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L’or
de la Baltique
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Vilnius
Foire de l'Ambre
avec son organisateur Giedrius Guntorius |
Nous sommes à l’embouchure de la
Vistule, au coeur de la vieille ville de Gdansk. Dans le grouillement de la rue
Mariacka, pavée
comme autrefois de ses carreaux de granit, l’ambre est maître
incontesté: sculpté, serti d’argent, il se fait parures
classiques ou futuristes, tableaux, chopes de bière…, et aussi élixirs,
onguents, talismans.
Lumineuse ou opaque, couleur paille,
acajou, et même noire, cette matière étrange, qui recèle des
fossiles d’organismes et d’insectes, a inspiré tant de légendes…Selon
les scientifiques, il y a cinquante millions d’années,
d’immenses forêts de l’Europe septentrionale et orientale sont
avalées sous les flots. De leurs conifères, exsude une résine qui
sera fossilisée, puis
charriée loin de sa terre d’origine à l’ère glaciaire. On la
retrouve dans des poches terreuses, ou entre vingt et deux cents mètres
au fond de la mer Baltique, lorsque celle-ci surgit il y a dix mille
ans. Ambre de terre, pour l’Ukraine, ou pour l’enclave russe de
Kaliningrad. Ambre d’eau, pour la Pologne, la Lituanie… Plus légère
que l’eau salée, cette résine - appelée pour sa couleur “
l’or du Nord”, - se dépose en galets sur les plages. Elle s’électrise
aussi, et se chauffe facilement.
Très tôt, l’ambre devient monnaie
d’échange. Son commerce avec l’Europe septentrionale s’établit
3 000 ans avant J.C., mais ce n’est qu’aux 2 premiers siècles
avant et après J.C. qu’apparaît la grande route de l’Empire
romain menant de la Baltique à l’Adriatique. Depuis l’estuaire
et la vallée de la Vistule, une voie très fluviale passait par la
vallée de l’Oder, puis par la porte de Moravie - dans
l’actuelle République tchèque -, et enfin par la Slovénie
jusqu’à la mer Adriatique. Après les invasions barbares, au VIe
siècle, le commerce de l’ambre sera limité - sauf expéditions -
au nord de l’Europe, avec une apogée pour Gdansk et Königsberg,
- l’actuelle Kaliningrad - aux XVIIe et XVIIIe siècles.
C’est à cette période que le roi de
Prusse Frédéric-Guillaume 1er offre au tsar Pierre le Grand
la célèbre “Chambre d’ambre”, faite de somptueux panneaux sculptés
qui se trouvaient dans la résidence d’été Pouchkine lors de
l’attaque allemande de 1941. Transportés sur ordre d’Hitler à Königsberg, ces éléments
furent cachés…quelque part, en 1944. Après 25 ans de reconstruction
à l’identique avec une aide allemande, ce chef-d’oeuvre, - dont
on cherche encore l’original -, retrouvera ses fastes en 2003 pour
les 300 ans de Saint-Pétersbourg.
Jusqu’au XIXe siècle surtout ramassé
sur les rivages, l’ambre s’extrait aussi aujourd’hui de carrières
ouvertes.
Mais
dans l’enclave de Kaliningrad qui renferme 90% des réserves
mondiales, - pour une production d’objets au dernier rang -
l’exploitation s’est effondrée avec un affaiblissement du
Combinat de l’ambre à la fin de l’URSS, la dégradation du matériel,
et l’épuisement comme semble-t-il l’inondation de mines…Des réformes
sont envisagées, mais soumises à des facteurs complexes. La
contrebande, elle, prolifère.
La récolte traditionnelle n’étant
plus très productive et l’extraction en mer sous contrôle
strict, la Pologne et la Lituanie, qui n’ont pas de mines et dépendent
pour l’essentiel de Kaliningrad, se cherchent des réserves. Une
mine pourrait s’ouvrir sur une presqu’île de la baie de Gdansk.
En parallèle, la chute de l’URSS et la
réouverture des frontières ont entraîné un regain d’inventivité
dans l’artisanat de l’ambre, que l’on constate déjà en
Pologne, en Lituanie, et même à Kaliningrad, ce qui change de la
banalisation du XXe siècle et rappelle les époques de grandeur.
Le Lituanien Giedrius Guntorius a choisi
2004 pour créer à Vilnius “Amber Trip”, Foire internationale
de la Baltique pour la joaillerie, véritable défi transmué depuis
en succès croissant. Producteurs d’objets, marchands et créateurs
venus de partout se rencontrent en mars près des gisements les plus
anciens et les plus importants de cette résine énigmatique qui se
retrouve aussi en Roumanie, en Sibérie, au Liban, au Mexique, au
Canada, en République dominicaine….
Foire internationale de l’ambre,
Vilnius: ad@ambertrip.com
Claude Olga Infante
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2006, année de la musique slovaque
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La
Philharmonie slovaque et
son
chef principal Vladimir Vàlek |
Bella, Moyzes, Rajter…Autour
de 3 anniversaires, 2006 est Année de la musique slovaque, - une de
ces années de commémoration qui, “portées par des stratégies
distinctes, ont en commun de valoriser l’histoire comme ciment
identitaire, et d’être un marqueur des mutations sociales,
politiques et géographiques contemporaines”, comme le dit Patrick
Garcia, chercheur au CNRS.
Et c’est bien de cela
qu’il s’agit, pour un peuple qui pendant si longtemps a vu sa
terre liée à d’autres entités: inclus dès le Xe siècle dans
le royaume de Hongrie, le territoire slovaque fera ensuite de ce
fait partie de l’empire des Habsbourg, puis sera en 1918 intégré
dans l’État tchéchoslovaque jusqu’au divorce de velours de fin
1992, – avec seulement une courte période d’indépendance de
1939 à 1945.
Capitale de la Hongrie
pendant 300 ans, lieu du couronnement des rois et très
aristocratique, la ville de Presbourg - aujourd’hui Bratislava –
jouit d’une tradition musicale prestigieuse, qui fut dominée par
l’opéra et surtout par les oeuvres religieuses, où s’est
illustré le compositeur et pianiste virtuose Johann Nepomuk Hummel.
Au XIXe siècle, Ján
Levoslav Bella est le premier à vraiment transcrire en musique les
émergences identitaires, tandis qu’Alexander Moyzes, né en 1906,
prendra le relais pour fonder le symphonisme slovaque, et qu’Eugen
Suchoň et Cikker donneront à l’opéra ses marques, en
puisant originellement dans le folklore. Les courants contemporains
sont encore peu présents dans les années 30, avec des exceptions
comme Alexander Albrecht. Et plus tard aussi, les poussées
d’avant-garde menées notamment par Ilja Zeljenka seront, pour
l’essentiel, étouffées par les quarante années de communisme.
En points forts de cette année hors-série initiée par le Centre
de musique slovaque: le premier concours international Alexander
Moyzes pour oeuvres symphoniques et de chambre, avec cet hiver à
Bratislava un concert autour des oeuvres lauréates; des CDs, des
CDRoms et des livres, - dont une étude sur les nombreuses orgues
souvent somptueuses de ce pays très catholique -; et, entre
classique, contemporain, jazz et folk, des collaborations avec
toutes formes d’événements en Slovaquie et à l’étranger.
Au 9e festival Melos-Ethos du Centre de musique slovaque, les
divers courants et générations d’interprètes et de
compositeurs, - d’Ilja Zeljenka, aux Godár, Matej, Burlas,…
jusqu’aux tout jeunes -, fourmilleront plus que jamais. Pour sa
part, le vénérable Théâtre national - opéra, ballet, théâtre
-, en phase d’ouverture au contemporain comme avec l’opéra
“Les Joueurs” de Juraj Beneš
-, a présenté pour l’occasion un
ballet commandé à Peter Žagar, “Le songe d’une nuit d’été”.
Avec son répertoire bâti par le chef et compositeur Ľudovít Rajter
à sa formation en 1949, la Philharmonie slovaque s’impliquera
sans nul doute aussi, entre autres lors du Festival de musique de
Bratislava, créé en automne il y a 42 ans, et dont chaque édition
aujourd’hui assied la renommée. Le tout avec des voix comme la
soprano Lubica Vargicová ou le ténor Miroslav Dvorský qui, présences
vibrantes sur les grandes scènes internationales, nous rappellent
aussi les immenses Lucia Popp ou Edita Gruberová.
2006 succède à 1996 en tant qu’Année de la musique slovaque.
Elles auront toutes deux été là après un grand tournant.
Claude Olga
Infante
Centre de musique de Slovaquie :
www.hc.sk
Festival de musique de Bratislava :
www.bhsfestival.sk
Théâtre national slovaque :
www.snd.sk
J.L.Bella: 1843 - 1936; A. Moyzes: 1906 – 1984; L. Rayter : 1906
– 2000
Music Centre Slovakia : www.hc.sk
Bratislava Music Festival : www.bhsfestival.sk
Slovak National Theater : www.snd.sk
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Festivals
d'affiches, de Chaumont à Varsovie
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“ Dans leur microcosmique simplicité,
les affiches de
Tomaszewski recèlent le même monde infini que
celui d’une seule fleur disposée dans sa
solitude ”.
Shigeo Fukuda, designer
japonais
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Essor
industriel et production de masse créent au milieu du XIXe siècle
un besoin de “réclame”. Les affiches envahissent les villes
mais n’ont pas de qualité artistique. L’art publicitaire
n’est pas né.
C’est
avec Jules Chéret, créateur de talent et lithographe averti qui
sait enfin maîtriser la couleur, que ce genre issu de la rue
devient “art” et trouve à partir de 1860 la spécificité et
l’élan qui le feront s’imposer en France puis ailleurs dans le
monde.
Après
la “chérette” immuablement gracieuse, on passera de la Goulue
au Pendu et à des couleurs chahutées pour les personnages véridiques
et sans concessions de Toulouse-Lautrec. Avec ce dernier, avec un
Bonnard et des maîtres de l’Art nouveau comme Mucha et ses femmes
aux cheveux infinis, le genre atteindra son zénith dans les années
1880-1890 avant de s’essouffler à la fin du siècle. Il fera peau
neuve après la guerre dans un style aux dessins géométriques
comme celui de Cassandre, imité jusque dans les années 40.
Par
dizaines, les expositions se succèdent en Europe et aux États-Unis
après la première tenue dans le cadre de l’Exposition
universelle de 1889. L’ "affichomanie" bat son plein.
Les
temps bougent, et tout aussi : seconde guerre mondiale avec prise de
relais par les États-Unis et évolution des concepts publicitaires,
reconstruction d’après-guerre et apparition d’autres médias
comme le cinéma, la radio et surtout la télévision avec ses
spots, - l’affiche doit redéfinir sa fonction et son langage
graphique.
La
Pologne a largement contribué à promouvoir l’affiche au rang
d’oeuvre d’art dans le monde à partir de 1950. Tadeusz
Trepkowski, Henryk Tomaszewski, Eryk
Lipiński…, autant de maîtres
majeurs qui créent alors les bases de
cette “École polonaise” réputée dont l’empreinte fut des
plus marquantes. Avec à ses origines un rappel de l’affiche française
de Chéret ou de Toulouse-Lautrec. Protégée de la concurrence par
l’État, l’affiche polonaise sera très florissante dans les années
60.
En 1966
naît à Varsovie la première Biennale internationale de
l’affiche au monde, suivie 2 ans plus tard du pionnier des musées
de l’affiche, près du palais de Wilanów.
40 ans
donc et 20e édition pour cette biennale qui, à partir de juin
prochain, s’assortira de manifestations spéciales,
d’expositions, du concours traditionnellement orienté sur 3 thèmes
-l’idéologie,
la culture, la publicité-, et d’un prix Jeunes talents sous le
nom cette année de Tomaszewski, ce maître incontesté de
l’affiche culturelle disparu en 2005.
Quant au Festival international de l’affiche
et des arts graphiques de Chaumont, il aborde sa 17e mouture avec,
de mai à juin, la suite de son tour inédit de la scène européenne
entamé en 2004. On y parle cette fois de la création berlinoise,
engagée, et qui “attente aux habitudes de voir”, représentée
par 5 studios ou créateurs, par Frieder Grindler, mondialement
connu pour ses affiches de théâtre, et par le spécialiste de la
communication liée à l’action politique Sandy Kaltenborn. Avec
concours, ateliers, intense participation des
jeunes, présentations d’oeuvres du plasticien Michel Quarez et de
bien d’autres.
Et là aussi, un hommage à Tomaszewski,
avec qui le graphiste Pierre Bernard, co-directeur artistique du
festival, dit avoir découvert “ la problématique fondamentale de
la communication visuelle authentique, le fait que chaque acte de
graphisme constitue un départ de dialogue, une invitation à la
conversation, une offre de partage culturel”.
Festival international de l’affiche et des
arts graphiques de Chaumont – 13mai-25 juin 2006 :
www.ville-chaumont.fr/festival-affiches
Biennale internationale d’affiches, Wilanów
- 3 juin-24sept. 2006
:
www.postermuseum.pl
Claude
Olga Infante
Le
musée d'art moderne Danubiana
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Danubiana,
en Slovaquie |
On était pour, ou contre. On
lui donnait un an à vivre. Mais Danubiana, en Slovaquie, va
maintenant sur ses six ans.
Lancé comme un bateau sur
une presqu’île du Danube, dans un triangle formé par la
Slovaquie, l’Autriche et la Hongrie, ce musée d’art moderne se
trouve aussi dans une zone fertilisée par le barrage de Gabcicovo,
- là où se préparent, à 15 km de Bratislava, de vastes aires de
loisirs.
“Nous confrontons la création
venue de l’étranger avec celle des artistes slovaques, qui ont
souvent trouvé ici le seul lieu où être exposés” dit Vincent
Polakovič, directeur de ce projet qu’il a créé avec le Néerlandais
Gerard H. Meulensteen, mécène et propriétaire des lieux.
Tous deux font bien sûr
leurs choix et chaque courant ne peut être là, mais Danubiana a déjà
présenté bon nombre d’artistes slovaques du plus haut niveau:
l’architecte du musée Peter Žalman, le sculpteur Milan Lukáč,
le peintre Peter Pollág et bien d’autres pour la génération
d’aujourd’hui. Pour les “références”, un hommage a été
rendu à 10 lauréats récents du prix Martin Benka, ce fondateur du
modernisme slovaque du XXe siècle. Avec en figures incontournables,
le maître du graphisme fantastique Albín Brunovský ou Josef
Jankovič, peintre initiateur de l’avant-garde. Leurs oeuvres
ont ici côtoyé celles d’autres créateurs célèbres comme le Néerlandais
Karel Appel, - dont fut
montée la plus grande rétrospective de tableaux à ce jour - , le
sculpteur
espagno
l
Martín Chirino, ou la Polonaise Magdalena Abakanowicz qui
impressionne toujours avec ses immenses sculptures humaines sans têtes.
Outre la revue d’art
existante, Danubiana prévoit une série de publications sur les
artistes slovaques – ce qui manque fortement dans le paysage de ce
pays.
Le nombre des visiteurs
augmente chaque année de 20%.
Créé dans une période où
le soutien traditionnel de l’état à la culture est remis en
cause, et où les initiatives personnelles, timides, ne sont pas
favorisées par la législation sur le mécénat, Danubiana est le
plus gros investissement privé dans l’art en Slovaquie.
Il y a bien au centre de
Bratislava un lieu d’exposition destiné depuis des années à
l’art plastique et au design contemporains, mais il ne fonctionne
pas comme tel, faute de
décisions sur son mode d’exploitation. Alors les
artistes se créent leurs espaces comme l’a fait Tranzit,
qui, de ses anciens hangars industriels, de rencontres en
expositions, propose des stratégies de communication créatives et
de nouvelles approches de l’art et de la société.
…Et
dans la petite ville conservatrice de Medzilaborce, en bordure de
l’Ukraine, on tombera sur l’insolite musée dédié à Andy
Warhol, ce roi du pop art et du New York des années 70, qui,
soi-disant “venu de nulle part”, était issu de Ruthènes émigrés
à Pittsburg depuis le fin fond de la Slovaquie.
Ce pays à la population peu
nombreuse de quelque cinq millions et demi d’habitants sait
qu’il doit aussi prendre soin de son passé, garant de son identité:
la section Musées et Galeries du ministère de la culture vient
d’élaborer un indispensable projet de conservation-réhabilitation-modernisation,
qu’il reste à approuver et à financer, sur plusieurs années.
Entre controverses et publics
divers, entre recours aux “produits” de la culture
internationale et quêtes de particularismes, et de réformes
publiques en initiatives privées ou mixtes de tous styles, un
paysage artistique nouveau et une économie de la culture
“normale”, lentement, se mettent en place.
Danubiana –Meelensteen Art Museum : www.danubiana.sk
Tranzit : www.tranzit.org
Musées slovaques divers :
www.muzeum.sk
Claude
Olga Infante
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