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I.
Comment la Roumanie a vécu la période qui a suivi la chute du
communisme ?
La
révolution de 1989 n’a pas marqué seulement la chute du
communisme mais aussi l’entrée de la Roumanie dans une période
de profondes transformations, parfois douloureuses, avec des hauts
et des bas, à travers lesquelles une grande partie des structures
politiques et économiques de l’ancien régime ont été écartées
et remplacées par de nouvelles structures, qui ne sont pas forcément
plus performantes.
C’est
le moment où la société roumaine s’est « ré-ouverte »
vers la civilisation et vers les valeurs occidentales, c’est-à-dire
vers un espace politique, économique et culturel auquel la Roumanie
a toujours appartenu.
Expression
directe de ces transformations, les citoyens roumains ont regagné
leurs droits et leurs libertés démocratiques fondamentales. Le
système politique, caractérisé par l’existence du parti-état,
c’est-à-dire du parti unique, a été remplacé par le
pluripartisme. Le résultat a été tout un « éventail »
de partis politiques démocratiques couvrant tout le spectre
politique roumain. Et en même temps, avec la victoire de la Révolution
de 1989, le peuple roumain a pu élire librement ses représentants
pour les nouvelles institutions démocratiques du nouvel Etat de
droit. La Roumanie est passée d’une structure d’économie
centralisée et de commande (conformément au modèle économique
d’avant 1989) à une économie soumise aux lois concurrentielles
du libre marché.
II.
A ce jour, quels sont, selon vous, les points forts et les points
faibles de la Roumanie dans le processus d’intégration à
l’Union européenne ?
Si
j’essaie d’énumérer les points forts de la Roumanie dans son
processus d’intégration européenne, je mentionnerais d’abord
le grand soutien de la part de la quasi-totalité de l’opinion
publique roumaine à l’objectif d’adhésion de la Roumanie à
l’Union européenne. D’ailleurs, tous les partis politiques
roumaines, parlementaires ou non, ont inscrit cet objectif stratégique
en place prioritaire dans leurs agendas de politique extérieure.
N’oublions
pas que la Roumanie va représenter, dans sa qualité de futur
membre de l’Union européenne à 27, le 7ème Etat du
point de vue de la dimension démographique et le 8ème
du point de vue de la superficie. Mon pays possède un potentiel
agricole remarquable, la Roumanie étant considérée entre les deux
guerres comme le greniers à blé de l’Europe. La force de travail
est bien qualifiée et disciplinée, les travailleurs roumains étant
très appréciés partout en Europe. Et dernière chose non négligeable,
en qualité de futur membre de l’Union européenne, la Roumanie
peut apporter une contribution importante pour promouvoir la PESC/PESA
de l’Union européenne et pour contrôler les flux de
l’immigration illégale provenant des Etats du Moyen Orient, de la
Mer Caspienne et de l’Asie Centrale.
N’oublions
pas qu’avec l’admission de la Roumanie, l’Union européenne
deviendra riveraine de la Mer Noire, et que plus de 70% du besoin énergétique
des Etats occidentaux provient ou transite par cette région. En
conséquence, mon pays détiendra une position stratégique
importante dans le domaine de la sécurité de l’espace de
l’Union européenne, à côté des autres partenaires
communautaires.
Concernant
les points faibles, je mentionnerais d’abord ceux qui sont
relatifs à un manque d’esprit d’initiative, visible surtout
parmi la population âgée, dû à la longue période vécue sous le
système communiste, une capacité administrative encore
insuffisante avec des conséquences directes sur la capacité
d’absorption des fonds communautaires, la division des propriétés
agricoles (ce qui influence directement la productivité du travail
dans ce secteur), ainsi que le niveau des infrastructures de
transport encore sous la moyenne communautaire.
III.
Pensez-vous que les relations franco-roumaines historiquement privilégiées
soient toujours d’actualité ?
Les
relations franco-roumaines ont connu à la fois une longue et
glorieuse histoire. La France a toujours su être à côté de la
Roumanie dans tous les moments importants de notre histoire. Je
commencerai par l’Union des Principautés roumaines en 1859, à
l’époque de Alexandru Ioan Cuza. J’évoquerai ensuite la
constitution de la Grande Roumanie, après la fin de la première
guerre mondiale, et pour ne pas trop entrer dans les détails
historiques, je m’arrêterais à la période d’après décembre
1989, commencée par la chute du régime communiste de notre pays et
le soutien accordé dès le début par la France à toutes les démarches
roumaines de réintégration dans la communauté occidentale pour
que la Roumanie soit admise dans l’OTAN et dans l’UE.
A
présent, la Roumanie représente pour la France un important allié
au sein de l’OTAN grâce à sa contribution pour la stabilité et
la sécurité de l’espace euro-atlantique, un partenaire économique
et un milieu d’investissement très attractif ainsi qu’un futur
membre significatif de l’UE-27. En même temps, il est important
de souligner que la France et la Roumanie partagent une vision
identique ou convergente sur le futur de la construction européenne
et sur plusieurs points inscrits dans l’agenda européen. Les deux
pays ont des objectifs communs et je crois qu’il suffit que je
mentionne la politique agricole commune, le développement rural,
l’édification de la dimension de sécurité et de défense de
l’UE ou le modèle social européen. En plus de ça, la Roumanie
représente pour la France un vrai pôle de latinité et un vrai
pivot de la francophonie internationale, le plus important,
d’ailleurs dans l’Europe centrale et orientale.
IV.
Etes-vous optimiste sur les perspectives d’adhésion de la
Roumanie dès le 1er janvier 2007 ?
Je
suis plus qu’optimiste, et suis complètement convaincu par la
capacité de mon pays à atteindre l’objectif de l’intégration
européenne en suivant le calendrier établi par le Conseil européen
pour le 1er janvier 2007. Il me faut mentionner que cet
optimisme connaît un autre ressort, dirais-je, toujours aussi
important. Il s’agit du soutien politique, moral et financier reçu
d’une manière ferme et permanente par la Roumanie dès le
lancement de la 5ème extension de l’UE, et cela de la part de
partenaires et alliés traditionnels au niveau européen, parmi
lesquels la France s’est toujours trouvée au premier rang.
V.
Les autorités roumaines envisagent-elles des manifestations
particulières pour célébrer la prochaine adhésion ?
Les
autorités roumaines ont en vue un riche calendrier de
manifestations destinés à marquer le moment symbolique de
l’admission de la Roumanie dans l’UE, le 1er janvier
2007 aussi bien dans le pays que dans les Etats voisins. En ce qui
me concerne, l’Ambassade de Roumanie à Paris se propose de
marquer cet événement de référence dans l’histoire d’après
décembre 1989 de notre pays par l’organisation de conférences,
de séminaires, d’événements culturels avec la participation de
personnalités de prestige de la sphère politique, économique,
sociale ou culturelle. Certaines de ces manifestations sont déjà
finalisées, et d’autres sont en cours de l’être.
VI.
Selon vous, le contexte historique – et les valeurs fondatrices
(paix, ouverture, tolérance, recherche de l’intérêt commun…)
- de la construction européenne, démarrée à l’ouest de
l’Europe avec l’acte du 9 mai 1950, déclaration de Robert
Schuman proposée par Jean Monnet, sont-ils connus en Roumanie ?
Des milieux universitaires, des milieux politiques, dans les écoles,
dans la population ? (Si ce n’est pas suffisamment le cas,
pensez-vous qu’il puisse être utile d’envisager une politique
d’information spéciale destinée à ces publics ?)
Le
début de la construction européenne est bien connu en Roumanie,
surtout par les catégories jeunes et dynamiques de la population.
D’ailleurs, la problématique européenne fait l’objet de
nombreux cours universitaires, post-universitaires et doctoraux qui
jouissent d’un grand intérêt de la part des jeunes.
D’autre
part, les autorités roumaines ont mis au point, en tant que partie
intégrante de la stratégie nationale, une large promotion et
popularisation des principes de la construction européenne parmi
les citoyens. Le but étant une meilleure familiarisation avec les
institutions communautaires, des droits et des obligations qu’ils
auront en qualité de futurs citoyens de l’Union européenne.
* * * *
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Darina Karova
Interview
de Darina Kárová
Directrice du Festival international de théâtre de Nitra -
Divadelná Nitra, Slovaquie
8 février 2006
Théâtre Andrej Bagar,
siège du Festival international de théâtre de Nitra (http://www.nitrafest.sk)
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| Photo
de Pavol Mayer |
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CEDH:
Vous êtes fondatrice du plus grand festival international de théâtre
de Slovaquie, -
Divadelná Nitra. Vous en êtes aussi la
directrice, sur une base de réélection tous les 4 ans. Comment a
évolué cet événement, qui fêtera ses 15 ans en septembre
prochain ?
Darina Kárová: Divadelná Nitra
est une initiative non gouvernementale, qui, dans son esprit de
liberté, s’est parfois durement confronté au contexte politique
et social slovaque. Sa vulnérabilité économique est le
prix de son indépendance. À sa création en 92, le festival reçoit
une aide de 84% de l’état qui, à cette époque, soutient encore
massivement les activités culturelles, surtout internationales.
Cette subvention passe à zéro en 1997, sous le gouvernement
ultra-nationaliste de Vladimir Mečiar, qui dure de 94 à 98. Le
festival va par la suite se stabiliser et se développer, - avec le
défi d’être prêt pour septembre avec des accords de subventions
en mai. Dans les moments cruciaux, Divadelná aura survécu grâce
à l’aide des pays européens - aujourd’hui de 25% -, et du privé.
CEDH: De quelle façon
s’est, en parallèle, développée la programmation ?
Darina Kárová: À partir de 1997, nous
inversons la part spectacles étrangers/spectacles slovaques - les
premiers passent à 10 environ et les nationaux entre 3 et 5. De
plus, nos possibilités comme nos choix propres nous font depuis
lors privilégier les “découvertes”, plutôt que des célébrités
comme Peter Brook, Philippe Genty ou Rodrigo Garcia, que nous
recevions au début avec des jeunes plutôt venus de l’“Est”.
Nombreux sont nos ex “étoiles
montantes” aujourd’hui très connus, tels les metteurs en scène
Jan Antonín Pitínský (Rép.Tchèque), Andreas Kriegenburg
(Allemagne), Eric Lacascade (France) … Grâce à nos contacts dans
35 pays toujours à l’affût de courants et talents nouveaux, ce
festival plutôt petit sur la scène internationale peut offrir une
alternative stimulante à des événements plus importants mais plus
conservateurs.
CEDH: Votre festival
fonctionne par thèmes. Vous nous donnez quelques exemples ?
Darina Kárová: Les thèmes viennent de
notre programmation, - novatrice, parfois provocatrice, qui veut
susciter controverses et réflexions sur des sujets d’actualité
ou touchant à l’intime. En
2004, “Approchez la vérité” reflétait la tendance des créateurs
à questionner au coeur leurs publics sur la responsabilité
politique, le déclin des valeurs, le suicide…La ligne 2005
pourrait venir du programme OFF – Open Festival Forum -,
“Toujours Jeunes”, où les lectures de pièces portent sur la déification
de la jeunesse. Médecins, psychologues, cosmétologues, seront là
pour en parler.
CEDH: Que diriez
vous de votre public ?
Darina Kárová: L’attirer a été un
challenge. Le début des années 90 connaît une crise du public: la
politique s’accapare tout, avec la fin du communisme, la séparation
d’avec les Tchèques, la période Mečiar.
Et après 40 ans de “normalisation”,
ce public non préparé à la critique est submergé par une culture
commerciale de type anglo-saxon, celle des reality shows, de la
publicité…qui séduit aussi d’emblée les jeunes. On veut la même
chose au théâtre: l’aseptisé, les fausses émotions, au mieux
l’approche bourgeoise.
On n’aime guère aussi se rappeler ceux
du “bloc” passé, à l’exception de ses amis tchèques - et la
billetterie s’en ressent, quand le festival invite des
Lithuaniens, des Estoniens…
Tout cela, avec un programme qui dérange.
À Varsovie par exemple, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski
vit la même situation.
CEDH: Vous avez
pourtant trouvé des
modes d’approches ?
Darina Kárová: Oui, en créant 2 pôles,
avec des spectacles significatifs au niveau international et une
semaine de fête dans la ville, des activités régionales, des
ateliers pour enfants, des concerts…ainsi que des films, des
lectures de pièces dans le OFF... Un faisceau d’activités pour
attirer des non initiés ou les jeunes, - avec qui nous faisons un
gros travail éducatif -, et
les faire s’intéresser aux spectacles principaux.
Et puis si le contenu des spectacles est
sérieux, la forme est attractive, à la lisière des genres, entre
danse et art visuel, tragique ou burlesque… On rit souvent, de bon
coeur, ou dans la profondeur - c’est ça, l’avant-garde
d’aujourd’hui.
CEDH:
Comment réagissent les médias ?
Darina Kárová: Les
rapports sont très bons avec les télévisions privées, et nous ne
sommes plus interdits comme à la mi 90 sur la télévision
publique, – mais nous
restons sans
captation de nos spectacles, connus pour leur haut niveau, mais
jugés peu commerciaux. Côté presse, des annonces, mais pas de
critiques, ce
qui est une situation tragique et quasi générale en Slovaquie au
niveau artistique. Il n’y a pas de dotation régulière pour les périodiques
d’information liés à la réflexion, et les quotidiens ne donnent
pas l’espace nécessaire à leurs journalistes - de toute façon
pas formés pour ça. Et ce d’autant moins que le théâtre de
Nitra, très contemporain, exige un langage adapté. Les critiques
nous viennent de l’extérieur, via la quarantaine de journalistes
étrangers présents au festival.
CEDH: Cette
situation est aigue, mais partout ailleurs en Europe, en Amérique
du nord, on s’interroge aussi sur la place de la critique dans le
domaine artistique et sur la part grandissante prise par l’événementiel.
Darina Kárová: C’est vrai, et même
si les critiques tchèques ont eu pendant 10 ans un espace de réflexion
que n’ont pas eu les Slovaques, ils vivent aussi ces problèmes.
Tous se réuniront bientôt sur le thème “La mort de la
critique”…
CEDH: Dans votre
position de festival international, et compte tenu de vos
orientations, quels sont
vos échanges avec les professionnels du théâtre en Slovaquie
?
Darina Kárová: Avec un milieu encore en
recherche d’identité entre divertissement et questionnements
profonds, les choix ne sont pas évidents. Ceci dit, en 14 ans et
dans le seul programme principal, il y a eu 110 oeuvres slovaques
pour 130 étrangères, avec des mises en scène par les plus noms
les plus établis de Slovaquie, - Blahoslav Uhlár, Roman Polák, ou
par une génération plus jeune: Rastislav Ballek, Martin
Čičvák…
Notre collaboration avec les
professionnels, c'est d'ouvrir une confrontation avec des courants
dont ils ont longtemps été coupés, via les spectables et des
rencontres et ateliers avec les nombreuses personnalités
internationales présentes au festival. C’est en outre toutes formes de
promotions pour les acteurs, les créateurs, ou pour des initiatives
comme celles de l’Institut du Théâtre - l’Atelier de la
traduction, ou Nova Drama, écho des tendances nouvelles en
dramaturgie. Avec, en événement depuis 10 ans, la remise des prix
Dosky de la saison théâtrale nationale.
Entre Charybde et Sylla, nous avons créé
un pont… encore insuffisamment utilisé.
CEDH: Que
pouvez-vous dire du milieu culturel slovaque ?
Darina Kárová: Politiquement très
polarisé et mobilisé au début des années 1990, ce milieu est
aujourd’hui en phase de désillusion et de lassitude, ce qui ne
l’aide pas à se concerter pour faire des propositions cohérentes
au gouvernement. En cette période de reconstruction où le
politique et l’économique ont primé, c’est aussi l’atmosphère
sociale même, - où l’on se cherche ses moyens d’adaptation -,
qui n’incite pas à s’ouvrir à la culture.
Il faut espérer que les mouvements
d’aujourd’hui sur, par exemple, des questions anciennes comme
l’achèvement du nouveau Théâtre national conçu il y a 25 ans,
perdureront au-delà des législatives anticipées du 17 juin
prochain pour déboucher sur une vraie prise en considération de la
culture - et sur la volonté d’agir en interaction et à long
terme dans ce domaine.
CEDH: Parmi les
nombreux festivals créés dans les années 1990, à la fin du
communisme, pouvez-vous nous en citer quelques-uns dans la lignée
de Divadelná Nitra ?
Darina Kárová: On trouve en Pologne
“Kontact” et “Dialogue”, “Divaldo” en République tchèque,
le festival de Sibiu en Roumanie, “Baltic House” à St
Petersbourg. Et aussi le “Festival Bitef”, plus ancien, à
Belgrade, - avec d’autres… Autour d’une pluralité de thèmes,
ils sont tous très ambitieux sur les échanges culturels.
CEDH: Vos objectifs,
vos souhaits particuliers à ce jour ?
Darina Kárová: Trouver un sponsor
principal, quelqu’un qui ne voudrait pas que des célébrités,
mais apprécierait la décou verte et les remises en cause,…dans
une ville qui n’est pas Bratislava, mais à 90 km de là. Nous
aimerions aussi devenir un médiateur de la création, partie
prenante dans une coproduction spécialement conçue pour le
festival, et ne plus être seulement
inspirateur ou présentateur.
Divadelná Nitra 2006: du 22 au 27
septembre
Institut du Théâtre:
www.theatre.sk
Claude
Olga Infante
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