui autorisait la déportation des immigrants sans domicile ou malhonnêtes. Jusqu’en 1914, cependant, il n’y a pas eu de réel statut de l’étranger ; mais le « British Nationality and Status of Aliens Act » de cette même année disait que, en addition au jus soli et au jus sanguinis, on pouvait devenir anglais par un processus de naturalisation. Ce processus a été particulièrement important pour les sujets de la Couronne qui perdirent leur nationalité britannique avec la chute de l’Empire.

En 1947, le Commonwealth acceptait que, alors que les États devenus récemment indépendants pouvaient créer leurs propres règles de citoyenneté, une catégorie spéciale serait créée pour les citoyens des autres pays du Commonwealth. Au Royaume-Uni, le « British Nationality Act » de 1981 reconnaissait l’existence formelle de trois classes de citoyens : le citoyen britannique avec le droit de résidence, le citoyen du Commonwealth avec certains droits de résidence, et le citoyen britannique d’outre-mer, qui n’a aucun droit.

La « Representation of the People Act » de 1983 donne expressément le droit de vote aux élections locales et parlementaires à tous les citoyens du Commonwealth et de la république d’Irlande.

En ce qui concerne l’immigration, le « Commonwealth Citizens Act » de 1962 introduisait les premières restrictions à l’entrée au Royaume-Uni. Elles ont été par la suite renforcées par le célèbre « Commonwealth Immigrants Act » de 1968, l’« Immigration Act » de 1971 et par un ensemble de mesures anti-immigration prises sous le gouvernement conservateur depuis 1979, incluant le « Asylum and Immigration Appeals Act » de 1993.

Dans l’ensemble, ces restrictions d’après-guerre sur le droit de résidence au Royaume-Uni ont terni la réputation britannique de « havre de paix » pour les réfugiés politiques et de société tolérante sur le plan racial. Il est maintenant en effet très difficile de devenir immigrant légal au Royaume-Uni. Et sauf pour les citoyens du Commonwealth (et les Irlandais), les aspects clés de la citoyenneté, tels que les droits de vote, ne sont pas encore liés à l’acquisition de la nationalité britannique. C’est encore pire pour les autres Européens : un Français vivant, ayant travaillé et payant des impôts depuis 1940 ne peut toujours pas voter pour la Chambre des communes.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le parlement du Royaume-Uni a finalement reconnu, eu égard à la façon dont un État doit traiter son peuple, l’existence de valeurs universelles en ce qui concerne les droits fondamentaux et les libertés civiles. La Convention des Nations unies et la Convention européenne des Droits de l’Homme traitent du fondement des relations légales entre l’individu et l’État, plutôt que de leur forme, et sont particulièrement orientées en faveur des défavorisés.

Le Royaume-Uni a curieusement insisté pour que les Droits de l’homme figurent dans les nouvelles Constitutions adoptées par ses ex-colonies après leur accès à l’indépendance, mais aucun gouvernement n’a jamais trouvé utile d’incorporer la Convention européenne des droits de l’homme dans le « British Domestic Law ». Cela a eu pour conséquence un certain nombre d’échecs gênants pour des ministres britanniques à la Cour de justice de Strasbourg.  

* Qu’est-ce qui détermine la citoyenneté britannique ?

Les concepts de citoyenneté en Grande-Bretagne se sont développés et ont évolué au sein de l’héritage européen. Marshall (10) envisageait la citoyenneté sous trois aspects : un aspect civil (largement développé à la fin du XVIIIème siècle), un aspect politique (développé au XIXème siècle), et un aspect social (développé au XXème siècle). La citoyenneté est « un statut conféré à tous ceux qui sont membres à part entière d’une communauté. Tous ceux qui possèdent ce statut sont égaux devant les droits et les devoirs inhérents à ce statut. Il n’y a pas de principe universel qui détermine ce que ces droits et devoirs doivent être, mais les sociétés dans lesquelles la citoyenneté est une institution en évolution créent une image idéale de citoyenneté idéale vers laquelle il faut tendre ».

En Grande-Bretagne, l’amour de la patrie est tempéré par le pragmatisme. Au XVIème siècle, un certain nombre de prêtres ont été brûlés et en 1649 le roi Charles Ier fut décapité. Mais au début du XVIIIème siècle, cette « race insulaire » était prête à prendre le libéralisme constitutionnel au sérieux. Une magistrature laïque, menée par les « Justices of the Peace » (juges de paix), étayait la règle de la loi dans le pays ; et les Britanniques pouvaient se consacrer au développement de leur commerce extérieur. La prospérité a suivi la libération culturelle et intellectuelle des Lumières. Les concepts de citoyenneté en Grande-Bretagne se sont développés à l’intérieur de l’héritage universel européen.

La contribution britannique au Siècle des Lumières et à l’épanouissement des arts et des sciences en Europe fut loin d’être négligeable ; et le commerce, l’industrie et les finances britanniques furent prédominants au XIXème siècle. L’Empire britannique fut un épisode extraordinaire dans l’histoire, et son héritage est encore difficile à évaluer. En dépit de la turbulence de l’Empire, il est frappant que les dominions aient hérité de régimes libéraux, démocratiques et pour la plupart fédéraux, avec des économies ouvertes. À cet égard, le succès de l’Empire britannique fut plus significatif que celui des autres États européens durant la période coloniale. Le Commonwealth, qui persiste avec la reine à sa tête, est un phénomène unique au monde.

À l’intérieur, le commerce impérial, initialement en partie fait de commerce d’esclaves, était à l’origine de l’importante prospérité des grandes villes de la révolution industrielle (Belfast, Glasgow, Liverpool, Manchester, Leeds, Newcastle, Birmingham, Bristol) et de l’épanouissement d’une fierté civique et d’un esprit d’entreprise. Le gouvernement municipal fut, jusqu’à la dépression de 1930, un facteur prééminent de l’administration politique britannique, à la fois digne et efficace.

Mais la disparition de l’Empire et la diminution des marchés britanniques ont laissé le Royaume-Uni désorienté et sans dynamique de compétition. La Seconde Guerre mondiale appauvrit et épuisa la Grande-Bretagne, et la célébration de son statut de vainqueur fut suivie par une période de relative stérilité intellectuelle, de complaisance politique et de désastre économique. Un sentiment d’insécurité s’est développé qui sous-tend le débat actuel sur la place de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, sur les bouleversements économiques, les réformes sociales et constitutionnelles. La Grande-Bretagne est devenue un pays de parti pris, divisé et même violent : le système carcéral est en crise, l’éducation et les services publics sont menacés, le dialogue social est primitif, les autorités locales sont faibles, la famille royale est tombée en discrédit, le gouvernement est soupçonné de corruption, et le Parlement n’est plus respecté.

En 1990, dans un rapport sur la citoyenneté, le speaker de la Chambre des communes concluait : « Le manque d’égards envers la citoyenneté, l’oubli des droits et des devoirs des individus et des obligations inhérentes aux institutions, ainsi que la qualité de participation peuvent porter préjudice à un certain nombre de valeurs de notre société. Nous proposons deux observations majeures. Premièrement, que la société soit en général mieux organisée à travers la participation et l’éducation mutuelle, à la fois en termes d’efficacité et en termes de résultats potentiels. La participation des citoyens dans leur société est en même temps un baromètre et un facteur de réussite : la démocratie et la participation ne sont pas et ne devraient pas être réductibles au domaine étroit du jeu politique, mais concernent les véritables choses de la vie. Deuxièmement, que la citoyenneté ne concerne pas seulement les droits formels, mais aussi la participation à la vie quotidienne de notre société ; et non seulement concerne nos propres droits mais aussi ceux des autres. C’est cette conception de la citoyenneté, à la fois théorique et pratique, que nous souhaitons encourager. »

Comment les Britanniques adapteront-ils leur citoyenneté au XXIème siècle ? Au centre gauche de la politique britannique, les idées communautaires de « stake-holding » (tenir les enjeux) sont très en vogue. La citoyenneté est moins à la mode. La politesse semble vraiment démodée dans un pays où les hooligans du football sévissent et la « rage au volant » est devenue courante. Les médias envahissent la vie privée et n’épargnent pas la dignité de l’individu, la drogue et la violence dans la rue mettent en danger les lieux publics ; la politique est empoisonnée par le nationalisme et la xénophobie. Peut-être devrions-nous ne pas nous étonner que tout en professant un penchant pour des activités communautaires et sociales, le Britannique moyen choisisse à présent de regarder la télévision au moins quatre heures par jour.  

* Mais comment les Britanniques se voient-ils ?

Shakespeare a appris aux Britanniques à se sentir légèrement fiers et en même temps un peu honteux d’eux-mêmes. Habituellement, les Britanniques participent volontiers aux nombreux clubs ou associations – dans les domaines : social, culturel, environnemental, commercial, professionnel et politique – et se considèrent comme bons joueurs d’équipes. Il se peut qu’ils ne constituent pas un peuple très chaleureux, mais ils sont « plutôt bons », selon la phrase de Roche, comme « une communauté de compagnons étrangers les uns aux autres ».

D’après la phrase célèbre de Margaret Thatcher, « l’idée de la société en tant que telle n’existe pas ». John Major s’est efforcé de créer les « Chartes des citoyens » et des services d’assistance téléphonique, pour que le consommateur citoyen puisse se plaindre aux autorités de la dégradation des services publics de son pays. La nature de cette citoyenneté orientée vers le consommateur est en rapide évolution, d’autant que la taille et la nature des services publics sont en régression : la dépense publique du Royaume-Uni représente environ 40 % du PNB comparée aux 70 % de la Suède. Le citoyen britannique aurait tendance à insister sur la mise en place d’un niveau minimum de droits sociaux, tels que : un service national de santé et des devoirs civiques de base comme l’obéissance aux règles établies.

Au Royaume-Uni, comme aux USA, le renforcement de la compétition, de la sous-traitance et des partenariats entre le secteur public et le secteur privé dans le domaine du développement des infrastructures semble répondre au souhait d’un citoyen adepte de l’esprit d’entreprise et transforme le gouvernement en partenaire financier du service public. De la même façon, c’est l’épargne personnelle du citoyen qui assure de plus en plus sa protection sociale.  

* Le défi d’une identité européenne

Dans un certain sens, cependant, le citoyen britannique est parfaitement adapté à accepter le défi d’une identité européenne. Tolérants et pragmatiques, les Britanniques ont une large expérience internationale et des bases solides de démocratie parlementaire. En plus, le Royaume-Uni est dans une phase de son histoire où d’importants changements politiques et constitutionnels ont lieu. Si les Grecs (tout comme Thomas Jefferson) ont donné à l’Europe la notion de l’individu comme base de la « polis », les Français sont célèbres pour leur conception de la nation, et les Allemands pour leur conception de l’État, peut-être que la contribution des Britanniques à l’Europe a été celle de savoir vivre dans une société pacifique. L’Union européenne a besoin maintenant d’un processus comparable de socialisation. La citoyenneté européenne sera un discours creux et vide si elle n’arrive pas à bâtir une « confiance fédérale » entre les différentes nationalités de l’Union.

 

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Institutions du Royaume-Uni de Grande-Bretagne

et d’Irlande du Nord (11)

 

Les points importants

La Grande Charte de 1215, Magna Carta

(Jean sans Terre, aux prises avec les révoltes des barons, est obligé d’accepter et de signer cette Charte).

Cette Charte doit être « observée de bonne foi par nos héritiers à perpétuité », de même que les « libertés inscrites ci-dessous ».

Plusieurs articles sont consacrés à l’héritage des orphelins et des veuves, au respect des coutumes, d’autres à la personne qui « ne sera forcée à faire plus de service qu’elle n’en doit », à la justice des amendes en fonction du délit, au respect de la propriété d’autrui, à l’unité de mesure, à la justice « aucun homme libre ne sera arrêté ni emprisonné, ou dépossédé de ses biens et déclaré hors la loi, ou exilé… sans un jugement loyal de ses pairs conformément à la loi du pays ».

Liberté pour les marchands et pour toute personne de rentrer et de sortir du royaume et d’y revenir librement, en toute sûreté.

Le Bill of Rights du 7 juin 1628

Ce projet de loi a été soumis au Parlement sous le règne de Charles Ier pour obtenir l’arrêt de toutes sortes d’excès pratiqués alors en ce qui concerne les taxes, les emprunts effectués par le roi sous la contrainte, car par « lesdits statuts ou autres bonnes lois de ce royaume, vos sujets ne sauraient être contraints à participer à aucune taxe, taille, aide, ou autre charge analogue, sans le consentement de la nation exprimé par le Parlement : injustices, emprisonnements, violences, non respect des biens et des personnes, etc., que nul ne soit contraint de faire aucun don gratuit, prêt d’argent, etc. hors le consentement commun donné par Act du Parlement… que nul ne soit appelé en justice… ni arrêté, inquiété ou molesté à l’occasion de ces taxes… et empêcher qu’à l’avenir le peuple soit opprimé de la sorte… molesté ou mis à mort contrairement aux lois et franchises du pays… ».

L’Habeas Corpus Act de 1679

« Que tu aies ton corps pour le produire devant le tribunal » ; « C’est le nom d’un des textes les plus célèbres dans l’histoire de la liberté, adopté par le parlement anglais en 1679. En vertu de cette loi, toute personne emprisonnée a le droit d’être présentée à un juge pour qu’il statue sur la validité de l’arrestation. » (Termes juridiques, Dalloz).

… l’officier devra dans les trois jours après la remise du « writ » (l’acte judiciaire de condamnation) remettre ou faire remettre le prisonnier ou détenu en personne au Lord-Chancelier ou au Lord gardien du sceau d’Angleterre et devra alors également faire connaître exactement les causes véritables de la détention ou emprisonnement.

Le Bill of Rights du 13 février 1689

Ce projet de loi a été présenté au Parlement en la présence de Guillaume et de Marie d’Orange « dont il a plu à Dieu de faire le glorieux instrument qui devait délivrer ce royaume du papisme et du pouvoir arbitraire »… « aux fins d’aviser à ce que la religion, les lois et les libertés ne puissent plus dorénavant être en danger d’être renversées… ».

« que le prétendu pouvoir de l’autorité royale de suspendre les lois ou l’exécution des lois sans le consentement du Parlement est illégal ».

Droit des sujets de présenter des pétitions au roi… les élections du Parlement doivent être libres… Liberté de parole, de débats et de procédures… Il est demandé « un règlement pour l’établissement de la religion, des lois et des libertés de ce royaume, afin qu’à l’avenir ni les unes ni les autres ne puissent être de nouveau en danger d’être détruites… » « que tous et chacun des droits et libertés rapportés et réclamés dans ladite déclaration sont les vrais, antiques et incontestables droits et libertés du peuple de ce royaume, et seront considérés, reconnus, consacrés, crus, regardés comme tels… ».

Le Parliament Act de 1911

Acte fixant les pouvoirs de la Chambre des lords par rapport à ceux de la Chambre des communes et réduisant la durée des législatures.

Cet Act a pour objectif de « réduire dès maintenant par le présent Act les pouvoirs actuels de la Chambre des lords » avant de la remplacer par une « Seconde Chambre issue de la volonté populaire », mais « telle substitution ne peut être réalisée immédiatement ».

Les pouvoirs de la Chambre des lords sont redéfinis en ce qui concerne les projets financiers (Money bill) et les autres (public bill).

Les droits et privilèges actuels de la Chambre des communes sont sauvegardés et la durée de la législature sera portée à cinq ans au lieu de sept.

Le Parliament Act de 1949

Act modifiant le Parliament Act de 1911 et ayant trait à la modification des sessions parlementaires et celui de 1958 à la « pairie à vie ».

 

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(1)              Contribution de Françoise Parisot.

(2)             Bretagne est l’ancien nom de l’Angleterre.

(3)             Guerre des Deux-Roses : guerre qui oppose les partisans de la maison de Lancastre dont l’emblême est la rose rouge et ceux de la maison d’York qui portent une rose blanche. Les « maisons » ont acquis un très grand pouvoir par leurs richesses. Cette guerre décapite la féodalité et rend possible l’avènement d’Henri VII. C’est le début de l’Angleterre moderne.

(4)             Whig : parti britannique qui soutient les droits du Parlement et des protestants contre l’autorité monarchique et les privilèges de l’anglicanisme.
Tory : parti conservateur anglais.

(5)             Abolition de la loi de 1799 sur les unions ouvrières, émancipation catholique en 1829, abolition de l’esclavage et limitation du travail des femmes en 1833, loi sur les pauvres en 1834.

(6)             En 1918, la « Representation of People Act » donne le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans et à tous les hommes majeurs. En 1928, « l’Equal Franchise Act » donne le droit de vote aux hommes et aux femmes de plus de 21 ans. En 1969, le droit de vote est abaissé à 18 ans.

(7)             Chambre des communes, Assemblée des représentants élus au suffrage universel en Grande-Bretagne. À l’origine seule existait la Chambre des lords. À partir du XVIIème siècle, elle est progressivement reléguée au second plan et perd de son pouvoir.

(8)             Contribution d’Andrew Duff, Député Européen.

(9)             Causée par la lutte pour le pouvoir entre la maison d’York (dont l’emblème était la rose blanche) et la maison de Lancastre (avec pour emblème la rose rouge), la guerre des Deux Roses divisa l’Angleterre de 1455 à 1485. C’est Henri VII, descendant des Lancastre, qui prit le pouvoir en 1485 et mit fin à cette lutte en épousant Elisabeth d’York.

(10)         L’ouvrage majeur de T. H. Marshall, Citizenship and Social Class, fut publié en 1950.

(11)           Le Royaume-Uni n’a pas de Constitution écrite. Les textes étudiés sont relatifs à l’organisation des pouvoirs publics et à la garantie des libertés individuelles ou parlementaires.

 

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IRLANDE

CITÉ : CATHAIR

HOMME LIBRE : SAORANACH

CITOYEN : CATHRAIGHTHEOIR, BURGEIR

 

 

Un peu d’histoire… (1)

* Les origines

Au IVème siècle avant notre ère, une population celtique, les Gaëls, s’implante sur le sol irlandais. De nombreux petits royaumes se fondent. Ils échappent à la conquête romaine et se rassemblent en communautés au début du Ier siècle après J.-C. Par la suite, ils s’organisent en cinq unités politiques dont l’Ulster et le Connacht. À partir du IIème siècle, les rois de Connacht affirment leur prééminence. Au Vème siècle, les Scots d’Irlande pillent la Grande-Bretagne et établissent des colonies sur ses côtes occidentales. L’île est à cette époque christianisée par saint Patrick.

Aux VIème et VIIème siècles, l’Irlande connaît un développement culturel et spirituel. Les monastères se multiplient jusque sur le continent européen : Saint-Gall et Saint-Gallen en Suisse, Saint-Columba en Gaule, Saint-Killian en Allemagne. Mais du VIIème au XIème siècle, le pays est envahi par les Vikings qui le divisent en deux royaumes. Cet affaiblissement facilite l’incursion d’aventuriers normands venus d’Angleterre.

Malgré la résistance locale, Henri II d’Angleterre impose sa suzeraineté par le traité de Windsor en 1175. Les terres sont confisquées et redistribuées à des colons anglais et écossais.

* Domination anglaise

L’Irlande devient ainsi une colonie anglaise. La féodalité récemment implantée prend les habitudes locales et la Couronne d’Angleterre a des difficultés à se faire respecter. C’est pourquoi, au XVIème siècle, les Tudors introduisent dans l’île des colons purement anglais.

* La réforme religieuse d’Henri VIII

Cette réforme va accentuer les haines réciproques. Farouchement catholiques, les Irlandais s’allient aux Espagnols et aux ennemis de l’Angleterre. Beaucoup s’enfuient. Révoltes et massacres se succèdent. Londres inflige de terribles lois pénales qui irritent les colons anglais eux-mêmes. Il se produit une libéralisation du régime à partir de 1783. L’influence de l’indépendance des treize colonies d’Amérique puis de la Révolution française déclenche une insurrection en 1798 (sans succès).

W. Pitt (2) propose l’intégration à l’Angleterre. L’Acte d’union, signé en 1800, permet aux Irlandais de disposer de députés au Parlement de Londres, mais il conduit à la dissolution du Parlement irlandais. Cette politique favorise la prospérité. Mais la famine dite de la « pomme de terre » en 1846-1848 plonge à nouveau le pays dans la misère. Les méthodes industrielles et agricoles restent archaïques.

L’émigration est importante et la population chute de 8 millions à 6, puis à 4 au début du XXème siècle. Cette situation favorise la naissance de mouvements révolutionnaires, tels les Fenians en 1858 et le Sinn Fein (3) en 1902, avec des revendications à l’autonomie, voire à l’indépendance. La minorité protestante parvient à repousser l’adoption du Home Rule (autonomie) jusqu’en 1914.

* La république d’Irlande

Les élections de 1918 sont un triomphe pour le Sinn Fein qui met en place un Parlement (Dail) et une armée (IRA). Après deux ans de guérilla, l’État libre d’Irlande est reconnu en 1921, mais amputé de six comtés, parmi les neuf que compte l’Ulster, où les protestants sont majoritaires. Il demeure membre du Commonwealth. Cependant, nombre d’Irlandais souhaitent la réunion avec l’Ulster. Le parti qui défend cette position, le Fianna Fail, gagne les élections en 1932. Une Constitution d’esprit républicain est promulguée en 1937 et l’Irlande prend le nom d’Eire, ou Ireland en anglais.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Irlande reste neutre. En 1948, elle rompt avec le Commonwealth. Depuis 1958, les gouvernements successifs cherchent à renforcer l’industrialisation du pays et libéralisent l’économie irlandaise. L’adhésion à l’Union européenne apparaît alors comme un moyen tout à fait intéressant pour multiplier les échanges économiques irlandais sans pour autant rompre totalement avec le voisin britannique. Après un processus long (qui suivra les refus gaullistes à l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union), l’Irlande fait partie de la première vague d’élargissement de la CEE en 1973. Elle y poursuit son essor économique ce qui lui vaudra le surnom de Tigre celtique.

Mais l’attitude intransigeante des gouvernements anglais successifs n’apaise pas la situation tendue au sujet de l’Irlande du Nord. En 1985, un accord est finalement signé avec Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, reconnaissant au gouvernement de la république d’Irlande un droit de regard sur l’administration de l’Irlande du Nord.

Mary Robinson est la première femme à avoir été élue président de la République dans l’Union européenne. Aujourd’hui, c’est Mary McAleese qui occupe ces fonctions.

* Irlande du Nord

Depuis 1921, les six comtés formant l’Ulster sont maintenus au sein du Royaume-Uni. Ils bénéficient alors d’un statut d’autonomie interne. La minorité catholique (un pour deux protestants), moins bien représentée au Parlement, est davantage atteinte par les difficultés économiques et le chômage.

La situation politique n’est pas encore réglée et la violence est récurrente. Pour des raisons stratégiques, la Grande-Bretagne veut garder un droit de regard sur l’Irlande du Nord. Sous la pression internationale, Londres prend en charge l’ordre public et promet l’égalité des droits. Mais cette décision intensifie l’agitation. En 1972, Londres prend en main l’administration de la province. Mais le référendum de 1973 est boycotté par l’IRA. Malgré l’action du « Mouvement des femmes pour la paix » (regroupant catholiques et protestantes) dont les fondatrices reçoivent le prix Nobel de la Paix en 1976, l’IRA et, dans une moindre mesure, les loyalistes, poursuivent leurs attentats. En mai 1985, le Sinn Fein fait son entrée dans les institutions locales. À l’initiative de Tony Blair, des tractations, qui s’avèrent difficiles et à rebondissements, sont en cours pour trouver une solution pacifique.

2. La citoyenneté en Irlande par Claire Loftus (4)

* Étymologie

La citoyenneté irlandaise – et l’évolution de ses perceptions populaires – est un concept du XXème siècle. Bien que la langue de tous les jours soit maintenant l’anglais, la langue d’origine de l’Irlande est bien entendu l’irlandais (gaélique). Elle est inscrite dans la Constitution de 1937 comme la première langue officielle, l’anglais étant la deuxième. Dans cette Constitution, la traduction irlandaise moderne du mot citoyen « saoranach » illustre l’évolution des perceptions de la citoyenneté.

Ceci signifie littéralement « homme libre » et a été traduit comme tel dans les dictionnaires du XIXème siècle. En revanche, « citoyen » fut traduit par « cathraightheoir », ce qui veut dire un habitant de la cité. Une autre traduction, probablement moins utilisée, fut « burgeir » ou burgher (d’origine germanique, signifiant également citadin). Cette dernière est davantage en relation avec l’idée que se faisaient les Grecs et les Romains de la notion de citoyen. Dans ce contexte, il était perçu comme quelqu’un qui a des privilèges et un droit d’expression dans les affaires de la cité. Cette conception a perduré jusqu’à la parution du dictionnaire de 1922, un an après l’indépendance.

Néanmoins, en 1935, juste avant l’adoption de la Constitution actuelle, une nouvelle traduction apparaissait. Cette traduction moderne de saoranach, « homme libre », est évocatrice du statut du peuple irlandais. À cette époque, l’Irlande est indépendante de la Grande-Bretagne, bien qu’ayant toujours le statut de « dominion » en tant que membre du Commonwealth. Après avoir été pendant des siècles des sujets de la Couronne britannique, c’était un nouveau départ. Cette signification est plus en harmonie avec l’idée de citoyenneté découlant de la Révolution française. Il est également important de garder en tête que le nationalisme est sous-jacent aux perceptions irlandaises de la citoyenneté.

La Constitution de 1937 est très significative. En considérant le mot « citoyenneté », il est opportun d’examiner les significations variées du mot « liberté » (« saoradh ») en irlandais : exemption, délivrance, émancipation, acquittement, rédemption. Tous ces mots évoquent le concept d’autodétermination et d’indépendance des idées promues par la Constitution. Cette traduction persiste aujourd’hui. La traduction moderne du mot citoyen doit peu aux origines grecque et romaine. Le concept implique plutôt un Éta