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le webzine sur l'Europe de l'Association Jean Monnet - N° 8 / Octobre 2005

Interviews

 

 

 

Interview Sir John Holmes,
Ambassadeur du Royaume-Uni en France
 

 

Réalisée le 27 septembre 2005 par Elsa Glombard et Arnaud Pinon à l’Ambassade du Royaume-Uni

 

Quel premier bilan pourriez-vous tirer de la présidence britannique de l’UE, à mi-parcours ?

Il est un peu tôt pour tirer un bilan de la présidence britannique, sachant que les présidences du second semestre (du 1er juillet à fin décembre) sont toujours plus compliquées à gérer au départ du fait de la période estivale peu propice à l’organisation d’événements importants.

Le programme des 3 mois à venir est cependant chargé, avec 3 priorités :

1. Ouverture des négociations avec la Turquie, le 3 octobre 2005 ;

2. Le Sommet social informel des 27 et 28 octobre ;

3. Le Sommet européen de décembre au cours duquel seront notamment abordées les perspectives budgétaires 2007-2013.

 

Pourriez-vous nous rappeler pourquoi le Royaume-Uni soutient si fortement la candidature turque à l’entrée dans l’UE ?

Le Royaume-Uni –le gouvernement et l’opinion publique- soutient effectivement la candidature turque et se réjouit de l’ouverture des négociations d’adhésion au cours de sa présidence.

Même s’il y aurait également un intérêt économique et commercial à intégrer une puissance en développement, notre argument principal en faveur de cette adhésion est stratégique. Le plus grave problème auquel est confronté le monde actuel est le fossé qui s’est creusé entre le monde occidental et le monde musulman… En tenant les promesses que fait la Communauté européenne à la Turquie depuis bientôt 40 ans, nous avons une occasion historique de démontrer que l’islam, la démocratie et la prospérité ne sont pas incompatibles, et qu’une communauté musulmane importante peut partager nos valeurs. Un rejet serait un mauvais signe à adresser à cette communauté.

Nous comprenons néanmoins les réticences de certains de nos partenaires européens, et la Turquie, devra bien entendu respecter au préalable l’ensemble des critères classiques de tout candidat à l’adhésion.

 

Où pourraient, où devraient s’arrêter selon vous les frontières de l’Union Européenne ?

Le débat sur « les frontières de l’Union Européenne » n’a pas pris en Grande-Bretagne la dimension qu’il a pris en France, au sein d’une tendance à la peur du monde extérieur. Nous ne voyons pas les choses sous le même angle. Nous avons accueilli récemment plus de 200.000 nouveaux immigrés, certains très qualifiés et d’autres peu qualifiés, et ils s’intègrent très bien. Nous savons qu’ils viennent pour travailler et non pour chercher des allocations sociales. Chez nous, tous les « plombiers polonais » - et les autres  - sont les bienvenus.

En ce qui concerne d’éventuels élargissements futurs, outre ceux qui sont déjà inscrits au calendrier (Bulgarie, Roumanie, Turquie, Croatie), nous pensons par exemple que la Serbie Monténégro, la Bosnie, l’Albanie et la Macédoine, voire l’Ukraine et la Biélorussie, sont tous des pays qui peuvent prétendre à une candidature. Mais évidemment, l’UE ne peut pas s’élargir indéfiniment. L’UE est bien sur une communauté de valeurs, mais même si ses frontières ne sont pas clairement définies, l’Europe a également une signification géographique : les pays du Maghreb ou l’Australie n’ont pas vocation à rejoindre notre Union…

 

Le prochain Sommet informel des chefs d’état et de gouvernement abordera entre autres le thème d’un « modèle social européen ». Que pourrait apporter, selon vous, le « modèle anglo-saxon » à l’Europe des 25 ?

Les « modèles » ne sont pas transposables tels quels. Il y a des questions de culture, de tradition, de droit. Dans l’UE, nous avons un socle de valeurs communes. En matière de « modèle », il s’agit essentiellement d’une question de dosage.

La vraie question que nous voulons poser à l’occasion de ce Sommet est : comment trouver les moyens de combiner justice sociale en Europe et dynamisme et compétitivité économique nécessaires pour faire face aux immenses défis de la mondialisation. Répondre à cette question, c’est répondre aux attentes de nombreux citoyens, c’est répondre en partie à la question : « à quoi sert l’Europe ? ».

La Grande-Bretagne ne propose pas de choisir entre un « modèle libéral » ou un « modèle social » : encore une fois, tout est une question de dosage. Il faut trouver le bon dosage. Et chaque pays doit pouvoir apporter aux autres sa contribution en fonction de ce qu’il fait le mieux. Nous avons tous potentiellement à apprendre de nos partenaires, dans une domaine ou un autre.

Le débat sera vraiment ouvert et c’est un débat vraiment nécessaire à l’avenir de l’Europe.

 

Pour aborder la troisième priorité britannique et le Sommet européen de décembre, pensez-vous qu’il sera possible de parvenir à un accord sur les perspectives budgétaires 2007-2013 d’ici la fin de la présidence britannique ?

Les perspectives budgétaires feront effectivement partie des grands sujets abordés. Pour la Grande-Bretagne, il y a une certaine marge de manoeuvre en matière budgétaire et le budget ne doit pas rester statique : il doit s’adapter aux besoins découlant des grandes évolutions mondiales.

De nouveau, c’est une question de dosage, mais nous sommes convaincus que pour la compétitivité de nos entreprises, il faudrait consacrer plus à la recherche-développement, et moins à l’agriculture qui ne concerne qu’un très petit pourcentage de la population européenne.

 

Pensez-vous que le processus de ratification du Traité Constitutionnel soit définitivement bloqué ?

Actuellement effectivement, la situation est bloquée. Il y aura une première réflexion au printemps 2006 sous présidence autrichienne, mais il est peu probable qu’il y ait de grandes discussions avant 2007.

Nous sommes face à un vrai dilemme. Personne ne veut renégocier – et il n’y avait évidemment pas de « plan B » contrairement à ce que l’on a entendu parfois – mais on ne peut pas garder le texte tel quel.

Ce qui est certain, c’est que l’Union Européenne a besoin d’un texte pour mieux fonctionner. Le Royaume-Uni soutenait le projet de Traité constitutionnel, mais il apparaît désormais difficile de le soumettre tel quel de nouveau à la France et aux Pays-Bas. Il faudra donc probablement l’amender.

Mais quel qu’il soit, le texte n’apportera pas toutes les réponses aux besoins et aux attentes des citoyens européens. Il faudra en parallèle, avancer dans le domaine social, économique, dans la protection de l’environnement, dans la sécurité…

 

Pour avancer, la construction européenne a besoin d’un moteur, pensez-vous que celui-ci restera, malgré la situation actuelle, le couple franco-allemand ou bien devrait-il être élargi aux 6 grands pays de l’UE ?

Effectivement, l’Union a besoin d’un moteur, de leadership. Le couple franco-allemand reste absolument nécessaire, mais dans une Europe élargie à 25, il n’est plus suffisant. D’autres grands pays pourraient être amenés, en fonction des domaines, à jouer un rôle important, mais il faut éviter un « Directoire » des grands car c’est ce que redoutent le plus les petites et moyens pays, qui peuvent également faire des contributions significatives.

Un des grands avantages de l’Union Européenne, qui découle de sa conception et de son mode de fonctionnement, est qu’il n’y a pas de clivage systématique entre « grands » et « petits », « nord » et « sud », « est » et « ouest », « riches » et « pauvres ». Nous devons préserver cela.

Il s’agit donc désormais de définir une direction, ainsi que le contenu de quelques grandes politiques nécessaires pour répondre aux grands défis actuels et aux attentes des citoyens, après nous pourrons retourner au sujet constitutionnel.  

Merci Monsieur l’Ambassadeur.  

Pour plus d’informations sur l’Ambassade de Royaume-Uni et la présidence britannique, voir notamment le site officiel de l’Ambassade du Royaume-Uni en France : http://www.britishembassy.gov.uk

 

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