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le webzine sur l'Europe de l'Association Jean Monnet - N° 9 / Avril 2006

Le Dossier

Les nouveaux pays candidats
quelles frontières pour l'UE

 

 

Depuis ses origines, la Communauté européenne a été conçue comme une construction ouverte. Si, comme l’indiquent les termes de la Déclaration Schuman[1] (9 mai 1950) « l’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne », elle précise qu’il s’agit « d’une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe ». Sept années plus tard, le préambule du traité de Rome affirme que la Communauté européenne « assure par une action commune le progrès économique et social en éliminant les barrières qui divisent l’Europe ».

Selon l’article « O » du traité sur l’Union européenne (1993), “Tout Etat européen peut demander à devenir membre de l’Union”. De 6 à 15, l’Union européenne s’était élargie par petites touches entre 1991 et 1995. Après la chute du mur de Berlin en novembre 1989, les années 1990 ont été marquées par la réunification de l’Allemagne, la libération du Centre et de l’Est européen et le démantèlement de l’URSS. C’est alors une dizaine de nouveaux Etats qui ont aspiré à rejoindre les démocraties de l’Ouest, symboles de paix et de succès économique. Dès lors, il est apparu impossible de laisser ces nouvelles démocraties à l’écart du processus d’union européenne.

A l’aube du XXIème siècle, le continent européen tourne une nouvelle page de son histoire. Le cinquième élargissement, intervenu le 1er mai 2004, a repoussé les frontières de l’Union européenne. Ces dernières se situent désormais davantage à l’Est (avec la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne), au Nord-Est (avec l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie), au Sud (avec Malte) et au Sud-Est (avec Chypre). Le centre géographique de l’Union est ainsi passé de la Belgique à l’Allemagne.

  * * *

 

Quelles sont les conditions à remplir pour faire partie de l’Union européenne ?

Le premier critère à remplir est le critère géographique. L’article 237 du traité CEE de 1957, devenu article « O » dans le traité de Maastricht précise que : « tout Etat européen peut demander à devenir membre de l’Union ». Cette condition préalable n’a toutefois pas été définie avec suffisamment de précision et pose de manière évidente la question des limites géographiques du continent européen. S’étend-il de « Brest à Vladivostok » ? Autrement dit, la Russie a-t-elle vocation à y appartenir de même que la partie européenne de l’ex-URSS où se trouvent l’Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie ? Enfin, si la Turquie est finalement éligible à l’Union, en sera t-il de même des pays du Caucase (Georgie, Azerbaïdjan, Arménie), de l’Asie centrale (Turkménistan, Kazakhstan) ? Autant de questions délicates qu’il faudra sans doute trancher un jour.

* * *

 

Pour devenir membre de l’Union européenne, les pays candidats doivent désormais également remplir les trois critères dits “de Copenhague” définis par le Conseil européen qui s’est tenu au Danemark en juin 1993.

 

Ces critères sont les suivants :

 

1.       disposer d’institutions stables garantissant la démocratie, la primauté du droit, la protection des droits de l’homme, le respect et la protection des minorités ;

 

2.     disposer d’une économie de marché viable ainsi que d’une capacité à faire face à la pression concurrentielle et aux forces de marché à l’intérieur de l’Union ;

 

3.     disposer d’une capacité à assumer les obligations de l’adhésion, notamment de souscrire aux objectifs de l’Union économique et monétaire, et plus généralement d’intégrer l’ « acquis communautaire ».

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Quels ont été les derniers pays concernés ?

Au début des années 1990, quatorze nouveaux pays ont déposé une demande d’adhésion à l’Union européenne : 10 pays d’Europe centrale et orientale appelés les « PECO » (la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie, la Slovénie, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie) ainsi que Chypre, Malte, la Turquie et la Suisse.

Suite à un changement de gouvernement intervenu en octobre 1996, l’île de Malte n’avait pas souhaité poursuivre la procédure d’adhésion à l’Union européenne. Eddie Fenech Adami, redevenu Premier ministre de Malte après sa victoire aux élections de septembre 1998, a réactivé une candidature qui avait été gelée par le gouvernement travailliste.

La situation de Chypre fut relativement complexe. Si la situation économique de l’île était très favorable à une intégration rapide, la situation politique fut difficile à gérer en raison de la partition du territoire. En effet, la partie Nord de l’île a été envahie par la Turquie en 1974 et autoproclamée, en 1983, « République turque de Chypre du nord » (RTCN). République actuellement uniquement reconnue par Ankara. Le Premier ministre turc Bülen Ecevit aurait souhaité un divorce à l’amiable « à la tchécoslovaque ». Les Grecs ont obtenu au sommet d'Helsinki, en décembre 1999, que la réunification de Chypre ne soit plus une condition préalable à son adhésion. C'est à ce même sommet que les Turcs ont obtenu, de leur côté, le statut officiel de candidat à l'Union européenne.

Quant à la Communauté internationale, elle tente depuis près de trois décennies de convaincre les deux camps de former une fédération.

Lors du Conseil européen de Copenhague (12-13 décembre 2002), les chefs d’Etats et de gouvernements avaient confirmé que, bien que la réunification ne soit plus une condition préalable à l’adhésion de Chypre, l’Union européenne aurait préféré voir adhérer une Chypre réunifiée. A cet égard, le Conseil européen s'était félicité que les Chypriotes grecs et turcs se soient engagés à poursuivre, sous l’égide de l’ONU, des négociations en vue de parvenir à un règlement global du problème chypriote. Néanmoins, cette tentative n’a pu aboutir suite à l’échec du référendum sur la réunification de l’île organisé le 24 avril 2004 au cours duquel deux tiers des Chypriotes se sont exprimés contre les propositions faites par l’ONU.

Ainsi, depuis le 1er mai 2004, seule la République de Chypre (grecque) est membre à part entière de l’Union européenne.

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Calendrier de l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’Union européenne

La Turquie est liée depuis longtemps à l’Union européenne. L’accord d’association signé en 1963 plaçait le pays sur la voie de l’Union douanière et d’une adhésion pleine et entière à la Communauté. En 1987, la Turquie a présenté sa candidature à l’entrée dans la CEE. Dans un premier temps, un accord sur l’union douanière est entré en vigueur le 1e janvier 1996.

En 1997, le Conseil européen a estimé que les conditions politiques et économiques permettant d’envisager les négociations d’adhésion n’étaient pas réunies et a refusé d’accorder le statut de pays candidat à la Turquie. Il rappelait cependant la légitimité de l’adhésion turque à l’Union. Il en ressortait alors que la Turquie appartenait, selon le Conseil - avec bien sûr les hésitations grecques - à l’ensemble géographique et culturel européen. La Commission européenne a confirmé cette orientation en octobre 1999 considérant que « le temps est venu de faire un pas en avant ». En décembre 1999, le Conseil européen a donc confirmé ce statut de pays-candidat à la Turquie.

En mars 2001, le Conseil des ministres de l’Union européenne a établi un « Partenariat pour l’Adhésion de la Turquie ». En conséquence, le Parlement turc a adopté cette même année plusieurs réformes de grande ampleur afin de mettre la législation turque en conformité avec les « critères de Copenhague ». Il a notamment approuvé une révision de la Constitution qui donne aux Kurdes le droit de publier dans leur propre langue, ramène la période maximum de détention provisoire de quinze à quatre jours, rend la dissolution de partis politiques plus difficile, accorde une meilleure protection de leur vie privée aux citoyens turcs et facilite la formation d'associations.

Le Conseil européen de Copenhague (13 décembre 2002) a confirmé la décision prise en 1999 à Helsinki, selon laquelle la Turquie avait vocation à rejoindre l’Union sur la base des mêmes critères que ceux qui s’appliquent aux autres pays candidats. La Turquie ne fait cependant pas partie des dix pays qui ont intégré l'Union européenne en mai 2004. Tout en encourageant « énergiquement » la Turquie à poursuivre le processus de réforme engagé, le Conseil européen lui a fixé un nouveau rendez-vous en décembre 2004 afin d’évaluer les résultats du processus de réforme du pays et de lui donner une date pour l’ouverture des négociations.

 

Enfin, l’avenir de Chypre constitue l’un des problèmes les plus complexes, dont dépend en grande partie l’issue des négociations d’adhésion pour la Turquie. Le Conseil européen du 17 décembre 2004 a soumis l’ouverture de ces négociations à la reconnaissance formelle de la République de Chypre. L’UE rappelle que « La reconnaissance de tous les Etats membres est une composante nécessaire du processus d’adhésion » (septembre 2005). Pourtant, la Turquie refuse toujours de reconnaître la partie nord de l’île comme état indépendant.

 

De ce fait, les débats qui se sont engagés avant la date du 3 octobre ont été animés. La France demandait la reconnaissance « nette et claire » de Chypre (13 septembre 2005) ; l’Autriche, hostile à l’adhésion de la Turquie, proposait une option « d’un partenariat privilégié » au cas où les négociations échoueraient. Finalement, le 3 octobre 2005, le Conseil européen a trouvé un compromis en décidant d’ouvrir les négociations d’adhésion entre l’UE et la Turquie. La reconnaissance de la République de Chypre reste l’une des conditions dans ces négociations.

 

Dans tout les cas, les négociations seront longues, selon les estimations des experts sans doute plus de dix ans. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a lui-même précisé que l’adhésion de la Turquie n’était ni garantie, ni automatique (discours du 4-10-2005).

 

Enfin, la ratification finale d’une éventuelle adhésion serait alors encore soumise à des référendums dans certains pays, notamment la France, rendant l’issue de cette question incertaine.

Lu dans la presse …

Les argumentaires des partisans et des opposants à l’intégration

Le Monde 13.10.04

 

Voici une liste non exhaustive des arguments des partisans comme des adversaires de négociations avec la Turquie.

Géographie

Pour : la Turquie a un pied sur le continent européen.

Contre : 95 % de son territoire se trouve en Asie.

 

Histoire

Pour : l’ancêtre de la Turquie moderne était une puissance européenne qui s’est étendue jusqu’à vienne (Autriche).

Contre : des Européens se sont battus jusqu’au début du XXème siècle pour se libérer du joug ottoman.

 

Démographie

Pour : la Turquie apportera à l’Europe le dynamisme de sa population, déjà présente dans de nombreux pays européens.

Contre : avec 100 millions d’habitants, elle sera, en 2020, le pays le plus peuplé de l’Union.

 

Religion

Pour : l’adhésion d’un pays à majorité musulmane montrera la capacité de l’Union à intégrer les communautés musulmanes qui s’y trouvent déjà.

Contre : sans être un « club chrétien », l’UE fonde son identité sur les valeurs judéo-chrétiennes ; en outre, des menaces pèsent sur le caractère laïc de l’Etat turc.

 

Economie

Pour : la Turquie a déjà une union douanière avec l’Europe des vingt-cinq.

Contre : le PIB par habitant représente 10 % du niveau moyen de l’Union à vingt-cinq.

 

Social

Pour : la Turquie est une société jeune qui compensera la vieillissement des membres actuels de l’Union.

Contre : le déséquilibre entre la partie occidentale du pays, au niveau de vie européen, et la partie orientale, sous-développée, est une source de troubles potentiels.

 

Valeurs éthiques

Pour : la perspective de l’adhésion incitera les Turcs à assumer leur histoire, y compris la reconnaissance du génocide des Arméniens en 1915.

Contre : le refus persistant de reconnaître ce fait historique disqualifie la Turquie comme membre de l’Union.

 

Droits de l’homme

Pour : les réformes déjà engagées par Ankara pour mettre sa législation aux normes européennes doivent être reconnue.

Contre : sans nier les efforts accomplis ces dernières années, beaucoup reste à faire pour les droits des minorités et pour l’égalité hommes-femmes.

 

Régime politique

Pour : la suprématie du pouvoir civil sur les militaires à été assurée par les récentes réformes.

Contre : ces réformes ne sont pas comptes et de toute façon, les militaires étaient les garants du caractère séculier de la Turquie contre les menaces islamistes.

 

Stratégie

Pour : par sa situation géographique et son poids politique, la Turquie, qui a des armées les plus fortes de l’OTAN, sera un atout pour une politique étrangère et de sécurité commune.

Contre : en s’élargissent à la Turquie, l’Union aura des frontières communes avec l’Irak, la Syrie, l’Iran, etc., multipliant ainsi les risques d’instabilité dans son voisinage.

 

Conflit régional

Pour : grâce à l’UE, Ankara a amélioré ses relations avec Athènes et assoupli sa position sur la réunification de Chypre.

Contre : l’Union ne peut ouvrir des négociations d’adhésion avec un pays dont les troupes occupent toujours une partie du territoire européen (le nord de Chypre).

 

Institutions

Pour : la vocation européenne de la Turquie a été affirmée par les Européens dès 1963 et le statut de candidat lui a été accordé en 1999.

Contre : ces engagements n’ont jamais fait l’objet d’un accord en bonne et due forme et il est temps de refuser l’engrenage.

 

Argument tactique

Pour : l’ouverture de négociations n’est pas synonyme d’adhésion et il sera toujours possible d’interrompre le processus à t out moment, en proposant une autre forme de coopération, par exemple un partenariat privilégié.

Contre : l’histoire de l’Europe montre que toutes les négociations d’adhésion se sont soldées par une entrée des candidats dans l’Union.

 

Europe

Pour : l’UE sortira renforcée d’un élargissement à un grand pays comme la Turquie.

Contre : l’Union se diluera dans des élargissements sans fin, mettant ainsi un terme, comme le veulent les eurosceptiques et les Américains, à toute possibilité de jouer un jour un rôle dans les affaires internationales.

 

                                                                                              Daniel Vernet

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Quelles perspectives pour les pays de l’ancienne Yougoslavie ?

L’arrivée au pouvoir de Vojislav Kostunica en République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro) laisse également envisager des perspectives d’adhésion à long terme pour de nouveaux pays issus de l’ex-Yougoslavie. En avril 2000, la Commission européenne avait d’ores et déjà annoncé un chiffre global de 5,5 milliards d’euros (pour 2000-2006) pour l’aide aux Balkans occidentaux dont 2,3 milliards prévus pour la Serbie post-Milosevic.

En avril 2001, l’Union européenne a signé avec la République de Macédoine un accord de stabilisation et d’association. L’événement est significatif, dans la mesure où c’était la première fois que l’Union créait des relations institutionnelles avec un pays de l’ex-Yougoslavie hormis la Slovénie (membre de l’UE depuis le 1er mai 2004). L’Union européenne s’est engagée à hauteur de 355 millions d’euros en faveur de la Macédoine de 1992 à 2001, somme à laquelle s’est ajoutée une aide humanitaire, ainsi que des fonds au titre de l’aide régionale. La Macédoine peut d’autre part bénéficier du « commerce asymétrique », ce qui signifie que ses marchandises entrent dans l’Union sans acquitter de droits de douanes, alors que la réciproque n’est pas vraie pour les produits européens entrant en Macédoine.

Néanmoins, depuis 1991 (année de la proclamation de l’indépendance de la République de Macédoine, ancienne république de Yougoslavie), les relations gréco-macédoniennes sont tendues (notamment du fait du refus grec de reconnaître l’usage du terme « Macédoine », la Grèce estimant que ce nom appartient uniquement à son patrimoine historique). Malgré différentes propositions de l’ONU en vue d’un règlement définitif de la question, à ce jour aucun compromis n’a été trouvé. Le Conseil européen, réuni à Bruxelles en décembre 2005, a fini par accorder à la Macédoine le statut de candidat à l’Union européenne. Il a cependant conditionné son éventuelle adhésion à la capacité de Skopje à continuer sur la voie des réformes. Cette décision est un encouragement pour les efforts accomplis par l’ancienne république yougoslave de Macédoine, ébranlée en 2001 par un conflit entre le pouvoir et une guérilla qui réclamait plus de droit pour la minorité albanaise. Cependant aucune date n’a été indiquée concernant le début des négociations d’adhésion.

La Croatie a exprimé depuis quelques années la volonté d’entrer dans l’Union européenne. Le 29 octobre 2001, elle a signé « un Accord de Stabilisation et d’Association » (ASA) avec l’UE. En février 2003, elle a déposé sa candidature à l’adhésion à la Communauté qui a été reconnue par le Conseil européen en juin 2004. L’ouverture des négociations d’adhésion devait débuter au cours de l’année 2005. Au sommet de décembre 2004, le Conseil européen a conclu que les négociations d’adhésion avec la Croatie pourraient débuter le 17 mars 2005, à condition que la Croatie accepte de coopérer sans réserve avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Ces négociations n’ont pas pu démarrer, comme prévu, le 17 mars en raison d’une évaluation dont les conclusions ont montré que la Croatie ne coopérait pas pleinement avec le TPIY notamment concernant la recherche de l’ancien général Ante Gotovina, accusé de crimes de guerre par le tribunal.

Finalement, le 3 octobre 2005, le Conseil européen a décidé, à Luxembourg, de lancer les négociations d’adhésion avec la Croatie. Cette décision inattendue a été prise sur la base du rapport du procureur général du TPIY, Carla Del Ponte, qui a estimé que la Croatie coopérait désormais de « façon satisfaisante » avec le tribunal en vue de l’arrestation et du transfert de Gotovina à La Haye.

A partir de 2005, la dernière partie de l’ancienne Yougoslavie, la Serbie-et-Monténégro a également établi le premier lien contractuel avec l’Union européenne. Le 12 avril 2005, la Commission européenne a confirmé que des progrès suffisants ont été accomplis par ce pays pour permettre l’ouverture de négociations en vue d’un « Accord de Stabilisation et d’Association » (ASA). Le 10 octobre 2005, le Commissaire à l’élargissement, Oli Rehn, a ouvert officiellement les négociations d’ASA confirmant les efforts de transition du pays.

L’Etat de Serbie-et-Monténégro a succédé à la République Fédérale de Yougoslavie le 4 février 2003. Il est formé de la République de Serbie, du Kosovo et de la République fédérée du Monténégro. La Serbie et le Monténégro ont leurs propres gouvernements, leurs propres capitales (Belgrade et Podgorica), leurs propres monnaies et leurs propres politiques économiques et commerciales.

En outre, la Serbie elle-même comporte deux provinces autonomes, qui autrefois n’appartenaient pas à la République de Serbie, mais avait un statut indépendant au sein de la Yougoslavie de Tito ; elles ont été rattachées à la Serbie suite à des coups de force de Milosevic, en 1988 et 1989. Il s’agit du Kosovo, au sud, et de la Voïvodine au nord. Cette dernière comporte un grand nombre de minorités différentes, dont une forte minorité hongroise. Le Kosovo, quant à lui, compte 90% d’Albanais. Il a été placé temporairement sous administration internationale civile et militaire après le conflit de 1999 par l’ONU : la MINUK est l’organe d’administration de la province, et la KFOR est la force militaire d’occupation, composée de 18 000 hommes.

Si l’adhésion de la Serbie-et-Monténégro semble à terme inéluctable, la Serbie étant, comme l’ensemble des Balkans, incontestablement européenne, le chemin sera sans doute bien long : les questions économiques, la corruption, les infrastructures, la démocratie, le respect des droits de l’homme, celui des minorités, sont autant de dossiers qui resteront sur la table pendant de nombreuses années encore.

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L’avenir du Monténégro se décide le 21 mai 2006. Le Parlement a choisi le 2 mars dernier cette date pour organiser un référendum qui devra trancher entre indépendance ou maintien de l’Union avec la Serbie. Si l’indépendance l’emporte, ce sera la fin de l’Union Serbie-Monténegro et le démantèlement définitif de l’ex-Yougoslavie. Les électeurs devront répondre à la question « Voulez-vous que le Monténégro soit un Etat indépendant avec une totale légitimité internationale et légale ? » Lors du précédent référendum, en 1992, le Monténégro avait décidé de rester dans l’union avec la Serbie.

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A ce jour, la Slovénie est le seul Etat des Balkans occidentaux à être déjà membre de l’Union européenne, et les négociations d’adhésion ont débuté avec la Croatie le 3 octobre 2005.

Quant aux perspectives d’adhésion de la Bosnie, déchirée entre deux entités l’une Bosniaque (Fédération de Bosnie-Herzégovine), l’autre serbe (République serbe de Bosnie ou Republica Sprska), elles ne figurent pas à l’ordre du jour : ses institutions, héritées des accords de Dayton de 1995, rendent le pays quasi ingouvernable ; sa situation économique est extrêmement précaire, et sa stabilité, maintenue par des forces militaires (EUFOR) et policière européenne est très incertaine.

Depuis octobre 2002, des négociations ont pu être ouvertes avec l’Albanie dans la perspective de la signature d’un pacte de stabilisation et d’association (sans perspective d’adhésion).

 

Malgré tous les succès indiscutables du précédent cycle d’élargissement de l’UE (le cinquième), qui a entraîné l’adhésion de dix nouveaux pays en mai 2004, les futurs élargissements de l’Union européenne sont devenus un sujet sensible (et souvent impopulaire) ces derniers mois. Ainsi les institutions européennes comme les Etats membres deviennent aujourd’hui plus prudents.

« Nous devrons veiller plus que jamais à la capacité d’absorption de l’Union européenne. L’adhésion suppose de partager un projet basé sur des valeurs, des politiques et des institutions communes. L’Union doit à tout moment s’assurer qu’elle peut maintenir sa capacité d’action, respecter ses capacités budgétaires et mettre en œuvre ses politiques de manière efficace. » Olli Rehn, 6 décembre 2005, discours devant les députés de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, Paris.

Le sujet préoccupe aussi les députés européens. En effet, lors de sa session plénière du 15 mars 2006, le Parlement européen a débattu d’un rapport, élaboré par le député allemand Elmar Brok, président de la Commission des Affaires étrangères, sur la future stratégie d’élargissement de l’UE. Le rapport demande à la Commission européenne de clarifier les principes qui conditionnent la capacité d’absorption de l’UE dans un rapport qui doit être présenté au Parlement d’ici le 31.12.2006.

Il n’existe à ce jour aucun accord entre les 25 Etats membres sur le nombre de membres que l’Union peut accepter.

« Nos institutions ne sont pas aujourd’hui réellement adaptées à une Europe élargie et moderne et nous devons donc avoir des institutions plus démocratiques et plus efficaces. » déclarait en mars dernier Jacques Chirac.

 

« Certes, l’Union européenne est un projet et non un territoire. Mais tout projet s’applique sur des territoires et ne peut réussir que s’il est en concordance avec des hommes et les cultures qui sont la vie de ces territoires. En conséquence, l’Union européenne ne peut rester un objet géographique non identifié. Elle ne réussira que si elle sait définir sa géographie, c’est-à-dire l’ensemble des territoires où elle peut conduire un projet utile tant à ses citoyens qu’à la paix et à la prospérité dans le monde. » Recteur Gérard-François Dumont, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne, Président de la revue Population et Avenir. (Source : Diploweb, http://www.diploweb.com)

 

                                                                                              Elsa GLOMBARD



[1] Préparée et proposée par Jean Monnet à Robert Schumann et son équipe en avril et mai 1950

 


Encadré sur la Roumanie

  

 

Depuis la chute de Ceausescu en 1989, après plus de quarante ans d’autarcie communiste, la Roumanie apparaît comme un pays très appauvri avec des ressources en déclin et un potentiel industriel réduit. Le pays a poursuivi ses progrès concernant une économie de marché viable. La mise en œuvre des mesures prévues et des réformes devrait permettre à la Roumanie de faire face, à moyen terme, aux pressions concurrentielles et aux forces du marché au sein de l’Union européenne. Des progrès constants sont enregistrés dans l’adoption de l’acquis communautaire mais l’application de la législation communautaire est perturbée par les capacités limitées de l’administration roumaine. A l’heure actuelle, en Roumanie, dont l’adhésion européenne est programmée pour le 1er janvier 2007, les mutations sociales sont importantes mais les progrès économiques restent modestes.

I- Carte d’identité

Nom : Roumanie

Capitale : Bucarest

Situation : au Sud-est de l’Europe Centrale

Climat : continental tempéré ; quatre saisons

Relief : montagnes, collines, plaines, delta du Danube

Population : 21.680.976 (1er mars 2003 ; Source : Institut National de Statistique)

Nationalités : Roumains 89,5%, Hongrois 6,5%, Roms (Tziganes) 2,5 %, autres 1,5%.

Religions : orthodoxes 86,7%, catholiques romains 4,7%, protestants 3,2%, gréco-catholiques 0,9%, évangéliques 0,1%, unitariens 0,3%, divers 0,4%.

Statut : République, membre de l’OTAN; en voie d’intégration dans l’Union européenne.

Président de la Roumanie : Traian Băsescu, libéral

Pouvoir législatif : le Parlement de Roumanie, qui comprend 485 membres dans la législature 2000-2004, est bicaméral : le Sénat roumain a 140 membres et la Chambre des Députés 345 membres.

L’unité monétaire roumaine est le leu (le pluriel « lei » se prononce comme « lait »).

L’héritage culturel du peuple roumain remonte aux Romains qui se sont établis le long du cours inférieur du Danube. Sa langue est sa culture portent la marque de leur origine latine et ont été influencées par celles des peuples voisins.

Le roumain est la langue officielle du pays. D’origine latine, elle s’apparente à plusieurs autres langues romanes et s’écrit avec l’alphabet romain. Le français et l’anglais sont largement parlés en Roumanie, tandis que le hongrois et l’allemand le sont dans certaines régions.

Les minorités en Roumanie

Actuellement, 22 minorités ethniques (Hongrois, Allemands, Tartares, Croates …) sont reconnues en Roumanie. Cependant, malgré ce nombre élevé, chacune de ces minorités jouit d’une reconnaissance et d’une protection de l’Etat roumain.

En effet, en Roumanie, l’article 6 de la Constitution prévoit que la langue officielle de l’Etat roumain est la langue roumaine. Cependant, l’article 7 de la Constitution prévoit que dans les relations particulières (conversations téléphoniques, correspondance), dans le domaine de l’industrie, du commerce, de la religion ou au cours d’assemblées publiques, dans la presse et dans les publications de toute nature les citoyens roumains peuvent pratiquer librement et sans aucune restriction la langue de leur choix.

Par exemple, la minorité hongroise est représentée au niveau politique et culturel par l’Union Démocratique Magyare de la Roumanie (UDMR). Dans le domaine de l’enseignement, il y a à Cluj l’université en langue magyare Babes-Bolyai. La télévision publique inclut deux heures d’émission par semaine en langue hongroise et la radio publique présente chaque jour une heure d’émission en langue hongroise.

De même, pour la minorité allemande, il y a 166 écoles maternelles de langue germanique (presque 5600 élèves), 120 écoles et sections allemandes et 14 sections universitaires de langue allemande regroupant 1600 étudiants.

 

 

II- Rappels historiques

  La Roumanie est une île de latinité dans une mer de Slaves. Elle est liée à l’Europe par le Danube, et proche de l’Orient par la Mer Noire.

  Dès les premières formes d’organisations d’Etat au XVIIIème siècle, la culture et la civilisation roumaines ont connu le mélange des courants européen et oriental (l’architecture, par exemple, est influencée par les deux courants, la peinture est influencée par la tradition byzantine et bien intégrée dans la religion).

  Du XIVème au XVIIème siècles, les Roumains ont été le seul peuple de l’Europe du Sud-Est qui ait gardé son autonomie.

  Mais la situation de la future Roumanie s’aggrave au XVIIIème siècle quand l’Autriche et la Russie annexent des territoires roumains : la Bucovine est occupée par les Autrichiens en 1775 et la Bessarabie par les Russes en 1812.

  L’événement le plus important du XIXème siècle a été l’unification de la Moldavie et de la Valachie en un seul Etat sous Al.I.Cuza (1859) prince réformateur qui a appelé le nouvel Etat : la Roumanie.

  Mais un prince autochtone ne pouvait suffire pour obtenir un soutien international suffisant pour faire entendre la voix d’un petit pays au carrefour des empires des Habsbourg, des Russes et des Ottomans. La classe politique roumaine a dû alors chercher un candidat lié aux grandes familles régnantes en Europe et leur choix s’est porté sur les princes allemands de la famille de Hohenzollern- Sigmaringen.

  Ainsi, Charles I de Roumanie (Carol I) a été proclamé prince-régnant en mai 1866. Un régime de monarchie constitutionnelle s’est installé jusqu’en 1947. Sous Charles I (couronné roi en 1881) la Roumanie s’est vue reconnaître l’indépendance lors du congrès de Berlin en 1878.

  La Première Guerre mondiale

En 1914, les Roumains choisissent la neutralité. Mais à la mort du roi Carol I, son successeur, Ferdinand I de Roumanie se joint aux Alliés, qui lui promettent leur soutien pour l’unification avec la Transylvanie. A la suite de la victoire des Alliés (France, Angleterre) en 1918, la Bucovine, la Transylvanie et la Bessarabie sont rattachées à la « Grande Roumanie » (traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919).

La période de l’entre-deux-guerres

Grâce à sa production de pétrole et au début de son industrialisation, la Roumanie connaît une croissance économique très importante (en 1938, le PIB était d’environ 100 dollars/habitant, au dessus du celui du Portugal ou de la Grèce (à titre de comparaison celui de la France était à la même époque de 270 dollars/habitant), une certaine stabilité politique (vie politique parlementaire et associative dans le cadre de la monarchie constitutionnelle, dominée par le parti libéral et par le parti conservateur), reconnaissance internationale (en 1930 et 1931, le Roumain Nicolae Titulescu devînt Président de la Société des Nations, soit l’équivalence du Secrétaire général de l’ONU aujourd’hui), un développement culturel de renommée européenne (Constantin Brancusi- apprenti de Rodin ; Eugène Ionesco- considéré comme le père du théâtre de l’absurde, auteur de La cantatrice chauve, Les chaises, La leçon ; Mircea Eliade, grand historien des religions, auteur du Traité d’histoire des religions, Emil Cioran, philosophe auteur de L’inconvénient d’être né).

Dans cette période, la Roumanie était aussi connue sous l’appellation du « grenier à blé de l’Europe ». En effet, la Roumanie occupait en Europe la première place pour l’exportation de maïs (suivie de la Russie, de la Bulgarie et de la Serbie) et la quatrième place pour l’exportation de blé.

 

La Seconde Guerre mondiale

A l’été 1940, l’Italie et l’Allemagne imposent à la Roumanie de rendre la Transylvanie du Nord à la Hongrie et la Dobroudja du Sud (Cadrilater) à la Bulgarie.

En septembre 1940, les « Gardes de Fer » (1) portent au pouvoir le maréchal Ion Antonescu. Charles II de Roumanie abdique et son fils Michel I de Roumanie (Mihai) qui lui succède ne conserve qu’un rôle purement honorifique. Antonescu met en place un régime nationaliste d’extrême droite nommé l’« Etat national légionnaire ». La Roumanie rejoint alors l’Axe Rome-Berlin en novembre 1940.  

Pendant la Campagne de Russie (1942), les armées roumaines se battent aux côtés des Allemands contre la Russie et cela dans l’espoir de récupérer les territoires occupés par les Soviétiques.

En août 1944, le Roi et les chefs des partis historiques, décident l’arrestation du maréchal Ion Antonescu, la sortie des forces de l’Axe et continuent la lutte armée à côté des Alliés. A partir du 23 août, l’armée roumaine attaque et désarme partout dans le pays les troupes allemandes favorisant ainsi l’entrée rapide des troupes Soviétiques. Selon les estimations de certains historiens occidentaux, l’entrée en guerre de la Roumanie à côté des Alliés, a permis d’éviter la mort de centaines de milliers de soldats russes et à accéléré la fin de la Seconde Guerre mondiale de 6 mois.

L’armistice signé en septembre 1944 donne en pratique tous pouvoirs aux autorités soviétiques. En septembre 1946, des élections, souhaitées par l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique, donnent dans un climat d’intimidation générale et de fraudes massives, 71% des voix aux communistes.

Par le traité du 1er février 1947, les Russes gardent le contrôle de la Bessarabie, de la Bucovine du Nord et du Sud de la Dobroudja, qu’ils partagent entre les républiques soviétiques de l’Ukraine, la Moldavie et la nouvelle Bulgarie. La Transylvanie septentrionale, territoire occupé par la Hongrie fasciste est récupérée, suite à la défaite de ce pays resté allié de l’Allemagne nazie.

Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, la Roumanie se voit diminuée de près de 60.000 Km2 (deux fois la Belgique) et de 3 millions d’habitants.

Histoire récente

En novembre 1989, la réélection, à l’unanimité du XIVème congrès du Parti communiste de Nicolae Ceausescu au titre de Secrétaire général du Parti Communiste, pouvait laisser croire que le régime roumain échapperait encore à l’effondrement des régimes socialistes que l’on observait dans les pays voisins, et cela en dépit d’une dégradation extrême des conditions de vie dans ce pays.

Un mois après, en décembre 1989, suite aux émeutes qui ont éclaté à Timisoara et à Bucarest, un régime démocratique a pris la suite.

La Roumanie est membre des organismes suivants :

l’Organisation des Nations unies (ONU) ;

• le Fonds monétaire international (FMI) ;

• l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN)

 

III- Situation économique

Jusqu’en 1989, l’économie a été organisée conformément au modèle communiste. Pendant toute cette période une industrialisation à marche forcée a été imposée à la population, avec de graves conséquences sur le plan social, une grande partie de la population se déplaçant vers les zones industrielles. L’absence de concurrence des produits sur le marché oriental et la chute du système économique communiste ont rendu nécessaire après 1989 la restructuration totale de l’industrie avec des coûts humains et matériels importants.

Après 1989, l’Etat s’est retiré presque totalement de l’économie laissant place, sans transition, à l’économie de marché, basée sur la libre concurrence et l’initiative privée :

  • privatisation des entreprises d’Etat ;
  • privatisation des terres ;
  • élaboration d’un système bancaire et financier dans le cadre d’un marché libre ;
  • convertibilité du leu ;
  • libéralisation des règlements régissant les importations et les exportations ;
  • élaboration d’un régime fiscal moderne.

A l’heure actuelle, les principaux défis économiques de la Roumanie, sont notamment les suivants :

·         réduire l’inflation qui résulte du redressement des prix, par suite de l’élimination progressive des subventions de l’Etat ;

·         faire baisser le chômage qui résulte du fait que les industries non concurrentielles ferment leurs portes ou licencient ;

·         relancer l’activité économique en baisse dans les domaines de la fabrication, de la construction, des transports et de l’agriculture, par suite de la restructuration de l’économie.

 

Par ailleurs, la Roumanie présente pour les investisseurs étrangers, de nombreux avantages :

  • elle jouit d’une excellente situation géographique par rapport au marché de l’Europe centrale et de l’Europe occidentale ;
  • elle possède des richesses naturelles très diverses, dont des terres arables fertiles et un important potentiel touristique ;
  • elle possède d’importantes installations pour la navigation maritime et fluviale (Constanta est le port le plus important de la mer Noire) ;
  • la loi permet à des étrangers de détenir des investissements en propriété exclusive, y compris dans le domaine immobilier ;
  • la Roumanie offre une main d’œuvre qualifiée ayant reçu une formation dans les domaines de la technologie et de l’ingénierie ;
  • le coût de la main d’œuvre y est concurrentiel ;
  • le taux d’imposition applicable aux revenus d’entreprises est « raisonnable » ; (par exemple, l’impôt sur les dividendes est de 15% pour les étrangers en l’absence d’une Convention fiscale ou d’un certificat fiscal (10% dans le cadre de la Convention fiscale franco-roumaine) ; ou bien l’impôt sur le profit est de 16% depuis 2005).

       la Roumanie offre aux investisseurs étrangers des avantages fiscaux, des exonérations de droit de douane et d’autres dispositifs incitatifs (par exemple, les investissements qui répondent à un investissement supérieur à 1 million de dollars US et avec un impact significatif pour l’économie roumaine peuvent bénéficier d’une déduction fiscale complémentaire de 20% de la valeur de l’investissement réalisé jusqu’au 31 décembre 2006. Dans le cas des micro entreprises, celles-ci peuvent choisir entre l’impôt sur le revenu au taux réduit de 3% ou l’impôt sur le profit au taux de droit commun de 16%).

 

IV- Climat social

Une société qui a traversé, pendant un demi-siècle, un système totalitaire guérit difficilement de ses traumatismes. Ainsi, de l’avis même de la population roumaine, le plus dur n’est finalement pas le passage brutal à l’économie de marché, mais l’évolution des mentalités qui s’impose. Eduquée dans l’idée qu’elle ne possède rien et qu’elle n’a aucune responsabilité, une majorité de la population roumaine a du mal à s’adapter aux nouveaux modes de fonctionnement et de comportement qu’implique le passage d’un système de monopole d’Etat à la mise en place d’une véritable économie de marché.

La relance économique dépend en Roumanie de plusieurs facteurs qui sont aujourd’hui loin d’être réunis : elle doit tout d’abord être soutenue par une population épuisée par tant d’épreuves – la population est passée sans transition d’un régime communiste à une situation économique extrêmement difficile : chômage, inflation, perte considérable du pouvoir d’achat… –. Le budget de la Roumanie est assez faible et la classe politique ne peut plus se permettre, comme cela a été trop souvent le cas ces dernières années de vendre des illusions à des gens réellement désespérés.

 

V- Les relations franco-roumaines

« Rarement l’action d’un peuple sur un autre fut plus complète, plus envahissante, plus enveloppante que l’influence française en Roumanie ....On la reconnaît dans toutes les manifestations de l’esprit roumain, en politique aussi bien qu’en législation, dans la littérature aussi bien que dans la conception administrative ou dans la vie sociale ». Pompiliu Eliade « De l’influence française sur l’esprit public en Roumanie au dix-neuvième siècle » Editions Ernest LEROUX, Paris, 1898.

Les relations entre Roumains et Français sont anciennes : en 1396, les chevaliers de Jean de Nevers, fils du duc de Bourgogne, luttèrent contre les Turcs aux côtés des soldats du prince de Valachie Mircea le Vieux.

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, les relations franco-roumaines s’intensifient, notamment par le biais des nombreux commerçants et intellectuels français qui voyageaient dans les Principautés roumaines.

En 1798 : un consulat général est alors ouvert à Bucarest et un vice-consulat à Iasi.

Au XIXème siècle, la plupart des étudiants roumains font leurs études à Paris, acquérant ainsi les riches connaissances qui y étaient prodiguées, mais aussi des idées modernes de renouveau politique et social.

Les rapports entre la Roumanie et la France ont connu un essor particulier après la Première Guerre mondiale. Le diplomate roumain de renommée européenne Nicolae Titulescu a été, sans conteste, l’architecte de ces relations privilégiées (rappelons que pendant la période d’entre-deux-guerres, Nicolae Titulescu a été président de la Société des Nations, équivalent du secrétaire général de l’ONU aujourd’hui).

Bucarest, mis au goût de la modernité sous l’influence de l’architecture parisienne, avec sa vie sociale et artistique imbibée de culture française, prendra le nom de « Petit Paris ». Des professeurs français de grande notoriété vont enseigner dans les universités roumaines. Certains d’entre eux, tel Henri Jacquier, s’établiront définitivement en Roumanie.

La France a manifesté, tant sur le plan officiel qu’au niveau de l’opinion publique, sa sympathie et sa solidarité envers la Révolution roumaine de décembre 1989, qui a entraîné la chute du régime communiste.

Après le 22 décembre 1989, les relations franco-roumaines se sont considérablement développées. Les échanges de visites officielles se sont multipliés, y compris au plus haut niveau, ce qui a permis de poser les bases d’un solide partenariat politique, économique et culturel entre les deux pays. Il convient de souligner notamment le soutien actif de la France en faveur de l’intégration de la Roumanie dans les structures politiques, économiques et de sécurité européennes et euro-atlantiques.

Des rencontres politiques fréquentes

La densité des échanges de visites jusqu’au plus haut niveau témoigne de la qualité du dialogue politique. Ainsi, au deuxième semestre de 2003, le Président Iliescu a effectué une visite officielle en France en novembre et le Premier Ministre Nastase en septembre.

Les visites ministérielles et parlementaires sont fréquentes dans les deux sens.

Une complicité culturelle sans cesse ravivée

Les relations culturelles sont principalement placées sous le sceau de la francophonie. La Roumanie est membre à part entière de l’organisation internationale de la francophonie depuis 1993 et organisera le sommet de la francophonie de septembre 2006 à Bucarest. Une déclaration commune des gouvernements roumains et français a été signée en novembre 2003 qui évoque notamment la préservation de la diversité culturelle et l’attachement au français comme langue européenne.

Dans le domaine éducatif, la France, en coopération avec le ministère roumain de l’éducation, cofinance un projet de relance de l’enseignement bilingue et un ambitieux programme éducatif en milieu rural. Dans l’enseignement supérieur, 14 filières francophones accueillent 2000 étudiants. Des projets de développement de l’enseignement technologique sont en cours. La mobilité des étudiants vers la France a progressé considérablement grâce aux programmes bilatéraux et européens. Elle a été multipliée par six depuis 2000. En 2003, plus de 3000 jeunes roumains poursuivaient leurs études en France.

En 2003, le lancement du programme bilatéral « PAI Brancusi » en matière de recherche a donné un nouvel élan à la coopération scientifique.

Une coopération rayonnante vise à promouvoir la diversité culturelle. Elle repose sur un réseau de quatre centres culturels situés à Bucarest, Iasi, Cluj et Timisoara et cinq alliances françaises à Brasov, Constanta, Pitesti, Ploiesti et Craiova et s’exerce au travers de projets nombreux et pluridisciplinaires. Les initiatives les plus significatives peuvent être citées :

 Organisation régulière d’événements culturels : festival du cinéma, concerts, festival de théâtre francophone ainsi que des rendez-vous annuels comme la Fête de la musique, la Fête de la francophonie, « Lire en fête »...

 Programme de traduction en roumain d’une trentaine d’ouvrages français par an

 En lien avec la chambre de commerce, soutien à la publication de la revue francophone « Regard »

 Accords de partenariat entre la télévision nationale roumaine et des chaînes françaises

 Rencontres périodiques entre professionnels de l’audiovisuel

La Roumanie déploie aussi des efforts substantiels pour la promotion de la culture roumaine en France : création du prix littéraire Ionesco.

 

VI- L’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne

Rappel historique

1999 – A Helsinki, le Conseil européen décide d’ouvrir les négociations avec six pays candidats, parmi lesquels la Roumanie

2000 – Ouverture officielle des négociations d’adhésion avec la Roumanie

2004 – Le Conseil européen recommande la signature du Traité commun pour la Roumanie et la Bulgarie en avril 2005, après l’avis du Parlement européen pour aboutir à une adhésion effective le 1er janvier 2007

2005 – Luxembourg, le 25 avril, le Président de la Roumanie, Traian Basescu et le Premier Ministre bulgare, Simeon de Saxa Coburg signent le Traité d’adhésion à l’Union européenne.

 

La signature d’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne représente une forte motivation pour continuer les réformes et améliorer le climat des affaires. Les compagnies roumaines disposent encore d’un an pour se préparer afin de faire face à la libre concurrence. De ce point de vue, cette adhésion sera pour l’économie roumaine un moment de vérité.

L’intégration de la Roumanie à l’Union européenne est vue plutôt comme un avantage pour les nombreux Etats ( Bulgarie, Pologne, Turquie …) qui souhaitent obtenir une garantie de stabilité en adhérant à une structure paneuropéenne proposant de véritables perspectives économiques. Même si on oublie trop souvent que cette adhésion se fait au prix d’importants sacrifices sociaux, de réformes rapides et difficiles à assimiler par la population. La Roumanie se trouve maintenant dans une période décisive. Cela sera d’ailleurs d’autant plus difficile qu’une fois l’adhésion acquise, malgré de très fortes attentes de la population, la situation économique et sociale du pays ne peut changer du jour au lendemain.

 

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En ce qui concerne l’adhésion à l’Union, il existe deux visions des choses pour la Roumanie.

Selon un scénario optimiste, la Roumanie poursuit les réformes nécessaires pour appliquer les normes européennes et respecter ses engagements pris au cours des négociations d’adhésion. Il s’en suivrait de ce fait, un nouveau rapport des institutions européennes en faveur de l’adhésion de la Roumanie pour le 1er janvier 2007. Les Roumains pourraient alors sabrer le champagne le 1er janvier 2007 à minuit pour fêter à la fois le Nouvel An et son entrée officielle dans la famille européenne. Cinq ans plus tard, la Roumanie pourrait alors adopter la monnaie unique européenne sous réserve de conformité avec les critères de Maastricht.

Selon un scénario pessimiste, la Roumanie ne réussirait pas à faire face au rythme d’application des réformes et la sanction ne tarderait pas : la Commission européenne recommanderait au Conseil des Ministres de reporter l’adhésion d’un an et la Bulgarie adhérerait éventuellement seule à l’Union le 1er janvier 2007.

Pour éviter ce scénario peu réjouissant, la Roumanie va devoir prouver à l’Union qu’elle est capable de mener les engagements pris dans le cadre des différents chapitres des négociations. La Justice et les Affaires intérieures ainsi que la concurrence sont les dossiers qui semblent être les plus difficiles à finaliser. En cas de non accomplissement, l’adhésion de la Roumanie pourrait être retardée d’une année, soit une entrée prévue au 1er janvier 2008. Pour clôturer ces chapitres, les autorités roumaines doivent donc appliquer immédiatement certaines réformes pour assurer le bon déroulement de la justice, la sécurité des frontières de la Roumanie en tant que futur membre de l’Union européenne et favoriser l’installation d’un climat d’affaires stable dans le pays. Ce critère est d’ailleurs extrêmement important pour tout Etat qui souhaite devenir membre du marché unique européen.

 

VII- La politique de sécurité roumaine

La Roumanie située près de la mer Noire et du Caucase, pourrait fournir à l’Occident une plateforme militaire décisive dans les futures opérations contre des attaques terroristes et le crime organisé. Dans cette optique, l’ambition roumaine est de mettre en place une bonne coordination avec les partenaires de l’OTAN et de l’UE dans le processus d’intégration et dans la lutte contre le terrorisme. Le Président de la Roumanie, Traian Basescu, affirme qu’une nouvelle stratégie centrée sur la mer Noire est inévitable si la Roumanie tient à jouer un rôle important dans les batailles liées à la sécurité, à l’immigration, au pétrole et à la lutte contre le terrorisme. « Nous faisons face à plusieurs menaces, car la région de la mer Noire devient un lieu de transit pour le terrorisme et pour les trafics de drogue et d’êtres humains vers l’Union européenne », a soutenu Basescu.

A cet effet, la Roumanie participe activement à l’accomplissement des objectifs du Pacte de stabilité dans l’Europe du Sud-est. Sous l’égide des Nations Unies et de l’OTAN, elle devrait participer aux missions visant la paix et la stabilité dans les Balkans et dans la zone de la Mer Noire. Pour cela, la Roumanie fera tout pour :

Ø intervenir, par l’intermédiaire de la Brigade sud-est Européenne, dans des opérations de prévention des conflits ainsi que dans des opérations humanitaires en collaboration avec l’ONU (Organisation des Nations Unies), l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) ou avec l’UE (Union européenne)

Ø développer les activités du Groupe de coopération navale de la Mer Noire, BLACKSEAFOR pour lutter contre la contrebande et le terrorisme dans le domaine naval ( le groupe contient les pays riverains à la mer Noire : Bulgarie, Roumanie, Russie, Turquie, Ukraine) 

                                                                                                                      Carmen Amaritei

 

Dans le cadre de la politique d’élargissement de l’Union européenne, trois programmes de pré-adhésion, PHARE (aide institutionnelle et application de l’acquis communautaire), ISPA (instrument structurel de pré-adhésion) et SAPARD (soutien agricole au développement rural) ont été mis en place en vue d’une importante assistance financière aux deux pays.

La Bulgarie et la Roumanie, tous deux pays candidats, attendent aujourd’hui le rapport annuel de la Commission en mai 2006 (voir lien avec l’interview de l’Ambassadeur de Roumanie, M. Sabin Pop). Dans ces rapports, la Commission pourrait fixer une date d’adhésion finale ou recommander l’activation de la clause de sauvegarde, ou encore reporter d’un an l’adhésion des deux pays.

Pour en savoir plus : www.amb-roumanie.fr

 

(1)La Garde de Fer fut un mouvement nationaliste, fasciste et antisémite qui exista en Roumanie entre 1927 et le début de la Seconde Guerre mondiale.

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