Les
premières traces de population au Danemark remontent à 8 000
ans avant J.-C. La conquête de 800-1100,
l’époque viking : découverte de nouvelles cultures L’apport
des vikings sur la construction de la citoyenneté danoise et l’aspect
démocratique est non négligeable. D’abord en ce qui concerne la
construction démocratique. En effet, la pratique de l’organisation
de réunions sur la place publique pour soumettre les questions
essentielles du village aux sages nous enseigne les origines de la
tradition démocratique et le gout pour le débat de la chose
publique des danois. Ensuite,
dans l’organisation commerciale et dans l’établissement de
liens économiques avec ses voisins, le rôle des Vikings est à
souligner. Grands commerçants avides de connaissances ses derniers
se lancent dans des expéditions leur permettant de mettre sur pied
d’importants réseaux d’échanges. A une époque où la notion
de nationalité n’a guère de sens, Suédois, Norvégiens et
Danois sont souvent associés aux mêmes expéditions. Les Danois se
lancent vers le sud s’intéressent à Ainsi, au
cours de la période allant du IXème au XIème siècle, les
Scandinaves constituent avec les Slaves le lien entre l’Europe
occidentale et l’Orient. Le commerce avec Byzance et le Turkestan
est actif et concerne les fourrures, les armes et les
« esclaves ». Les Vikings ramènent de ces pays des
soieries et des épices et les font découvrir en France et en
Angleterre. Les
rencontres avec des cultures étrangères influencent ces Vikings
qui ramènent d’Europe outre l’or et l’argent, la connaissance
d’autres modes de pensée, d’autres habitudes culinaires et
vestimentaires, ainsi que le goût de l’architecture et de l’art
monumental. Mais, surtout, c’est pour eux l’occasion d’adopter
deux éléments fondamentaux de la civilisation européenne : l’alphabet
latin et la religion chrétienne qui vont imprimer sur la
civilisation danoise un caractère tout nouveau (5). C’est
au cours du XIème siècle que l’Eglise catholique romaine s’établit
au Danemark. Le pouvoir royal qui a favorisé l’introduction du
christianisme, bénéficie de son appui pour confirmer sa
légitimité à régner. Ainsi, l’ère des Valdemar (1157-1241),
période la plus brillante de l’histoire médiévale danoise, est
marquée par une coopération entre les pouvoirs temporel et
spirituel. Cela engendrera une stabilité intérieure qui permettra
au pays de se lancer dans des guerres de conquête sur les cotes de
la mer baltique. A
partir de 1241 pourtant, et pendant environ un siècle, l’affaiblissement
du pouvoir royal par des rivalités entre prétendants au trône et
entre rois et archevêques menace le pays de faillite. Pour financer
les opérations militaires, plusieurs rois empruntent de l’argent
aux comtes de Hollstein, qui exigent, en gage, que les terres
danoises leur soient cédées. En 1332, la situation est
catastrophique : l’ensemble des territoires est entre les
mains des comtes allemands et le trône est vacant. Il le restera
jusqu’en 1340, au moment où Valdemar IV dit le Restaurateur
remettra le pays sur la voie de la reprise. 1375-1412,
la reine Margrethe Ire : paix entre les royaumes scandinaves Après
la mort de Valdemar IV en 1375, le fils de sa fille Margrethe, Oluf,
accède au trône à l’âge de 5 ans. En fait, Margrethe règne en
tant que conseillère de son fils après la mort de son mari, le roi
Haakon. Mais, en 1387, le jeune Oluf meurt subitement. Tenant compte
de ses qualités politiques, Margrethe est alors consacrée
« patronne et administratrice » par la noblesse danoise
et norvégienne. Elle est aussi nommée régente de Suède (6).
Elle choisit son neveu dénommé « Éric » comme
successeur, et le fait couronner roi de Scandinavie à Le
règne de Margrethe est tout à fait significatif pour la nation
danoise : une femme régna et fit la paix avec les pays
voisins, sans posséder réellement les titres de la royauté. Cet
état de fait souligne l’aspect tolérant de la politique danoise,
qui choisit les solutions pratiques dans l’intérêt général.
Avec cette réunion des trois royaumes, elle fait également de la
langue danoise la langue administrative du Danemark, légitimant
ainsi les pratiques sociales de la nation danoise. A la
suite de Margrethe, Christian II prend le pouvoir. Il sera le
premier roi danois à briser le pouvoir de la noblesse. En effet, en
1520, il laissera massacrer par décapitation une centaine de nobles
suédois récalcitrants dans un bain de sang tristement célèbre.
Il ébranle ainsi grandement l’Union de Kalmar qui sera rompue en
1523. De plus, il se met la noblesse danoise à dos en adoptant des
mesures novatrices en faveur de la bourgeoisie des villes et des
paysans. Christian II, roi de la bourgeoisie naissante qui se base
sur le commerce et la richesse est destitué et fuit le pays. Cela
déclenche une crise politique qui plonge le pays dans une guerre
civile d’environ deux ans. 1535-1559,
Christian III, la réforme de 1536 Par
rapport aux autres pays européens (comme l’Angleterre, l’Allemagne
ou Le duc
Christian, convaincu par le luthéranisme après avoir assisté à
un discours de Luther avant « la guerre du Comte »,
procède à l’instauration de la confession luthérienne (8)
au Danemark après son couronnement. En 1536, Christian élimine le
clergé papiste et fait confisquer les biens de l’Eglise
catholique. La religion luthérienne devient la religion officielle.
Le pouvoir royal danois en sera fortifié. De
Christian IV (1588-1648) à l’Absolutisme en 1660 Christian
IV (1588-1648) est le roi le plus connu du Danemark. On le surnomme
« le roi national », notamment pour ses travaux de
construction d’une bonne partie des monuments dont les Danois sont
aujourd’hui fiers ( De
plus, dans le domaine de la politique étrangère, il est peu inspiré :
il conduit le Danemark dans plusieurs guerres et perd notamment,
face aux Suédois, une grande partie du Royaume. À la fin de son règne,
le pays est considérablement affaibli et ruiné. Le
roi Frederik III réussit finalement en 1659 à libérer le Danemark
de la menace suédoise avec l’aide de « La
loi du Roi » (kongeloven) du 14 novembre 1665 établit
formellement et matériellement Avant
1282, le roi avait toujours été élu parmi les membres de la
famille royale mais, depuis cette date, il l’est par le Conseil du
royaume. Les membres de ce Conseil étaient choisis parmi les grands
commis de l’Etat issus de la noblesse et de la bourgeoisie des
diverses parties du pays. Ils travailleront notamment dans les
dernières décennies du XVIIIème siècle, à entreprendre des
réformes pour améliorer la condition paysanne. Une série de
mesures dans l’esprit des Lumières en émergent : protection
juridique des paysans, vaste mouvement de remembrement mettant fin
à l’obligation de cultiver les terres en commun, possibilité,
pour le métayer, de racheter la ferme où il est employé, école
obligatoire pour tous les enfants (loi de 1814). Toutes ces
réformes, dont le résultat est l’émergence d’une classe d’agriculteurs
indépendants, préparent le terrain à une évolution qui s’étend
sur tout le siècle suivant, avec l’apparition d’une nouvelle
classe d’importance pour le paysage politique du Danemark. Les
Danois après des hésitations vont opter pour s’allier à
Napoléon. Mais les attaques navales de Nelson en 1802 finissent par
les faire perdre. Dans la confusion générale créée par cette
défaite, des guérillas se déclenchent, pour aboutir finalement au
bombardement de Copenhague en 1807. Ces
étapes de la vie militaire du pays contribueront à la banqueroute
complète du pays en 1813. En
1814, à la suite des conflits napoléoniens, le Danemark cède Étonnamment
c’est pendant cette période que l’age d’or culturel et
scientifique du Danemark est à son apogée. C’est l’époque d’Andersen,
des grands juristes, peintres, physiciens, sculpteurs… qui
oeuvrent tous pour la reconstruction du pays. Des motifs nationaux
apparaissent pour relater le passé glorieux du pays. Les Danois
prennent dans le même temps conscience que leur histoire et leur
passé sont des bases essentielles pour se hisser vers le haut. C’est
dans cette logique d’effusion de s Cette
organisation intellectuelle va façonner le paysage politique danois
contemporain. Cela engendrera en effet, la création et le
rassemblement de partis politiques. Et c’est grâce à ce
mouvement que la gauche danoise parvient à conquérir le pouvoir en
1901. Ce type d’organisation sera par la suite recopié par les
partis scandinaves et les systèmes socio-démocrates naissants. Il
fomente la tradition de la séparation de la lutte politique et
syndicale en Scandinavie, où les différents métiers forment leurs
propres académies d’apprentissage du syndicalisme. Une
illustration de cette séparation se concrétisera dans l’accord
de concertation de 1899 réalisé entre les organisations ouvrière
et patronale à la suite d’une grève d’environ 4 mois. Cette
accord de concertation est le gage de la paix sociale au Danemark et
c’est lui qui sera repris par ses voisins pour devenir l’un des
piliers essentiels du « modèle scandinave ». Aussi,
cette partie de l’histoire danoise par ses retombées sociales,
intellectuelles, économiques et politiques a fortement façonné
les mentalités nationales. 1848,
Dès
l’accession au trône du roi Frederik VII, en janvier 1848, un
conflit entre pro-Danois et pro-Allemands éclate dans les régions
du Schleswig et du Holstein au sud du Jutland. Une délégation de
ces régions exige une constitution libre et commune. Dans le même
temps, les nationaux libéraux tiennent des réunions à Copenhague
et, le 21 mars, ils revendiquent auprès du roi une
Constitution commune et libre pour le Danemark et le Schleswig,
ainsi qu’un nouveau gouvernement national libéral. Le
roi s’incline et se déclare monarque constitutionnel. Le
5 juin 1849, Frederik VII signe la nouvelle Constitution.
Celle-ci instaure un système bicaméral avec la création du
Folketing (Chambre des députés) composé de 100 membres élus au
suffrage direct et du Landsting (Sénat) comptant 51 membres élus
indirectement par des délégués sénatoriaux portant le nom
collectif de Rigsdagen (Parlement). En
1864, le Danemark entre en guerre contre Après
la guerre avec La
dernière Constitution de 1953 Après la
fin de En
1972, Margrethe II devient reine du Danemark. Le
1er janvier 1973, le Danemark adhère à Plus
récemment lors des élections européennes au Parlement européen
de juin 2004, seul 47,9% des inscrits sur les listes électorales
sont allés voter. Le gouvernement a toutefois décidé de mobiliser
la population danoise sur la question de la constitution européenne
en choisissant la voie référendaire pour sa ratification. Étymologie
Le
citoyen danois (dansk statsborger) est celui qui a obtenu la
citoyenneté danoise (dansk statsborgerskab) par naissance ou par
naturalisation : l’obtention par naturalisation exige un
séjour au Danemark d’au moins sept années lorsque l’intéressé
n’a pas de lien familial avec le Danemark. Les
droits qui étaient à l’origine directement liés à la
citoyenneté danoise sont les droits de séjour, de vote, d’éligibilité,
le droit d’être employé dans l’administration, le droit de
poursuivre une profession indépendante, de recevoir un soutien
social et de bénéficier de la protection diplomatique à l’étranger
(16). La
notion de nation danoise La nation
danoise s’identifie pour la première fois en l’an 985. C’est
en effet l’année à laquelle remonte une des deux pierres
retrouvées à Jelling (Jutland). La plus grande inscrite en
caractère runique fait figurer pour la première fois le nom de
« Danemark ». Elle
symbolise à la fois l’unification du pays et la conversion de son
roi au christianisme. On peut en effet y lire : « Le roi
Harald fit élever ce monument à la gloire de Gorm, son père, et
de Thyra, sa mère, cet Harald qui soumit tout le Danemark ainsi que
La
citoyenneté danoise Avant
même le règne de « Harald à la dent bleue » –
période où plusieurs rois régnaient simultanément –, il
existait déjà un certain sentiment d’appartenance nationale. La
langue danoise s’est distinguée des autres langues scandinaves à
partir du XIème siècle. Mais la recherche de la première
réglementation sur la citoyenneté danoise nous mène au
15 janvier 1776, date de l’ordonnance sur le droit de l’indigène
(indfœdsretten). Ce document mentionne essentiellement le fait que,
pour être employé dans l’administration danoise, il était
nécessaire que la personne soit née au Danemark, ou bien née à l’étranger
parce que ses parents danois étaient en voyage ou au service du
pays. C’est
donc par le biais de l’accès à l’administration que le
Danemark adopte la première législation sur la nationalité. La
relation entre nationalité et pouvoir a une origine
historique : une politique pro-allemande avait été menée par
Johan Friedrich Struense de 1770 à 1772. Struense était allemand
et médecin ordinaire du roi Christian VII, qui était fou ; c’est
pourquoi Struense a pu, pendant cette courte période, disposer d’un
pouvoir quasi total sur le pays. Après sa chute, un certain
Guldberg devint secrétaire du Cabinet du roi (18),
et exerça désormais le pouvoir. Guldberg avait souhaité revenir
sur la politique exercée par Struense, et notamment limiter le
nombre d’Allemands qui avaient pu obtenir des postes dans l’administration
danoise. Ce
conflit concernant l’engagement des Allemands fut l’occasion
recherchée pour introduire cette ordonnance. Mais il ne faut pas
négliger le fait qu’en même temps un nationalisme plus général
était en train de se développer. La bourgeoisie, influencée par
les mouvements révolutionnaires français et américain, réclamait
des modifications dans le déroulement du pouvoir étatique. Cette
demande était accompagnée de l’exigence d’une différenciation
nécessaire de la population danoise par rapport aux autres
populations (19). Du
point de vue politique, Enfin,
cette Constitution a introduit la possibilité de référendum pour
la plupart des lois. Sur
le plan du transfert d’attributions à des autorités
internationales (et donc communautaires), l’article 20 de Les valeurs
Certaines
valeurs sont pour le Danemark particulièrement symboliques :
ainsi, le système de protection sociale, la protection de l’environnement,
l’égalité des citoyens, sont des valeurs proches et présentes
à l’esprit de tout citoyen danois. Le
système de protection sociale Les
Danois sont fiers de leur « welfare state » qui leur
assure un niveau minimum de vie, c’est-à-dire qu’il existe un
« filet de sauvetage » social qui ne laisse tomber
personne dans l’oubli, réduisant à un minimum le phénomène des
sans-abri. L’égalité
entre les hommes, ou l’idée du bien-être commun, a été
exprimée par un des grands poètes danois, Grundtvig (1783-1872),
en ces termes : « Nous aurons atteint un grand niveau de
richesse – lorsque peu d’hommes auront trop, et qu’encore
moins d’hommes auront trop peu. (20) ». En
pratique, ce principe signifie que peu importe si une personne a
contribué à la vie de la société ou non par le paiement d’impôts,
taxes ou autre : elle sera toujours assurée d’avoir à sa
disposition un domicile. Ce logement sera payé par l’État si le
citoyen n’a pas lui-même des ressources suffisantes. De plus,
tout individu pourra toujours recevoir une somme supplémentaire lui
permettant de survivre, d’environ Ce
souci de protection sociale conduit l’État danois à assurer à
sa population une protection médicale. Personne n’est obligé de
souscrire une assurance maladie pour être soigné par un
médecin : tous les soins sont pris en charge par l’État.
Pour cela, les médecins sont tenus d’appliquer une convention sur
les honoraires. Quant aux médicaments, ils doivent être payés par
les individus, mais les personnes les plus modestes voient alors
leur allocation mensuelle majorée du coût des médicaments
prescrits. La
protection de l’environnement Les
Danois sont attentifs à la protection de l’environnement. Ceci
est illustré par le fait que Éoliennes
et énergie solaire sont certainement plus à la mode que l’énergie
nucléaire. Si l’on peut discuter sur les risques encourus par la
production d’énergie nucléaire, il est certain que la
préoccupation majeure des Danois, en renonçant à cette forme d’énergie,
est le désir de ne pas laisser aux générations futures une
quantité importante de déchets radioactifs potentiellement
dangereux. C’est
pourquoi c’est le choix d’une production d’énergie coûteuse
qui fut mis en place dans les années soixante-dix, et qui place le
Danemark au premier rang mondial des producteurs d’éoliennes. Dans
la vie quotidienne, on peut noter une autre conséquence de la
préoccupation danoise pour l’environnement : la vente de
boissons en boîtes métalliques n’a pas été permise pendant
très longtemps. Ce n’est que récemment, à la suite d’une
longue polémique européenne que celle-ci a finalement été
acceptée. Toutefois le système des consignes pour les autres types
de conditionnement est toujours en vigueur. Ainsi, à partir d’un
certain seuil minimum de vente de produits en verre ou en plastique,
le fabricant et le distributeur sont obligés de mettre en œuvre un
système de recyclage : le consommateur paie une consigne pour
chaque bouteille achetée en verre ou en plastique, qui lui sera
reversée au retour de la bouteille vide. Ceci
aide le consommateur à prendre conscience de l’importance de l’environnement
puisqu’il abandonnera moins facilement l’emballage vide dans la
nature. De même, la vente des jus de fruits et également de
certains vins s’effectue par conditionnement en carton non soumis
au système de consigne ; en revanche, le fabricant et le
distributeur sont obligés de payer une taxe dite environnementale,
destinée à combattre les effets négatifs des emballages en carton
sur l’environnement. Ces
logiques sont ancrées dans le citoyen danois et relèvent toutes de
l’idée de fonctionnalité. Cette même idée est à l’origine
des créations artistiques et techniques des danois qui depuis les
années 1930 s’illustrent particulièrement dans des disciplines
comme l’architecture et le design. Leur talent et leur s L’égalité
des citoyens La
protection des droits des justiciables est une valeur à laquelle
les Danois sont particulièrement attachés : elle s’opère
par le biais du principe démocratique et est garantie par le
contrôle de l’administration par des personnalités
indépendantes. Dès
le 5 juin 1915, par modification constitutionnelle, les femmes
se sont vu accorder le droit de vote. De plus, le Danemark fut le
premier pays européen à admettre, dans les années quatre-vingt,
le mariage entre homosexuels (si le couple trouve un prêtre qui
accepte de célébrer la cérémonie). Dans tous les cas, les
couples enregistrés disposent des mêmes droits que les couples
hétérosexuels mariés. Enfin, l’égalité des citoyens est mise
en lumière par l’accès de tous à la justice ainsi que par les
fonctions de l’ombudsman (médiateur) ; en effet, outre l’accès
aux tribunaux ouvert à tout citoyen, une institution d’inspiration
suédoise a été instaurée par la création de « l’Ombudsman
du Folketing » en 1954. Cet ombudsman a pour fonction de
surveiller l’administration centrale et communale dans l’exercice
de son pouvoir. Il prend position sur la conduite de l’administration,
après une enquête menée de sa propre initiative ou sur plainte d’un
individu. Les
Danois disposent également d’une garantie étendue de leurs
droits depuis l’instauration d’un ombudsman des
consommateurs : les consommateurs peuvent saisir cet ombudsman
en cas de comportement incorrect des commerçants. Ce système a
servi de modèle pour le médiateur européen, institué par le
traité de Maastricht. Le comportement du citoyen
L’identité
nationale des Danois se révèle après un millénaire de royauté
avant tout par le sentiment d’appartenance à une grande famille
danoise ayant en quelque sorte comme figure de proue la reine
Margrethe II et le reste de la famille royale. L’Histoire
danoise est suivie et sans rupture. Ainsi, le peuple danois ne s’est
pas développé dans la haine ou dans les confrontations. Cela
contribue à renforcer ce sentiment d’appartenance paisible et
entier de la population à son pays. La
drapeau danois « dannebrog », dit le plus vieux drapeau
d’Europe, croix blanche sur fond rouge, qui est, selon la
légende, descendu du ciel le 19 juin 1219 (21)
pour encourager les combattants danois pendant la guerre contre l’Estonie
(que le Danemark conquiert en 1219 puis vend en 1346), constitue un
des symboles essentiels de la nation danoise. Ce
drapeau flotte sur tous les immeubles et bâtiments, publics ou privés,
du pays lors des anniversaires de la reine, de la famille royale,
lors de fêtes nationales. Tout
citoyen danois possède un drapeau, qu’il dresse dans son jardin
ou affiche dans sa maison lors des événements nationaux ou lors de
fêtes familiales ou amicales. Le drapeau apparaît aussi de façon
beaucoup moins solennelle, mais tout autant symbolique, sur les
visages peints des supporters de matchs de football. Les
Danois peuvent aussi avoir un sentiment d’appartenance à leur
région d’origine (le Jutland, Les
Danois ont également le sentiment d’appartenir à la grande
famille nordique, qui reste plus proche dans l’esprit des Danois
que l’Europe. Ceci peut entre autres s’expliquer par le fait que
les langues suédoise, norvégienne et danoise présentent beaucoup
de similitudes. Et il est très fréquent, lors d’une rencontre
entre Danois et Suédois ou Norvégiens, qu’ils se parlent chacun
dans leur propre langue. De
plus, les Danois ont de tous temps entretenu des liens avec les
autres pays : une des marques notoires de ces relations
internationales est le fait que la reine Margrethe soit mariée au
Français Henri Comte de Laborde de Montpezat. Enfin,
le Danemark a adhéré très tôt à Des
protestations contre l’appartenance du Danemark à Des
négociations ont alors été entreprises avec les autres États
membres sur la citoyenneté européenne, la monnaie unique, la
politique de défense et la coopération dans les domaines de Sur
la question de la citoyenneté, le Danemark a fait une déclaration
unilatérale : « La citoyenneté de l’Union est un
concept politique et juridique qui diffère complètement de celui
de citoyenneté au sens que lui attribuent Cette
déclaration qui peut paraître « nationaliste » aux
yeux des autres États membres de l’Union, n’exprime en fait que
le besoin de clarifier pour les citoyens danois la notion de
citoyenneté européenne. Les négociations d’Édimbourg ont
permis lors du second référendum la victoire du
« oui ». En
dépit de certaines réticences vis-à-vis du Traité de Maastricht,
le Danemark a pourtant toujours été un pays ouvert vers l’extérieur.
Par exemple, le droit de vote et d’éligibilité aux élections
municipales, prévu dans l’article 8B du Traité sur l’Union
européenne, qui a dans de nombreux autres États membres suscité
des difficultés de mise en œuvre, était au Danemark un droit
déjà accordé aux étrangers ayant possédé un domicile sur le
sol danois pendant 3 ans. Malgré
l’approbation du Danemark au Traité de Maastricht, le pays n’a
pas souhaité entrer dans la zone Euro. Il bénéficie d’une
clause d’opting out en ce domaine, pour garder sa
« couronne ». Un
autre enjeu qui engendre le scepticisme des Danois au sujet de la
question européenne (et un autre opting-out danois) est celui de l’Europe
de la défense. Le Danemark, comme de nombreux petits pays, a
trouvé dans le monde anglo-saxon un partenaire militaire fiable et
de confiance. Le Danemark est fortement ancré dans l’OTAN et
milite en faveur d’un rôle central des Nations Unies dans la
gestion des problèmes planétaires, mettant l’accent en
particulier sur les questions humanitaires, sociales, de
développement et de maintien de la paix. Aussi, le Danemark ne voit
pas la nécessité, ou va jusqu’à se méfier, d’une politique
européenne de la défense. Le Danemark participe ainsi à Concernant
l’élargissement, le Danemark a œuvré en son sens de façon
importante. Il y voyait un projet de maintien de la paix et de la
démocratie indispensable pour l’avenir européen. Et c’est sous
présidence danoise que l’Union européenne a reconnu que les PECO
avaient vocation, à terme, à devenir membres de l’UE. Constitution
du royaume de Danemark (22) Des
points importants La
forme de gouvernement du Danemark est celle d’une monarchie
constitutionnelle. Le
pouvoir législatif est exercé par le roi et le Folketing en
commun (Assemblée du peuple). Le pouvoir exécutif est exercé
par le roi. Le pouvoir judiciaire est exercé par les
tribunaux. L’Église
évangélique luthérienne est l’Église nationale danoise
et jouit, comme telle, du soutien de l’État. » Dans
les limites prévues par Le
roi est irresponsable ; sa personne est inviolable et
sacrée. Les ministres sont responsables de la conduite du
gouvernement ; leur responsabilité est spécifiée par
la loi. Le
roi nomme et révoque le Premier ministre. Aucun ministre ne
peut rester en fonction après que le Folketing lui ait refusé
sa confiance. Le
roi agit au nom du royaume dans les affaires internationales.
Il ne peut sans le consentement du Folketing, employer la
force militaire contre aucun État étranger. Le
roi a le droit de grâce et d’amnistie. Le roi a le droit de
faire frapper monnaie conformément à la loi. Le
Folketing est constitué par une assemblée unique se
composant de cent soixante dix-neuf membres au plus, dont deux
sont élus aux îles Féroé et deux au Groënland. Les
élections des membres du Folketing ont lieu au suffrage
universel et direct par vote secret. (23)
Les membres du Folketing sont élus pour quatre ans. Le
Folketing ne délibère valablement que si plus de la moitié
de ses membres sont présents et prennent part aux votes. Le
droit de vote ne suit pas les citoyens danois, en cas d’expatriation
trop longue le Danois perd son droit de vote au Danemark. Aucun
étranger ne peut acquérir la nationalité danoise qu’en
vertu d’une loi. L’accès
des étrangers au droit de posséder des biens immeubles sera
soumis à des règles fixées par la loi… Le
statut de l’Église nationale sera réglé par la loi… Liberté
du culte et liberté de réunion sauf contraire aux bonnes mœurs
ou à l’ordre public… La
liberté individuelle est inviolable… Tout individu arrêté
sera, dans les vingt quatre heures, traduit devant un juge. S’il
ne peut être mis en liberté immédiatement, le juge
décidera par une ordonnance motivée, qui sera rendue le plus
tôt possible, et au plus tard dans les trois jours. Le
domicile est inviolable… La propriété est inviolable… Quiconque
est hors d’état de pourvoir à sa subsistance et celle des
siens a droit au secours des autorités publiques à condition
toutefois de se soumettre aux obligations prescrites par la
loi à cet égard. Droit
de publier ses idées par voie de presse… Droit d’association
à toutes fins légitimes… Droit de réunion (non armés). Devoir
de contribuer de sa personne à la défense de la patrie. Le
trône se transmet héréditairement dans la lignée issue du
roi Christian X et de Pour
aller plus loin, il serait intéressant : •
de repérer les pays envahis et occupés par les Vikings. Qui
étaient-ils et quelle a été leur influence ? Il est
instructif de situer les noms de villes commençant par Vic ou Vik.
(1)
Contribution de Ib Christian Pedersen, avocat international.
Mise à jour : (2)
J.-B. Duroselle, L’Europe, Histoire des peuples, pp.
165-167. Viking vient de Vik ou Vic. En Europe occidentale, on
trouve 870 noms (3)
« L’influence des Vikings sur l’Europe
occidentale est beaucoup plus importante qu’on ne le croit en
général. », J.-B. Duroselle, op. cit. (4)
Bent Rying, Le Danemark, Ministère royal des Affaires
étrangères du Danemark, 1983, vol. 1, pp. 84-85. (5)
Astrid E. Helle, Histoire du Danemark, Hatier,
1992, p. 42. (6)
Ludvig Krabbe, Histoire du Danemark, Ejnar Mmunksgaard,
Copenhague, 1950, pp. 187-189. (7)
Palle
Lauring, A history of the Kingdom of Denmark, Host & Son,
Copenhague, 1960, pp. 105-109. (8)
Palle Lauring, op. cit. (9)
Palle Lauring, op. cit. (10)
Ludvig Krabbe, op. cit. (11)
Knud JV Jespersen, « Tiden 1648-1703 » in
Danmarks historie, Gyldendal, 1989, pp. 179-180. (12)
Il est intéressant de noter que le Danemark a soutenu
Napoléon Ier et n’a pas participé au Blocus continental. (13)
Contribution d’Ib Christian Pedersen, avocat
international. (14)
Niels
Aage Nielsen, « Dansk Etymologisk ordbog » in Gyldendals
rode ordboger, 1966, pour le mot « Borger » (15)
Niels Aage Nielsen, op. cit., 1966, pour le mot
« statsborgerskab » p. 380. (16)
Pour les aspects juridiques voir, par exemple, Henrik
Zahle, Dansk Statsforfatningsret, pp. 147-162 (17)
Astrid E. Helle,
op. cit., pp. 40-45. (18)
Ole Feldbaek, « Danmarkshistorie » in
Gyldendal og Politikens, vol. 9 « den lange fred 1700-1800 »,
pp. 225-233. (19)
Henrik Zahle, op. cit., pp. 143-145. (20)
Helle, op. cit., p. 10. (21)
Bent
Rying, op. cit., vol. 2, p. 13. (22)
Cf. Henri Oberdorff, Les constitutions de l’Europe
des Douze, (23)
En ce qui concerne les élections municipales, il faut
préciser que les étrangers résidant au Danemark depuis
trois ans peuvent voter.
PAYS-BASCITÉ : STAD CITOYEN : BURGER
L’activité économique se développe
et les échanges s’intensifient avec l’Angleterre, la Baltique
et les pays rhénans. L’industrie textile apparaît. Les provinces néerlandaises Les invasions normandes et les suites du
partage de Verdun (843, partage de l’empire de Charlemagne et
traité de Meerssen) brisent l’unité du territoire qui est partagé
en plusieurs principautés féodales, nommées « Provinces néerlandaises ». L’Escaut sert de frontière entre le
royaume de Charles le Chauve et celui de Lothaire, qui comprend les
Pays-Bas actuels. Aux XIIème et XIIIème siècles, les villes
connaissent un essor important grâce aux industries textiles,
alimentaires et métallurgiques. Mais des dissensions sociales
apparaissent entre le peuple et le patriarcat des villes. Ce dernier
s’allie alors avec le roi de France, qui vainc les milices
communales. Du XIVème au XVIème siècle, les
Provinces néerlandaises passent successivement sous influence
bourguignonne avec Philippe le Hardi (1369), autrichienne avec
Maximilien d’Autriche (1477) de la famille des Habsbourg, et
espagnole par le mariage de Philippe le Beau avec Jeanne d’Aragon
(1496), mère de Charles Quint. Ce dernier porte le nombre des
Provinces à 17. L’ensemble est érigé en cercle de Bourgogne
(transaction d’Augsbourg, 1548). À cette époque, la Réforme luthérienne
puis calviniste se répand dans les sept provinces du Nord, les
Provinces-Unies, grâce à la tolérance de Marguerite d’Autriche
(1519-1530), gouverneur des Pays-Bas. Provinces du Sud et provinces du Nord Parallèlement, le pays connaît une
forte expansion économique et culturelle. Mais il se révolte
contre l’absolutisme de Après des luttes sanglantes, Guillaume
d’Orange obtient le départ des troupes espagnoles. Les révoltés
se divisent en deux camps : les provinces du Sud catholiques
(Artois, Hainaut) se soumettent au roi d’Espagne (union d’Arras,
1579) et les provinces du Nord (Gueldre, Hollande, Zélande,
Utrecht, Frise, Overijssel et Groningue) calvinistes signent
l’union d’Utrecht (1579). Mais il faudra attendre 1648 et le
traité de Münster pour que l’indépendance des Provinces-Unies
soit reconnue par l’Espagne après quatre-vingts ans de luttes. Les Pays-Bas espagnols (sud catholique),
quant à eux, à la mort de Charles II d’Espagne, reviennent en héritage
au petit-fils de Louis XIV. À la suite de la guerre de Succession
d’Espagne ils passent à l’Autriche (1714). Les Pays-Bas autrichiens connaissent une
grande expansion. Les villes du nord succèdent à la Hanse et
commercent avec Gênes, Venise et l’Orient grâce à la création
de la Compagnie des Indes orientales et occidentales. Les philosophes du XVIIIème siècle et
les circonstances locales sont à l’origine des mouvements révolutionnaires
des Pays-Bas. En 1795, les Provinces-Unies deviennent
la République batave, tandis que les Pays-Bas méridionaux sont
organisés en département français. Le pays est totalement occupé
par les Français qui imposent la Constitution française de Napoléon
en 1805. Le royaume des Pays-Bas Après la défaite française de Leipzig,
le royaume des Pays-Bas est instauré en 1814 par Guillaume Ier
d’Orange-Nassau, qui prend le titre de Prince souverain. En 1815,
le congrès de Vienne décide de réunir dans un royaume unique la
Belgique et la Hollande. Mais l’union du royaume des Pays-Bas ne
sera pas durable : l’opposition linguistique et religieuse
s’accompagne d’une rivalité économique (entre protectionnistes
en majorité catholiques et libre-échangistes protestants). L’indépendance
de la Belgique est proclamée le 4 octobre 1830. L’indépendance de la Belgique réduit
pratiquement les Pays-Bas aux limites des Provinces-Unies. Guillaume
Ier dirige de nombreux travaux et encourage l’industrie. Guillaume II, en 1848, promulgue une
nouvelle Constitution qui établit la responsabilité ministérielle
et un mode de scrutin censitaire pour les deux Chambres ; en
outre, elle abolit les protectionnismes et l’esclavage. Les
catholiques peuvent s’intégrer à la vie politique du pays. En 1862, sous l’influence des libéraux,
une législation sociale importante est mise en place et le
syndicalisme se développe. L’essor économique est important. La Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, la
neutralité des Pays-Bas est respectée. Le pays se démocratise, le suffrage
universel date de 1917 et le suffrage féminin de 1918. La Deuxième Guerre mondiale Le 10 mai 1940, les Pays-Bas sont
envahis par l’Allemagne nazie. La reine Wilhelmine se réfugie en
Angleterre et continue la guerre. Après la Libération, le pays se
reconstruit avec énergie. Mais la disparition de l’empire
colonial (Indonésie) pose des problèmes économiques et oblige à
une restructuration et à un développement accéléré de
l’industrie et du commerce. Rotterdam devient le plus grand port
d’Europe, pourvu d’un très large arrière pays à
l’embouchure de la Meuse et du Rhin. Le Benelux Les Pays-Bas recherchent une coopération
économique avec leurs voisins et constituent avec la Belgique et le
Luxembourg, le Benelux (1944-1948). Ils adhèrent à la CECA (1951)
et au Marché commun (1957). Depuis 1949, ils sont membres de
l’OTAN. En 1948, la reine Wilhelmine abdique en
faveur de sa fille Juliana qui, à son tour, abdique en faveur de sa
fille Béatrice en 1980. 2-
Citoyenneté hollandaise et européenne Les Pays-Bas Le passé L’histoire des Pays-Bas est dominée
par la lutte contre la mer. Les régions du Nord et de l’Ouest
sont en dessous du niveau de la mer. Les premières institutions démocratiques
ont probablement été des « Bureaux de contrôle des eaux »
apparus au Le royaume des Pays-Bas fut fondé en
1814 (3). Il comprenait les territoires de la
Belgique et du Luxembourg actuels. Le monarque néerlandais de cette
époque, Guillaume I, était aussi grand-duc du Luxembourg. Après
seulement quinze années d’unité, les Pays-Bas et la Belgique
furent à nouveau séparés. Jusqu’à la moitié du XIXème siècle,
le roi était responsable du gouvernement, et les membres des États
généraux (Parlement néerlandais) n’étaient pas élus
directement. Ils avaient de faibles pouvoirs législatifs et budgétaires.
En 1848, la Constitution fut modifiée. Les membres de la Deuxième
Chambre furent directement élus, alors que ceux de la Première
Chambre furent élus indirectement. D’autre part, le principe de
la responsabilité ministérielle fut introduit, ce qui signifiait
que les ministres étaient responsables des décisions et des actes
du roi, limitant les pouvoirs de ce dernier. En 1917 tous les hommes, et en 1918
toutes les femmes, furent autorisés et obligés d’exercer leur
droit de vote. Ce fut aussi l’introduction du système de représentation
à la proportionnelle. L’obligation de voter a été abolie en
1970. La société néerlandaise se caractérise
par le phénomène des « piliers », du début du siècle
jusqu’aux années soixante-dix. Il s’agissait de groupes
structurés très organisés qui agissaient dans tous les aspects de
la vie sociale et politique. Les « piliers » étaient
basés sur la classe sociale ou sur l’appartenance religieuse :
il y avait les « piliers » catholique, protestant,
socialiste et libéral. Les plus organisés étaient les catholiques
– les descendants de parents catholiques naissaient dans un hôpital
catholique, allaient à l’école primaire, secondaire et supérieure
catholiques, lisaient des journaux catholiques, écoutaient une
station de radio catholique, s’engageaient dans des associations
de loisirs et patronages catholiques et ainsi de suite. Les
protestants étaient plus divisés, en partie du fait des rivalités
existant entre les Églises protestantes. De nos jours, il est moins
vrai de décrire et d’expliquer la société néerlandaise selon
cette perspective de « piliers ». La religion et la
classe sociale sont moins importantes pour l’organisation sociale :
des groupements « hors piliers » sont maintenant plus répandus.
En outre, les liens formels réunissant les organisations d’un
seul « pilier » se sont affaiblis, l’effet « pilier »
n’est plus encouragé par l’élite et le sentiment de la séparation
sociale entre les différentes classes sociales s’est estompé. Le présent Les Pays-Bas sont une monarchie
constitutionnelle. Les obligations du monarque néerlandais sont de
prendre l’initiative de former un gouvernement, à la suite d’élections
parlementaires, et de nommer un « formateur ». Ses
autres tâches sont formelles, comme par exemple de présider
certains événements politiques et d’assurer la représentation
officielle du pays à l’étranger. Le gouvernement comprend (formellement)
la reine et le Cabinet des ministres. La reine ne participe pas aux
réunions hebdomadaires du Conseil des ministres. Le Premier
ministre possède peu de pouvoir. Il préside le Conseil des
ministres et en fixe l’ordre du jour. Il ne peut ni nommer ni
renvoyer les ministres. Son cabinet est relativement petit. Malgré
la longue tradition de collégialité et de fonctionnement
communautaire des Cabinets néerlandais, le Premier ministre a vu
son rôle s’accroître dans les affaires internationales du fait
de sa présence dans le Conseil européen de l’Union européenne.
Les membres du gouvernement représentent les partis parlementaires
qui, ensemble, ont obtenu une majorité de sièges dans la Deuxième
Chambre ; par la suite, la reine fait un choix purement formel.
Le dualisme des relations entre le gouvernement et le Parlement est
relativement limité. Les représentants de trois des quatre
corps législatifs sont élus au suffrage direct : il s’agit
des Conseils municipaux, des Conseils provinciaux et de la Deuxième
Chambre du Parlement. Ce sont les membres des Conseils provinciaux
qui élisent les 75 membres de la Première Chambre du Parlement.
Les élections pour la Première Chambre se déroulent tous les
quatre ans. Son champ d’action est limité par rapport aux
pouvoirs de la Deuxième Chambre. Cette Chambre a été ajoutée aux
« États généraux » à l’époque de l’union avec
la Belgique de 1815-1830. Le système électoral est celui de la
représentation proportionnelle. Le pays tout entier est considéré
comme un seul district électoral pour le partage des sièges de la
Deuxième Chambre. Du fait qu’aucun parti ne peut obtenir
une majorité au Parlement, les gouvernements sont forcément
constitués de coalitions. La constitution d’un gouvernement est
de ce fait difficilement déterminée par le résultat des élections.
Dans la plupart des cas, il existe plusieurs possibilités de
coalition. « Le formateur », qui est nommé par la
reine, doit répondre de la volonté des partis de gouverner
ensemble, préparer le programme du gouvernement pour les quatre années
à venir, déterminer quels postes ministériels seront offerts à
quels partis, et qui peut être nommé à ces postes. Le taux de participation aux élections
municipales et législatives reste relativement stable. En revanche,
la participation aux élections provinciales et européennes
diminue. Les jeunes sont ceux qui votent le moins. Les symboles officiels nationaux des
Pays-Bas sont l’écusson, le drapeau et l’hymne national. Les
armoiries néerlandaises symbolisent l’unité du pays et de la
maison d’Orange. Elles datent de la fin du XVIème siècle et de
la révolte contre les Espagnols. Leur forme finale fut définie
lors de la fondation du royaume des Pays-Bas. Le drapeau national se compose de trois
bandes horizontales de largeur égale et de couleurs rouge
vermillon, blanc et bleu cobalt. Ces couleurs furent l’objet
d’une décision légale de 1937. L’histoire du drapeau date de
la rébellion néerlandaise contre le roi Philippe II d’Espagne.
Les « Mendiants des Mers » portaient le drapeau pendant
les batailles. À cette époque les couleurs étaient orange, blanc
et bleu. On trouvait ces couleurs dans les armoiries de leur chef,
le prince d’Orange. Le drapeau fut baptisé « le drapeau du
Prince ». Le « Wilhelmus » devint
officiellement l’hymne national en 1932. Écrites vers 1568,
probablement par le poète et diplomate Van Marnix qui soutenait le
prince d’Orange, les paroles décrivent le Prince s’adressant au
peuple néerlandais opprimé par la couronne espagnole. Il
l’assure de sa sincérité et de sa détermination et explique les
raisons de sa rébellion contre le roi d’Espagne. Il réconforte
ses partisans et les encourage à participer à la bataille. Le
Prince est consacré chef par le peuple, et le peuple doit remplir
ses devoirs envers Dieu. Ces trois symboles nationaux sont liés
à la rébellion contre les Espagnols au XVI ème siècle. Peu de Néerlandais
connaissent leurs origines et leurs significations. Cependant, leur
présence, en particulier celle du drapeau, déclenche un sentiment
d’attachement au pays et à la Maison Royale chez une grande
majorité de la population. Les symboles nationaux ont en général
un certain impact émotionnel. La citoyenneté Il
existe des points de désaccord dans les contenus des conceptions de
la citoyenneté. Dans la plupart des publications, quatre éléments
sont dégagés : l’autorité politique doit garantir certains
droits à l’individu, et l’individu doit s’acquitter de
certains devoirs envers cette autorité politique. Les droits de
chaque individu ne doivent pas empiéter sur les droits des autres,
et chaque individu a des devoirs envers les autres. On peut relever
l’esprit de tolérance qui s’est manifesté au cours des siècles. Les droits et devoirs sont, entre autres,
de caractère social, économique et politique : droits et
devoirs politiques (4), droits et devoirs sociaux et économiques. Qu’est-ce que la citoyenneté ? Il est essentiel de réfléchir à la définition
de la citoyenneté et de distinguer le concept juridique du concept
politico-psychologique de la citoyenneté : – le
premier comprend le statut juridique de l’individu, ses droits et
devoirs, décrits dans la loi nationale et internationale ; – le
second, politico-psychologique, comprend l’ensemble des
connaissances, perceptions, croyances, opinions, préférences,
attitudes, valeurs, émotions, intentions comportementales, et
comportements de l’individu à l’égard des entités politiques
auxquelles il appartient, et ce à tous les niveaux : local, régional,
national, international. La citoyenneté au sens
politico-psychologique n’est pas, contrairement à la citoyenneté
juridique, une notion absolue. Une échelle de valeurs allant du
« très mauvais » citoyen jusqu’au « très bon »
citoyen est à examiner. La citoyenneté revêt une grande
importance aussi bien pour le système politique que pour
l’individu. Ainsi, le développement, le maintien, le changement
ou la survie du système politique dépendent de l’existence du
soutien manifeste d’une part importante de ses électeurs. Nous
pensons qu’un système politique démocratique est affaibli si
moins de la moitié de son électorat participe aux élections législatives.
La citoyenneté a aussi une grande importance pour l’individu
puisqu’elle est perçue comme un élément essentiel du sentiment
d’identité. La citoyenneté répond en partie aux questions
« Qui suis-je ? » et « Que dois-je faire ? ». Qu’est-ce que la « bonne »
citoyenneté ? Il existe un « idéal » du
« bon » citoyen, qui varie selon la définition de la
citoyenneté. La conception de la citoyenneté démocratique
est liée à la conception de la démocratie. Les deux types idéaux
sont la démocratie participative et la démocratie représentative. Dans les théories de la démocratie représentative,
la politique est considérée comme liée au domaine public et aux
autorités politiques (Gouvernement, Parlement). La démocratie est
tout simplement une méthode politique. « Élections libres »
en est le mot clé. Voter est la principale et souvent la seule
activité politique, qui, cependant, est précédée par
l’acquisition d’informations et par des discussions. La « démocratie
représentative » ou concept de citoyenneté « contractuelle »
repose sur les concepts d’individualisme et de droits individuels.
Les citoyens sont perçus comme des individus autonomes capables de
choix, et liés par un « contrat social », plutôt que
comme des amis et voisins unis par une activité commune. Les droits
sont perçus en termes de protection dont dispose l’individu (par
rapport aux actions du gouvernement ou de la société) pour préserver
sa propre autonomie. Les devoirs sont souvent relégués au second
rang car ils constituent des obligations qui réduisent la liberté
de chacun. La « démocratie participative »
ou conception de citoyenneté « communautaire » appréhende
les citoyens non comme des individus autonomes faisant des choix
personnels, mais comme des individus sociaux et politiques dont les
vies sont liées à celles de leurs voisins avec qui ils partagent
des traditions, des croyances et l’aspiration à un certain bien
commun. L’engagement dans des activités
publiques résulte alors de ces traditions, croyances et buts
communs partagés et qui forgent aussi leur identité. Le sens de
l’identité est primordial. Les citoyens n’ont pas seulement le
droit de participer à la vie politique, mais on attend aussi
qu’ils le fassent dans leur propre intérêt aussi bien que dans
l’intérêt de la communauté. Ils ont un sens de l’intérêt général.
La perception de la nature humaine est plutôt positive ;
l’homme est prêt à assumer ses responsabilités. La démocratie participative demande une
plus grande activité dans un plus grand nombre de secteurs de la
société que la démocratie représentative. Chacune demande au
citoyen un ensemble d’orientations et de comportements. Chacune
requiert que l’on soit suffisamment informé et que l’on vote
aux élections. L’ignorance et l’apathie politiques sont
incompatibles avec la citoyenneté démocratique. Quel est le contexte institutionnel de
la citoyenneté aux Pays-Bas ? Comme il a déjà été mentionné, le
royaume des Pays-Bas est une monarchie constitutionnelle avec un
système de démocratie représentative limité (5). Les membres de l’exécutif national
et de la justice sont nommés et non pas élus. Les électeurs décident de la répartition des 150 sièges de la
Deuxième Chambre entre les partis politiques, plutôt que de voter
pour des représentants spécifiques. La citoyenneté européenne (6) Comme citoyens de l’Union européenne,
les Néerlandais élisent également directement 31 députés au
Parlement européen. D’après les textes de l’Union européenne,
une « bonne » citoyenneté européenne comprend deux
dimensions : la démocratie et la coopération à l’intégration
européenne. La construction de l’Union européenne
est envisagée en tant que démocratie et les citoyens européens
doivent donc être des citoyens démocrates. Le second élément
constitutif d’une « bonne » citoyenneté européenne
est l’ensemble des différentes orientations et comportements qui
se développent à l’égard de la coopération et de l’intégration
européenne, c’est-à-dire de l’Union européenne. La longue
liste des recommandations comprend notamment : – la
connaissance de l’intégration et de la coopération européennes
en général (son développement historique, son
institutionnalisation) ; – la
connaissance de l’Union européenne (son développement, ses buts,
son fonctionnement, ses institutions et ses agences, les modalités
de prise de décision, ses caractéristiques multiculturelles, sa
place en Europe et dans le monde) ; – la
connaissance des États membres de l’Union européenne (leur
histoire, culture, développement social et économique, les aspects
politiques propres à chacun). Les citoyens européens doivent aussi
prendre conscience que la coopération entre États membres et la
coopération entre l’Union européenne et le reste du monde est
primordiale ; – ils
doivent être conscients des avantages et des enjeux d’un plus
grand espace économique et social ; – ils
doivent croire que les fondements de l’Union européenne sont la démocratie,
la justice sociale et le respect des Droits de l’homme ; – l’individu
doit aussi ressentir ce sentiment d’appartenance à une communauté
européenne, un sens de « l’identité » européenne,
et apprécier les autres Européens vivant au-delà des frontières
nationales. Il doit également partager les valeurs de démocratie,
de pluralisme, de tolérance, d’amitié entre les peuples, de
justice sociale et de respect des Droits de l’homme. Enfin, il doit exprimer son vote aux élections
pour le Parlement européen. Les comportements Une enquête parmi plus de 1 400 élèves
des écoles secondaires aux Pays-Bas en 1994 a démontré un niveau
inquiétant de connaissance politique objective. Une proportion
satisfaisante a déclaré avoir l’intention de voter. Un tiers
voterait certainement et un autre tiers voterait probablement si les
élections à la Deuxième Chambre se tenaient « demain »
(et s’ils avaient le droit de vote). L’attitude envers le droit
de vote s’est avérée la variable la plus significative en ce qui
concerne les intentions de vote. Placé en seconde et troisième
positions se trouvait le fait de ne pas avoir de préférence pour
un parti et d’intérêt pour la politique. Est-ce que les citoyens néerlandais
sont de « bons » citoyens européens ? D’après les sondages ci-après, la réalité
est encore loin de l’idéal. En 1995, moins d’un citoyen néerlandais
de 15 ans et plus sur dix se voient dans un avenir proche comme un
Européen (6 %). Seulement un sur trois connaît l’Union
européenne (35 %). 69 % des Néerlandais répondant à
l’enquête croient que l’adhésion à l’Union européenne est
un avantage pour les Pays-Bas. Ainsi, 77 % sont en faveur de
l’adhésion des Pays-Bas, mais seuls 42 % regretteraient la
disparition de l’Union européenne. La faible participation aux élections
pour le Parlement européen (36 %) est moins compréhensible du
fait que l’on sait que 43 % de la population croit que le
Parlement européen joue actuellement un rôle important dans
l’Union européenne. Une petite majorité (56 %) pense
qu’elle peut faire confiance au Parlement européen pour contrôler
les décisions de l’Union européenne. Une minorité seulement
croit que le Parlement européen protège ses intérêts (40 %)
et seulement deux sur dix croient que le PE contrôle suffisamment
le Conseil des ministres (18 %), la Commission (18 %) et
les fonctionnaires (11 %). Seulement une petite majorité pense
que le Parlement européen doit jouer un rôle plus important dans
l’Union européenne (52 %), et seulement un sur trois sait
que les pouvoirs du Parlement européen ont été renforcés par le
traité de Maastricht (30 %). Les élèves du secondaire aux Pays-Bas
n’ont presque aucune connaissance de l’Union européenne :
seulement la moitié croit que leur pays est bénéficiaire de son
adhésion à la Communauté européenne, six sur dix sont favorables
à l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, et un petit
quart s’intéresse à sa politique. Seulement une très petite
minorité des élèves serait triste si l’Union européenne devait
disparaître, et la moitié aurait plus ou moins l’intention de
voter lors des élections au Parlement européen. C’est ainsi que lors des dernières élections au Parlement
européen, en juin 2004, seuls 39,3% des inscrits se sont déplacés
aux urnes. L’Europe des citoyens n’est donc pas
encore une réalité aux Pays-Bas. Le gouvernement a toutefois pris la décision d’impliquer
ses citoyens dans l’histoire de la construction européenne en
choisissant de faire voter la population néerlandaise par référendum
sur la question de la constitution européenne. Constitution
du royaume des Pays-Bas Les
points importants Les droits fondamentaux Tous ceux qui se trouvent aux
Pays-Bas sont, dans des cas égaux, traités de façon égale.
Nulle discrimination n’est permise, qu’elle se fonde sur
la religion, les convictions, les opinions politiques, la
race, le sexe ou tout autre motif. La loi règle l’admission et
l’expulsion des étrangers. Toute personne a le droit :
d’adresser des requêtes…, de manifester librement sa
religion ou ses convictions…, d’exprimer des pensées ou
des sentiments au moyen de la presse… de s’associer… se réunir et manifester… au
respect de sa vie privée… sauf la responsabilité de chacun
selon la loi… Le secret des lettres, du téléphone… est
inviolable… nul ne peut être privé de sa liberté… sauf
cas prévus par la loi. Les pouvoirs publics veillent à
promouvoir un emploi suffisant… Les pouvoirs publics veillent à
la sécurité d’existence de la population et à la répartition
de la prospérité… Droit à l’assistance des pouvoirs
publics. Les pouvoirs publics prennent des
mesures pour promouvoir la santé publique… des équipements
de logements suffisants… l’épanouissement social et
culturel… Le gouvernement veille de manière
constante à l’enseignement… (Il) peut être dispensé
librement, sous réserve de la surveillance des pouvoirs
publics… Du gouvernement La royauté est assumée héréditairement
par les successeurs légitimes du roi Guillaume Ier, prince
d’Orange-Nassau… La royauté se transmet par voie de
succession héréditaire à ses descendants légitimes,
l’enfant aîné ayant la priorité… le roi n’exerce
l’autorité royale qu’après avoir atteint l’âge de
dix-huit ans… Le gouvernement est formé du roi
et des ministres. Le roi est inviolable ; les ministres
sont responsables. Le Premier ministre et les autres ministres
sont nommés et révoqués par décret royal. Des états généraux Les états généraux représentent
tout le peuple néerlandais. (Ils) comprennent la Seconde
Chambre et la Première Chambre. La durée des pouvoirs des deux
Chambres est de quatre ans… Les élections se font par voie
de scrutin secret… La législation
par le gouvernement et les états généraux… Les projets de
Les lois sont établies en commun loi peuvent être déposés
par le roi en son nom et par la Seconde Chambre des états généraux… Le gouvernement favorise le développement
de l’ordre juridique international… Tous les Néerlandais qui sont en
mesure de le faire sont tenus de contribuer au maintien de
l’indépendance du royaume et à la défense de son
territoire. La même obligation peut être imposée aux
personnes n’ayant pas la nationalité néerlandaise qui résident
dans le royaume. Les forces armées sont composées
d’engagés volontaires et de personnes soumises aux
obligations militaires légales… La peine de mort ne peut être
infligée… La loi peut conférer le droit
d’élire les membres du conseil municipal et d’être
membres du conseil municipal à des résidents n’ayant pas
la nationalité néerlandaise, pourvu qu’ils répondent pour
le moins aux conditions qui s’appliquent aux résidents de
nationalité néerlandaise. Pour aller plus loin, il serait
intéressant : • Après
avoir relevé que l’indépendance des Pays-Bas a été
tardive (puisqu’ils ont été, tout au cours des siècles,
envahis par différents pays et ont subi des influences
diverses) de comprendre les raisons de l’attitude des Néerlandais
vis-à-vis de l’Europe.
(1) Contribution
de Françoise Parisot (2) Contribution
de Henk Dekker, professeur en sciences politiques, université de
Leiden (3) Cf.
rappel historique (4) Cf.
Introduction (5)
Cf.
Les Pays-Bas, « Le présent » (6)
Cf.
Introduction
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