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le webzine sur l'Europe de l'Association Jean Monnet - N° 9 / Avril  2006 

ça se passe en Europe

 


L’or de la Baltique

 

Vilnius
Foire de l'Ambre
avec son organisateur Giedrius Guntorius

 Nous sommes à l’embouchure de la Vistule, au coeur de la vieille ville de Gdansk. Dans le grouillement de la rue Mariacka, pavée comme autrefois de ses carreaux de granit, l’ambre est maître incontesté: sculpté, serti d’argent, il se fait parures classiques ou futuristes, tableaux, chopes de bière…, et aussi élixirs, onguents, talismans.

Lumineuse ou opaque, couleur paille, acajou, et même noire, cette matière étrange, qui recèle des fossiles d’organismes et d’insectes, a inspiré tant de légendes…Selon les scientifiques, il y a cinquante millions d’années, d’immenses forêts de l’Europe septentrionale et orientale sont avalées sous les flots. De leurs conifères, exsude une résine qui sera  fossilisée, puis charriée loin de sa terre d’origine à l’ère glaciaire. On la retrouve dans des poches terreuses, ou entre vingt et deux cents mètres au fond de la mer Baltique, lorsque celle-ci surgit il y a dix mille ans. Ambre de terre, pour l’Ukraine, ou pour l’enclave russe de Kaliningrad. Ambre d’eau, pour la Pologne, la Lituanie… Plus légère que l’eau salée, cette résine - appelée pour sa couleur “ l’or du Nord”, - se dépose en galets sur les plages. Elle s’électrise aussi, et se chauffe facilement.

Très tôt, l’ambre devient monnaie d’échange. Son commerce avec l’Europe septentrionale s’établit 3 000 ans avant J.C., mais ce n’est qu’aux 2 premiers siècles avant et après J.C. qu’apparaît la grande route de l’Empire romain menant de la Baltique à l’Adriatique. Depuis l’estuaire et la vallée de la Vistule, une voie très fluviale passait par la vallée de l’Oder, puis par la porte de Moravie - dans l’actuelle République tchèque -, et enfin par la Slovénie jusqu’à la mer Adriatique. Après les invasions barbares, au VIe siècle, le commerce de l’ambre sera limité - sauf expéditions - au nord de l’Europe, avec une apogée pour Gdansk et Königsberg, - l’actuelle Kaliningrad - aux XVIIe et XVIIIe siècles.

C’est à cette période que le roi de Prusse Frédéric-Guillaume 1er offre au tsar Pierre le Grand la célèbre “Chambre d’ambre”, faite de somptueux panneaux sculptés qui se trouvaient dans la résidence d’été Pouchkine lors de l’attaque allemande de 1941. Transportés sur ordre d’Hitler à Königsberg, ces éléments furent cachés…quelque part, en 1944. Après 25 ans de reconstruction à l’identique avec une aide allemande, ce chef-d’oeuvre, - dont on cherche encore l’original -, retrouvera ses fastes en 2003 pour les 300 ans de Saint-Pétersbourg.

Jusqu’au XIXe siècle surtout ramassé sur les rivages, l’ambre s’extrait aussi aujourd’hui de carrières ouvertes. Mais dans l’enclave de Kaliningrad qui renferme 90% des réserves mondiales, - pour une production d’objets au dernier rang - l’exploitation s’est effondrée avec un affaiblissement du Combinat de l’ambre à la fin de l’URSS, la dégradation du matériel, et l’épuisement comme semble-t-il l’inondation de mines…Des réformes sont envisagées, mais soumises à des facteurs complexes. La contrebande, elle, prolifère.

La récolte traditionnelle n’étant plus très productive et l’extraction en mer sous contrôle strict, la Pologne et la Lituanie, qui n’ont pas de mines et dépendent pour l’essentiel de Kaliningrad, se cherchent des réserves. Une mine pourrait s’ouvrir sur une presqu’île de la baie de Gdansk.

En parallèle, la chute de l’URSS et la réouverture des frontières ont entraîné un regain d’inventivité dans l’artisanat de l’ambre, que l’on constate déjà en Pologne, en Lituanie, et même à Kaliningrad, ce qui change de la banalisation du XXe siècle et rappelle les époques de grandeur.

Le Lituanien Giedrius Guntorius a choisi 2004 pour créer à Vilnius “Amber Trip”, Foire internationale de la Baltique pour la joaillerie, véritable défi transmué depuis en succès croissant. Producteurs d’objets, marchands et créateurs venus de partout se rencontrent en mars près des gisements les plus anciens et les plus importants de cette résine énigmatique qui se retrouve aussi en Roumanie, en Sibérie, au Liban, au Mexique, au Canada, en République dominicaine….

Foire internationale de l’ambre, Vilnius: ad@ambertrip.com

 

 

Claude Olga Infante

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2006, année de la musique slovaque

La Philharmonie slovaque et

son chef principal Vladimir Vàlek

Bella, Moyzes, Rajter…Autour de 3 anniversaires, 2006 est Année de la musique slovaque, - une de ces années de commémoration qui, “portées par des stratégies distinctes, ont en commun de valoriser l’histoire comme ciment identitaire, et d’être un marqueur des mutations sociales, politiques et géographiques contemporaines”, comme le dit Patrick Garcia, chercheur au CNRS.

Et c’est bien de cela qu’il s’agit, pour un peuple qui pendant si longtemps a vu sa terre liée à d’autres entités: inclus dès le Xe siècle dans le royaume de Hongrie, le territoire slovaque fera ensuite de ce fait partie de l’empire des Habsbourg, puis sera en 1918 intégré dans l’État tchéchoslovaque jusqu’au divorce de velours de fin 1992, – avec seulement une courte période d’indépendance de 1939 à 1945.

Capitale de la Hongrie pendant 300 ans, lieu du couronnement des rois et très aristocratique, la ville de Presbourg - aujourd’hui Bratislava – jouit d’une tradition musicale prestigieuse, qui fut dominée par l’opéra et surtout par les oeuvres religieuses, où s’est illustré le compositeur et pianiste virtuose Johann Nepomuk Hummel.

Au XIXe siècle, Ján Levoslav Bella est le premier à vraiment transcrire en musique les émergences identitaires, tandis qu’Alexander Moyzes, né en 1906, prendra le relais pour fonder le symphonisme slovaque, et qu’Eugen Suchoň et Cikker donneront à l’opéra ses marques, en puisant originellement dans le folklore. Les courants contemporains sont encore peu présents dans les années 30, avec des exceptions comme Alexander Albrecht. Et plus tard aussi, les poussées d’avant-garde menées notamment par Ilja Zeljenka seront, pour l’essentiel, étouffées par les quarante années de communisme.

En points forts de cette année hors-série initiée par le Centre de musique slovaque: le premier concours international Alexander Moyzes pour oeuvres symphoniques et de chambre, avec cet hiver à Bratislava un concert autour des oeuvres lauréates; des CDs, des CDRoms et des livres, - dont une étude sur les nombreuses orgues souvent somptueuses de ce pays très catholique -; et, entre classique, contemporain, jazz et folk, des collaborations avec toutes formes d’événements en Slovaquie et à l’étranger.

Au 9e festival Melos-Ethos du Centre de musique slovaque, les divers courants et générations d’interprètes et de compositeurs, - d’Ilja Zeljenka, aux Godár, Matej, Burlas,… jusqu’aux tout jeunes -, fourmilleront plus que jamais. Pour sa part, le vénérable Théâtre national - opéra, ballet, théâtre -, en phase d’ouverture au contemporain comme avec l’opéra “Les Joueurs” de Juraj Beneš -, a présenté pour l’occasion un ballet commandé à Peter Žagar, “Le songe d’une nuit d’été”. Avec son répertoire bâti par le chef et compositeur Ľudovít Rajter à sa formation en 1949, la Philharmonie slovaque s’impliquera sans nul doute aussi, entre autres lors du Festival de musique de Bratislava, créé en automne il y a 42 ans, et dont chaque édition aujourd’hui assied la renommée. Le tout avec des voix comme la soprano Lubica Vargicová ou le ténor Miroslav Dvorský qui, présences vibrantes sur les grandes scènes internationales, nous rappellent aussi les immenses Lucia Popp ou Edita Gruberová.

2006 succède à 1996 en tant qu’Année de la musique slovaque. Elles auront toutes deux été là après un grand tournant.

 

Claude Olga Infante

 

Centre de musique de Slovaquie : www.hc.sk

Festival de musique de Bratislava : www.bhsfestival.sk

Théâtre national slovaque : www.snd.sk

J.L.Bella: 1843 - 1936; A. Moyzes: 1906 – 1984; L. Rayter : 1906 – 2000

Music Centre Slovakia : www.hc.sk

Bratislava Music Festival : www.bhsfestival.sk

Slovak National Theater : www.snd.sk

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Festivals d'affiches, de Chaumont à Varsovie

 

 Dans leur microcosmique simplicité, les affiches de Tomaszewski recèlent le même monde infini que celui d’une seule fleur disposée dans sa solitude ”.

Shigeo Fukuda, designer japonais

 

Essor industriel et production de masse créent au milieu du XIXe siècle un besoin de “réclame”. Les affiches envahissent les villes mais n’ont pas de qualité artistique. L’art publicitaire n’est pas né.

C’est avec Jules Chéret, créateur de talent et lithographe averti qui sait enfin maîtriser la couleur, que ce genre issu de la rue devient “art” et trouve à partir de 1860 la spécificité et l’élan qui le feront s’imposer en France puis ailleurs dans le monde.

Après la “chérette” immuablement gracieuse, on passera de la Goulue au Pendu et à des couleurs chahutées pour les personnages véridiques et sans concessions de Toulouse-Lautrec. Avec ce dernier, avec un Bonnard et des maîtres de l’Art nouveau comme Mucha et ses femmes aux cheveux infinis, le genre atteindra son zénith dans les années 1880-1890 avant de s’essouffler à la fin du siècle. Il fera peau neuve après la guerre dans un style aux dessins géométriques comme celui de Cassandre, imité jusque dans les années 40.

Par dizaines, les expositions se succèdent en Europe et aux États-Unis après la première tenue dans le cadre de l’Exposition universelle de 1889. L’ "affichomanie" bat son plein.

Les temps bougent, et tout aussi : seconde guerre mondiale avec prise de relais par les États-Unis et évolution des concepts publicitaires, reconstruction d’après-guerre et apparition d’autres médias comme le cinéma, la radio et surtout la télévision avec ses spots, - l’affiche doit redéfinir sa fonction et son langage graphique.

La Pologne a largement contribué à promouvoir l’affiche au rang d’oeuvre d’art dans le monde à partir de 1950. Tadeusz Trepkowski, Henryk Tomaszewski, Eryk Lipiński…, autant de maîtres majeurs qui créent alors les bases de cette “École polonaise” réputée dont l’empreinte fut des plus marquantes. Avec à ses origines un rappel de l’affiche française de Chéret ou de Toulouse-Lautrec. Protégée de la concurrence par l’État, l’affiche polonaise sera très florissante dans les années 60.

En 1966 naît à Varsovie la première Biennale internationale de l’affiche au monde, suivie 2 ans plus tard du pionnier des musées de l’affiche, près du palais de Wilanów.

40 ans donc et 20e édition pour cette biennale qui, à partir de juin prochain, s’assortira de manifestations spéciales, d’expositions, du concours traditionnellement orienté sur 3 thèmes -l’idéologie, la culture, la publicité-, et d’un prix Jeunes talents sous le nom cette année de Tomaszewski, ce maître incontesté de l’affiche culturelle disparu en 2005.

Quant au Festival international de l’affiche et des arts graphiques de Chaumont, il aborde sa 17e mouture avec, de mai à juin, la suite de son tour inédit de la scène européenne entamé en 2004. On y parle cette fois de la création berlinoise, engagée, et qui “attente aux habitudes de voir”, représentée par 5 studios ou créateurs, par Frieder Grindler, mondialement connu pour ses affiches de théâtre, et par le spécialiste de la communication liée à l’action politique Sandy Kaltenborn. Avec concours, ateliers, intense participation des jeunes, présentations d’oeuvres du plasticien Michel Quarez et de bien d’autres.

Et là aussi, un hommage à Tomaszewski, avec qui le graphiste Pierre Bernard, co-directeur artistique du festival, dit avoir découvert “ la problématique fondamentale de la communication visuelle authentique, le fait que chaque acte de graphisme constitue un départ de dialogue, une invitation à la conversation, une offre de partage culturel”.

Festival international de l’affiche et des arts graphiques de Chaumont – 13mai-25 juin 2006 :
 
www.ville-chaumont.fr/festival-affiches
Biennale internationale d’affiches, Wilanów - 3 juin-24sept. 2006 :  
www.postermuseum.pl

 Claude Olga Infante

 

 

Le musée d'art moderne Danubiana

Danubiana, en Slovaquie

On était pour, ou contre. On lui donnait un an à vivre. Mais Danubiana, en Slovaquie, va maintenant sur ses six ans.

Lancé comme un bateau sur une presqu’île du Danube, dans un triangle formé par la Slovaquie, l’Autriche et la Hongrie, ce musée d’art moderne se trouve aussi dans une zone fertilisée par le barrage de Gabcicovo, - là où se préparent, à 15 km de Bratislava, de vastes aires de loisirs.

“Nous confrontons la création venue de l’étranger avec celle des artistes slovaques, qui ont souvent trouvé ici le seul lieu où être exposés” dit Vincent Polakovič, directeur de ce projet qu’il a créé avec le Néerlandais Gerard H. Meulensteen, mécène et propriétaire des lieux.

Tous deux font bien sûr leurs choix et chaque courant ne peut être là, mais Danubiana a déjà présenté bon nombre d’artistes slovaques du plus haut niveau: l’architecte du musée Peter Žalman, le sculpteur Milan Lukáč, le peintre Peter Pollág et bien d’autres pour la génération d’aujourd’hui. Pour les “références”, un hommage a été rendu à 10 lauréats récents du prix Martin Benka, ce fondateur du modernisme slovaque du XXe siècle. Avec en figures incontournables, le maître du graphisme fantastique Albín Brunovský ou Josef Jankovič, peintre initiateur de l’avant-garde. Leurs oeuvres ont ici côtoyé celles d’autres créateurs célèbres comme le Néerlandais Karel Appel,  - dont fut montée la plus grande rétrospective de tableaux à ce jour - , le sculpteur espagno l Martín Chirino, ou la Polonaise Magdalena Abakanowicz qui impressionne toujours avec ses immenses sculptures humaines sans têtes.

Outre la revue d’art existante, Danubiana prévoit une série de publications sur les artistes slovaques – ce qui manque fortement dans le paysage de ce pays.

Le nombre des visiteurs augmente chaque année de 20%.

Créé dans une période où le soutien traditionnel de l’état à la culture est remis en cause, et où les initiatives personnelles, timides, ne sont pas favorisées par la législation sur le mécénat, Danubiana est le plus gros investissement privé dans l’art en Slovaquie.

Il y a bien au centre de Bratislava un lieu d’exposition destiné depuis des années à l’art plastique et au design contemporains, mais il ne fonctionne pas comme tel, faute  de décisions sur son mode d’exploitation. Alors les  artistes se créent leurs espaces comme l’a fait Tranzit, qui, de ses anciens hangars industriels, de rencontres en expositions, propose des stratégies de communication créatives et de nouvelles approches de l’art et de la société.

 …Et dans la petite ville conservatrice de Medzilaborce, en bordure de l’Ukraine, on tombera sur l’insolite musée dédié à Andy Warhol, ce roi du pop art et du New York des années 70, qui, soi-disant “venu de nulle part”, était issu de Ruthènes émigrés à Pittsburg depuis le fin fond de la Slovaquie.

Ce pays à la population peu nombreuse de quelque cinq millions et demi d’habitants sait qu’il doit aussi prendre soin de son passé, garant de son identité: la section Musées et Galeries du ministère de la culture vient d’élaborer un indispensable projet de conservation-réhabilitation-modernisation, qu’il reste à approuver et à financer, sur plusieurs années.

Entre controverses et publics divers, entre recours aux “produits” de la culture internationale et quêtes de particularismes, et de réformes publiques en initiatives privées ou mixtes de tous styles, un paysage artistique nouveau et une économie de la culture “normale”, lentement, se mettent en place.

 

Danubiana –Meelensteen Art Museum : www.danubiana.sk

Tranzit : www.tranzit.org

Musées slovaques divers : www.muzeum.sk

 

Claude Olga Infante

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