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La
présidence autrichienne :
"un nouvel élan à l'Europe"
(Wolfgang
Schüssel, Chancelier fédéral d’Autriche)
Après
le Royaume-Uni, c’est l’Autriche qui a pris le relais pour six
mois (1er janvier – 30 juin 2006) de la présidence du
Conseil de l’Union européenne. Pour la deuxième fois depuis son
adhésion en janvier 1995, l’Autriche souhaiterait s’affirmer en
tant que médiateur pragmatique et mesuré à la tête de l’Union
européenne. Rappelons que la première fois elle assura la présidence
lors du second semestre 1998.
Comme
chaque présidence du Conseil de l’Union européenne, l’Autriche
a pour tâche :
-
d’organiser
et de présider les réunions du Conseil européen de l’UE, ainsi
que des comités et groupes de travail soutenant les travaux du
Conseil ;
-
de
représenter le Conseil au sein des autres organes et institutions
de l’UE, tels que la Commission européenne et le Parlement européen ;
-
de
représenter l’Union européenne au sein d’autres organisations
internationales et auprès des pays tiers.
Ainsi,
la présidence autrichienne coordonne un grand nombre de conférences
à travers le monde et notamment en Autriche. On peut évoquer
quelques rendez-vous qui ont eu, ou auront lieu, comme la conférence
«The Sound of Europe » à Vienne le 27 janvier
sur la signification et le rôle de l’Europe, ainsi que les
tensions ressenties à l’intérieur de l’UE, la conférence
européenne des ministres du Tourisme le 20-21 mars, ou encore celle
sur la subsidiarité
«l’Europe commence chez soi » le 18-19 avril 2006.
Ø
Quels sont les enjeux de la présidence autrichienne ?
Dans
un contexte d’europessimisme, marqué par le double rejet français
et néerlandais du projet de constitution pour l’Europe, la tâche
ne s’avère pas facile. L’Europe- tous s’accordent à le dire
- est en crise. On attend donc de la présidence autrichienne « qu’elle
parvienne à relancer la construction
européenne », a assuré Philippe Douste-Blazy, Ministre
des Affaires étrangères, en souhaitant bonne chance à
l’Autriche. (Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr;
01.01.2006)
Mais
que faire pour sortir
l’Europe de la panne après l’échec
de la ratification du Traité constitutionnel…et dans un
contexte économique de taux de chômage élevé et de croissance
molle ?
Wolfgang Schüssel,
le Chancelier fédéral de l’Autriche et président en exercice du
Conseil, reste cependant optimiste, affirmant qu’ «ensemble
nous voulons donner un nouvel élan à l’Europe ! »
Dans
cette perspective, une des priorités pour l’Autriche, qui a
ratifié (parmi treize Etats membres) le Traité Constitutionnel en
mai 2005, est «de trouver
– selon Wolfgang Schüssel - une
nouvelle approche du traité constitutionnel » et de
relancer l’avenir de l’Union européenne, ce qui, d’une part nécessite
la réforme des institutions européennes et d’autre part passe
par le rapprochement des citoyens de l’Union européenne. Ursula
Plassnik, Ministre fédérale des Affaires étrangères souligne :
« Notre but est de
donner ensemble à l’Europe une dose de vitamines. Rendre
l’Europe plus compréhensible, plus moderne et plus perceptible
auprès des citoyens européens, tel doit être à long terme notre
but commun. » (Source : site officiel de la présidence
autrichienne http://www.ue2006.at/fr
)
Ainsi,
les deux représentants du gouvernement autrichien accentuent la nécessité
d’une réflexion sur le futur de l’Union, «ainsi
que le renforcement de la confiance des citoyens dans le projet européen ».
Ø Un des sujets qui préoccupe également la présidence
autrichienne est d’accélérer la mise en œuvre de la «stratégie de Lisbonne » dont l’objectif est d’améliorer
la croissance et la création d’emplois en Europe. C’est pour
cette raison qu’une attention particulière sera accordée à
l’achèvement du marché intérieur, notamment dans le domaine des services, des télécommunications,
de l’énergie et des services financiers – des secteurs
essentiels pour accroître le dynamisme économique de l’Union
européenne. En outre, la présidence va insister sur le besoin de libre circulation des travailleurs
issus des nouveaux Etats membres, d’autant plus que l’année
2006 a
été baptisée
«Année de la mobilité des travailleurs dans l’UE ». En
effet, certains pays de l’UE à 15 disposent d’une clause de
sauvegarde quant à la libre circulation des travailleurs en
provenance des nouveaux pays membres. Ainsi, les pays concernés
(France, Allemagne, Espagne, etc…) devraient se prononcer d’ici
le mois de mai 2006 sur cette question, soit en prolongeant les
clauses de sauvegarde de trois ans, soit en permettant le libre accès
à leurs marchés du travail aux nouveaux pays membres. A cela
s’ajoute une autre question à régler : la controverse sur
le compromis concernant la
Directive « Bolkestein », adopté le 16 février
dernier par le Parlement, et qui doit maintenant être débattu par
les Etats Membres. Le rôle de la présidence autrichienne sera donc
de demander à ces derniers de faire preuve de pragmatisme et
d’adopter, durant l’année 2006, le texte que la Commission
a réécrit en avril 2006 reprenant une grande partie des
amendements votés par le parlement. (Voir
article «la Directive services »)
Le programme de
travail du Conseil sous présidence autrichienne se révèle donc
chargé : «créer
des emplois et relancer la croissance européenne», «sécuriser et
développer le modèle social européen», «redonner
confiance aux citoyens dans le projet européen», «faire de
l’Europe un partenaire fort et de confiance sur la scène
internationale», voilà les priorités de l’Autriche, ainsi que
de la Finlande qui lui succédera à la présidence au second
semestre de l’année 2006.
Le
budget- une autre question épineuse
En prenant le relais de la présidence,
l’Autriche a hérité d’une responsabilité, à s
avoir
les négociations avec le Parlement européen concernant les
propositions entamées par les Britanniques, concernant le budget de
l’UE pour la période de 2007-2013. La priorité pour le
gouvernement autrichien est d’obtenir l’acceptation de ces
propositions par le PE durant les mois à venir.
La reprise de longues et difficiles négociations
menées depuis le printemps dernier entre le Conseil et le Parlement
européen concernant le budget de l’Union pour la période en
question constitue un des sujets sensibles de la présidence
autrichienne. En effet, les 15 et 16 décembre 2005, sous la présidence
britannique, un accord entre les chefs d’Etat et de gouvernement
avait été obtenu sur les perspectives budgétaires 2007-2013,
fixant le niveau, le contenu et les ressources du budget européen
pour la période en question. Le compromis trouvé a permis surtout
de sauver la face de chaque négociateur. Ainsi, le Royaume – Uni
garde le principe qui consiste à déterminer sa contribution au
budget européen selon un mode de calcul particulier (un rabais) du
fait qu’il tire peu de profit de la politique
agricole commune (PAC). Mais, il a accepté d’abandonner 20%
de son rabais, de 2007 à 2013, soit 10,5 milliards sur 50
milliards. Quant à la France, elle sort des négociations
partiellement satisfaite. N’ayant pas réussi à imposer aux
Britanniques la règle commune, définissant les modalités de
financement équitable pour chaque Etat membre, elle a obtenu néanmoins
que la PAC ne soit pas réformée avant 2014, sachant toutefois
qu’un réexamen de l’ensemble du budget est prévu en 2008.
Rappelons que la France reste un des premiers bénéficiaires de la
politique agricole commune. Un consensus avait été obtenu également
concernant le montant total du budget de l’UE qui de 1,03% - la
proposition initiale de M. Blair – passe à 1,045% du PIB des 27
(les 25 plus la Bulgarie et la Roumanie). Ainsi le budget global
devrait atteindre 862,4 milliards d’euros (au lieu du 849,3 –
proposition émanant des britanniques) pour l’ensemble de la période
2007-2013. En ce qui concerne le montant de l’aide pour les
nouveaux Etats membres, il sera inférieur à ce qu’avaient obtenu
les anciens pays entrants lors des négociations d’adhésion, mais
finalement supérieur à ce que prévoyaient les premières
propositions britanniques (au lieu de 150 milliards d’euros les
nouveaux Etats membres obtiendront 157 milliards d’euros). C’est
à l’Autriche que revient de faire accepter ce budget 2007-2013
par le Parlement européen qui réclame cependant 12 milliards
d’euros d’augmentation, soit 1,5% de plus par rapport au
laborieux compromis de décembre, pour financer les domaines qu’il
considère déterminant pour le futur de l’Europe, à s
avoir
la Recherche, l’éducation, le financement des infrastructures et
l’aide à l’intégration des dix nouveaux Etats membres. Sachant
toutefois que le contexte de l’Union européenne est déjà
difficile, il est peu probable que le Parlement bloque l’exécution
du budget en posant son veto.
Quant
à l’élargissement…
Le principal objectif pour la présidence
autrichienne dans le domaine des relations extérieures et de l’élargissement
sera, comme le souligne clairement Ursula Plassnik, de «renforcer la stabilité et la sécurité des Balkans occidentaux.»
«C’est pourquoi
–continue-t-elle- nous faisons notre maximum pour que ces pays se
rapprochent de l’Union européenne et nous les soutenons dans leur
processus de réforme. Nous ne souhaitons pas qu’il y ait une zone
d’insécurité et d’instabilité entre l’Italie et la Grèce ».
La question « comment améliorer la coopération politique
et économique et le développement entre l’UE et les Balkans
occidentaux (aujourd’hui aux portes de Europe communautaire) »
s’est posée déjà lors d’une réunion informelle des ministres
des Affaires étrangères des 25 et des Etats des Balkans
occidentaux les 10 et 11 mars 2006 à Salzbourg.
En outre, le suivi de la situation en
Bulgarie et en Roumanie, en vue de leur adhésion prévue en 2007,
ou en 2008 sera intensifié. (Voir
article «Les nouveaux
pays candidats »). Ensuite il y aura la question de la
Croatie et de la Macédoine. Quant aux négociations d’adhésion
avec la Turquie, auxquelles les Autrichiens- selon un récent
sondage Eurobaromètre- semblent les plus réticents parmi les Européens,
elles seront poursuivies «de
façon objective et professionnelle ». Néanmoins, le
processus de négociation sera «difficile »,
comme l’a souligné le Chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel.
Etant donné que la capacité
d’absorption de l’Union européenne est proche de ses limites, « nous devons faire très attention quant à tout nouvel
engagement, mais nous devons également respecter les engagements
que nous avons pris », a déclaré Olli Rehn, le
commissaire à l’élargissement.
Bref
rappel chronologique : l’Autriche et la construction européenne
(Source : Le Taurillon, magazine eurocitoyen ;
http://www.taurillon.org)
Ø
20 novembre 1959 : Membre fondateur de l’AELE (Association
européenne de Libre Echange).
Ø
1987 (17 juillet) : Demande d’adhésion à la CEE.
Ø
1989 (31 juillet) : Avis favorable de la CEE.
Ø
1994 (12 juin) : Référendum autrichien (66 % pour l’entrée
dans l’UE).
Ø
1994 (24 juin) : Signature du Traité d’adhésion.
Ø
1994 (31 décembre) : l’Autriche quitte l’AELE pour
rejoindre l’UE.
Ø
1995 (1er janvier) : Entrée effective de l’Autriche dans
l’Union européenne.
Ø
1998 (second semestre) : première présidence autrichienne de
l’UE.
Ø
2000 (janvier- septembre) : Crise diplomatique entre l’UE et
l’Autriche (à cause de la participation de l’extrême droite au
gouvernement autrichien).
Ø 2006 (1er janvier-30
juin) : deuxième présidence autrichienne du Conseil
européen.
Principe de subsidiarité : « La Communauté agit dans
les limites des compétences qui lui sont conférées et
des objectifs qui lui sont assignés par le présent
traité. Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa
compétence exclusive, la Communauté n’intervient,
conformément au principe de subsidiarité, que si et
dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée
ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante
par les Etats membres et peuvent donc, en raison des
dimensions ou des effets de l’action envisagée, être
mieux réalisés au niveau communautaire ».
Article 3B du Traité CE. Il s’agit de prendre la décision
au niveau d’efficience le plus approprié (niveau
européen, national, régional ou local).
Anna
Zygmunt
*
* * * *
La
Directive Bolkestein,
petite histoire d'une directive
qui a fait couler beaucoup d'encre
« Cette directive
pourrait bien être l’impulsion la plus forte donnée au marché
intérieur depuis sa création en 1993. Nous devons libérer nos
entreprises de services, de façon à ce qu’elles puissent se développer
et créer les emplois durables dont l’Europe a besoin. Certaines
des restrictions nationales sont archaïques, pesantes et en
contradiction avec la législation de l’Union européenne. Elles
doivent purement et simplement disparaître.», déclarait
Frits Bolkestein lors de son
mandat au sein
de la Commission européenne
(1999-2004). Chargé des questions relatives au marché intérieur,
à la fiscalité et à l’union douanière, il est notamment à
l’origine du projet de la directive «Service» dite
directive «Bolkestein».
I. Contexte
L’objectif
premier de la proposition de l’ancien commissaire Bolkestein était
de réaliser un véritable marché intérieur des services en éliminant
les barrières juridiques et administratives au développement des
activités de services entre les Etats membres (l'interdiction
des restrictions à la libre prestation de services était
d’ailleurs déjà présente dans le Traité de Rome instituant la
Communauté Economique Européenne le 25 mars 1957). L’objectif
d’abaisser les barrières non tarifaires aux échanges a par la
suite été réaffirmé à plusieurs reprises depuis 30 ans,
notamment dans la stratégie de Lisbonne de 2000 qui se fixe pour
objectif la réalisation en Europe de «l’économie la plus
compétitive et la plus dynamique du monde». Cette
proposition législative est d'autant plus importante pour la vie économique
de l'Union que le marché intérieur des services représentent
jusqu'à 70% du PNB de l'Union (la France étant le troisième
exportateur de services dans l’Union des 25).
-
- -
Dès les Traités de Rome (1957), la
Communauté européenne avait été fondée comme un «Marché
commun» éliminant les barrières douanières qui limitaient
les échanges de biens entre les pays signataires du traité de
Rome. Cette ouverture a conduit à une forte augmentation du
commerce entre les Etats membres. En 1986, ils décident de passer
à la vitesse supérieure en construisant un «Marché unique»et
en supprimant les barrières non tarifaires aux échanges. A partir
de 1993, non seulement les biens devaient pouvoir circuler librement
entre les pays membres, mais aussi les capitaux, les entreprises et
les services.
-
- -
Dans
le cadre de la liberté de circulation des marchandises, c’est
l’arrêt «Cassis
de Dijon» qui fait référence –
affaire du 20 février 1979 de la Cour de Justice des Communautés
européennes. Un importateur allemand de la liqueur de Cassis de
Dijon, s’est vu interdire l’importation de celle-ci en
Allemagne, sous prétexte qu’elle n’était pas conforme aux
standards de ce pays. Le fournisseur français a déposé un recours
devant la Cour de Justice des Communautés européennes et obtenu
gain de cause.
Cet arrêt de la Cour de justice consacre le principe de
reconnaissance mutuelle par les Etats membres de leurs réglementations
respectives, en l’absence d’harmonisation communautaire. Ceci
afin d’éviter le protectionnisme intra-communautaire et
d’offrir aux entreprises européennes un grand marché domestique
sans frontières et obstacles intérieurs, comme en disposent leurs
concurrents américains, chinois ou japonais.
-
- -
II-
La génèse du projet de directive « Services »
13
janvier 2004 :
La Commission Prodi adopte la proposition de directive Bolkestein
qui entend supprimer les obstacles nationaux à la libre circulation
des services. Un sigle cristallise toutes les critiques : le
PPO (principe du pays d’origine – voir glossaire). Conformément
à ce principe, l’opérateur respecte les normes de son pays
d’origine (comme c’est le cas pour les marchandises) et non
obligatoirement celles du pays de destination. En cas d’établissement
définitif, il respecte les lois du pays de destination.
22
novembre 2005 :
La proposition est modifiée par la commission du marché intérieur
du Parlement européen : elle en exclut notamment les soins de
santé et le droit du travail qui doivent être du ressort des
pays où s’exerce le service.
16
février 2006 :
La version adoptée en première lecture par le Parlement tient
compte d’un certain nombre de modifications (voir partie IV).
4 avril 2006 : La
Commission européenne propose une nouvelle version modifiée de la
directive tenant compte da la majorité des amendements du Parlement
européen. Le texte doit maintenant être voté par le Conseil des
ministres des 25 Etats membres.
III.
Bolkestein I
La législation européenne, tendant à
supprimer toutes les entraves à la libre-circulation des services
et à mettre en concurrence les services dans certains secteurs
(comme les services portuaires), s’est faite, jusqu’à très récemment,
de manière sectorielle puisqu’il existe des textes sur les
services financiers, le transport routier aérien et maritime des
passagers, les professions libérales. Ces textes ont mis en place
dans un premier temps quelques normes communes puis ont cherché par
la suite à favoriser la reconnaissance mutuelle des qualifications,
des licences et des régimes d’autorisation.
Rompant avec cette logique sectorielle
(accompagnée d’une harmonisation progressive des législations et
du principe de reconnaissance mutuelle), la Commission européenne a
proposé en 2004 une directive générale sur les services ou
directive « Bolkestein ». Néanmoins, la
proposition de directive générale sur les services entendait compléter
l’acquis communautaire et non se substituer aux directives
existantes et notamment à la directive « Travailleurs détachés »
de décembre 1996 et qui concerne le détachement
de travailleurs effectué dans le cadre d'une prestation de
services. Celle-ci précise que le droit du travail
applicable (salaire minimum, congés, règles d'hygiène et de sécurité,
etc.) reste celui du pays où le travailleur est détaché
(et non celui du pays d'origine). La directive sur le détachement
ne s’applique qu’à partir d’une période de 8 jours (et
jusqu’à 18 mois). Ainsi, dans son article 17, la directive
Bolkestein précise que le principe du pays d’origine ne se
substitue pas à la directive de 1996 sur «les
travailleurs détachés». Or celle-ci stipule qu’un
Hongrois ou un Polonais qui viendrait travailler en France doit se
soumettre au droit du travail français.
Quels
étaient les domaines concernés ?
La première proposition de directive
couvrait un large éventail de services notamment les services aux
entreprises comme les services de conseil en management, de
certification et d’essai, de maintenance, d’entretien et de sécurité
de bureaux, les services fournis à la fois aux entreprises et aux
consommateurs, tels que les services de conseils juridiques ou
fiscaux, les agences immobilières, les services de construction y
compris les services des architectes, les agences de voyage et les
services de sécurité ; et, enfin, les services liés au
secteur du tourisme, les services audiovisuels, les services de
loisirs, les centres sportifs, les parcs d’attraction…
Le projet de directive Bolkestein I
s’appliquait ainsi à tous les services qui ne faisaient pas
l’objet d’une législation ou d’une dérogation spécifique.
Elle ne s’appliquait donc pas aux services financiers, aux
services des transports, aux services et réseaux de communication
électronique, aux services postaux et aux services de distribution
d’eau et d’énergie.
Au sein des services « publics »,
les «services d’intérêt général» (SIG) étaient
concernés, mais pas les services d’intérêt économique général
(SIEG), c’est-à-dire les services qui correspondent à une
activité économique et qui sont par conséquent ouverts à la
concurrence.
Les services d’intérêt économique général
non régulés (services de santé et sociaux tels que le logement
social, l’aide aux personnes vulnérables, les services culturels)
étaient par conséquent également concernés par cette première
version de la directive.
Alors que la proposition ne comprenait
pas les services de nature non économique comme l’administration
publique ou l’enseignement public qui restaient assurés par l’Etat
dans l’accomplissement de sa mission.
Simple à comprendre en substance, le PPO
(développé dans l’article 16 du premier projet de directive) désigne
la prévalence des règles du pays d’origine de la prestation de
service sur celles du pays de destination. Ainsi, en vertu de ce
principe, un ouvrier portugais offrant ses services dans un pays étranger
agirait-il selon la réglementation de son pays d’origine, quel
que soit le pays dans lequel il exerce. De même , une agence
publicitaire dont le siège se situerait en Grande-Bretagne pourrait
offrir ses services en France ou en Espagne, mais tout en
fonctionnant selon la réglementation britannique ; un
architecte vivant à Madrid aurait pu librement travailler en
Pologne ; un notaire italien aurait pu réaliser la transaction
d’une vente immobilière à Paris ou à Vienne…
Du point de vue du marché,
le problème se posait quant à l’harmonisation des normes
salariales, sociales, des règles d’exercice (qualité du service,
diplômes requis, normes techniques) du pays d’origine du
service qui devaient être automatiquement reconnus par le pays où
la prestation est effectuée, encourageant par là-même la compétition
entre les prestataires.
Avec un autre objectif affirmé : la
lutte contre le travail au noir, assez répandu dans l’Union européenne,
qui lui ne respecte aucune règle, ni celles du pays destinataire ni
celles du pays d’origine.
Du point de vue politique,
un problème se pose sur le plan social et environnemental. Le choix
du politique, c’est le choix de la longue et difficile
harmonisation des standards et des statuts nationaux : c’était
le choix effectué, en 1986, par Jacques Delors, lorsqu’il présidait
la Commission européenne. Le
traité et la jurisprudence posent cependant des limites dès lors
que l'activité en question relève de l'exercice de l'autorité
publique ou dès lors que des restrictions visent à protéger l'ordre
public, la santé publique ou la sécurité publique.
Plusieurs organisations et formations
politiques redoutant notamment que le texte
n’ouvre la porte à des pratiques de dumping sociale ont
manifesté leur inquiétude. Le 16 février 2006, le Parlement européen
a voté une modification
en profondeur du texte d’origine par 314 voix pour et 215 voix
contre ainsi que 33 abstentions.
IV.
Bolkestein II
Votée dans le cadre du processus de
codécision qui donne un poids quasiment équivalent au
Parlement européen et au Conseil des ministres, le nouveau projet
de directive a passé le stade de la première lecture du Parlement
européen le 16 février 2006. Le texte voté est formellement
nouveau, mais basé en grande partie sur celui retiré au printemps
2005. La prochaine étape législative sera le vote d'éventuels
nouveaux amendements par le Conseil de l’Union européenne. Si
aucune modification n'est apportée, le texte sera considéré comme
accepté ; sinon, un second vote aura lieu au Parlement puis au
Conseil. Dans la pratique, les textes sont très souvent amendés et
soumis à un nouveau vote.
La directive
Bolkestein, version modifiée : ce qui change
-le principe du pays d’origine est
supprimé
Pour ce qui est de l'établissement dans
un autre pays membre, la législation qui s'applique au prestataire
de services est celle du pays d'accueil. La règle de la
libre-circulation des services remplace le principe du pays
d’origine. Que ce soit dans le cas de la prestation
transfrontalière ou de l'établissement, le texte adopté préconise
une meilleure coopération entre les administrations nationales.
Ainsi, la nouvelle version de la directive met les Etats membres en
obligation de respecter le droit du prestataire de fournir les
services et de lui garantir le « libre accès à l’activité
des services ainsi que son libre exercice sur son territoire. »
Parmi les mesures décisives vouées à faciliter les relations
entre les prestataires et les autorités compétentes, le principe
du "guichet unique" est maintenu dans le texte et
ses compétences ont été élargies. Les dispositions relatives à
la simplification administrative ne concernaient initialement que l'établissement
des prestataires, désormais la circulation des services est également
concernée. Ceci parce que le Parlement a décidé d'accepter
des exigences (absentes du projet initial) que l'Etat de destination
peut imposer à une entreprise venant d'un autre Etat membre pour
fournir temporairement un service sur son territoire.
-le champ d’application est restreint
Le nouveau projet exclut les services
« poursuivant des objectifs de protection sociale », du
logement social, des pharmacies, des services de prise en charge des
enfants, des « services d’éducation et de culture qui
poursuivent des objectifs sociaux », de l’intérim, de la
santé, de l’audiovisuel et du notariat.
La directive exclut également les
services déjà libéralisés ou en voie de l’être c’est-à-dire
l’eau, l’énergie, le traitement des déchets, les services
postaux.
Les soins de santé, eux, font l’objet
d’une disposition spécifique qui, non seulement a pour but de les
soustraire du champ d’application de la directive, mais en donne
une définition élargie. Les médecins, même s’ils sont
favorables à la libre circulation à l’intérieur de l’Union
européenne, ne souhaitent pas que la directive puisse s’appliquer
à leur fonction. Ils préfèrent continuer à se référer à la
directive déjà existante sur la « reconnaissance des
qualifications professionnelles », actualisée en 2005.
Celle-ci autorise l’établissement d’un médecin en provenance
d’un autre pays européen, dans les mêmes conditions que pour les
nationaux. Par exemple, un médecin français peut accompagner
librement une colonie de vacances en Italie ou un chirurgien belge
pratiquer une opération dans un hôpital portugais. Ils doivent
seulement faire une déclaration annuelle, fournir la preuve de
leurs diplômes et respecter le droit pénal (euthanasie,
avortement) du pays dans lequel ils interviennent.
En résumé : cette nouvelle version du projet
de la directive ne s’appliquera pas aux travailleurs détachés
par leurs entreprises pour une mission de plus huit jours dans un
pays tiers (voir directive « travailleurs détachés »),
pas plus qu’aux professions qui bénéficient déjà d’une
harmonisation (architectes, kinés, sages-femmes, avocats …).
D’autres domaines sont exclus, comme le commerce électronique et
la radiodiffusion (déjà couverts par des lois européennes), mais
aussi les services financiers, les transports, y compris les taxis
et les ambulances, les services portuaires, les jeux d’argent, la
santé, l’aide sociale, les services sociaux et ceux liés à la
famille, le financement des logements sociaux, les agences de
travail temporaire et les services de sécurité.
La proposition révisée par la
Commission européenne de la directive relative aux services dans le
marché intérieur a été présentée au Parlement européen le 4
avril 2006 par le Président de la Commission, M. Barroso. Les eurodéputés
ainsi que le gouvernement français ont fait s
avoir
que leurs principales préoccupations étaient satisfaites. La balle
est maintenant dans le camp du Conseil des Ministres des 25.
Glossaire
Services :
toute activité économique non salariée consistant à fournir une
prestation qui fait l’objet d’une contrepartie économique ;
Prestataire :
toute personne physique ressortissante d’un Etat membre ou
personne morale qui offre ou qui fournit un service ;
Destinataire :
toute personne physique ou morale qui, à des fins professionnelles
ou non, utilise, ou souhaite utiliser, un service ;
Principe du pays d’origine :
les fournisseurs de services sont soumis aux lois de leur pays
d’origine et non à celles du pays dans lequel ils fournissent un
service. Ce principe a été un des éléments les plus discutés de
la directive ;
Etat membre
d’origine :
l’Etat membre sur le territoire duquel le prestataire du service
concerné a son établissement ;
Soins
hospitaliers :
soins médicaux qui ne peuvent être délivrés qu’au sein d’une
structure médicale et qui nécessitent, en principe, l’hébergement
de la personne qui reçoit ces services. La directive Bolkestein
entendait supprimer les obstacles que les Etats membres mettent à
rembourser les soins médicaux des patients qui voyagent. Par
exemple, un malade de Strasbourg souffrant de la maladie de
Parkinson pourrait se faire soigner à Fribourg en Allemagne, à une
distance de 75 Km, mais les caisses d’assurance-maladie ne lui en
donnent pas l’autorisation. De même, une sage-femme allemande qui
pratiquait des accouchement à domicile en Lorraine a dû renoncer,
en raison des tracasseries administratives : elle devait faire
une déclaration chaque fois qu’elle se rendait auprès de sa
patiente française.
La proposition initiale de la directive spécifiait que les soins
non hospitaliers ne requerraient plus d’autorisation préalable et
que les soins hospitaliers seraient remboursés au tarif le plus
favorable pour le client ;
Guichet unique :
chaque prestataire devrait pouvoir accomplir toutes les formalités
et procédures requises auprès d’un même organisme. Le
prestataire ne devrait plus
avoir
à se rendre auprès de
plusieurs instances, organismes, bureaux, etc :
il pourrait ainsi disposer d’un même interlocuteur. Les règles
de fonctionnement du guichet unique seraient identiques dans chaque Etat membre ;
Dumping
social :
«Il
s’agit de toute pratique consistant
pour un Etat ou une entreprise à violer, à contourner ou à
dégrader de façon plus ou moins délibérée le droit social en
vigueur afin de tirer un avantage économique notamment en terme de
compétitivité. Le dumping social peut-être intracommunautaire,
lorsqu’au sein même de l’Union européenne on observe des stratégies
d’entreprises ou d’Etats jouant sur les niveaux de protection
sociale et le coût du travail. Il peut aussi être
extra-communautaire, lorsqu’il est pratiqué par des pays tiers
dans des secteurs à forte densité de main-d’œuvre qui ne
respectent pas les règles sociales fondamentales fixées par
l’Organisation internationale du travail (OIT).» Gaëtan
Gorce rédacteur d’un rapport sur le dumping social en Europe in Le Monde
14 juin 2000.
Humanité
: http://www.humanite.fr/journal/dossiers/65/directivebolkestein
Euros
du village : http://www.eurosduvillage.com
Carmen
Amaritei – Elsa Glombard
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