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Voyage
chez les Tziganes de Slovaquie,
Karl-Markus Gauss,
L'Esprit des péninsules, 2005
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"Que feras-tu dans une semaine, dans un
mois, dans un an ? Où veux-tu vivre plus tard ? "
K.M. Gauss |
“Dans un bidonville,
l’essentiel ce n’est ni la misère ni la violence, ce n’est
pas non plus le chômage ou la décrépitude – l’essentiel,
c’est son invisibilité.”
Bien au-delà des
bidonvilles, Karl-Markus Gauss pointe tout ce qu’on ne veut pas
voir, lorsqu’il décrit sa découverte des communautés romes de
Slovaquie. Arpenteur critique des terres européennes, cet essayiste
et journaliste autrichien qui vit à Salzbourg, s’avoue lui-même
plus qu’ailleurs dramatiquement confronté “à la nécessité
d’accepter d’autres modes de vie que le sien.”
Éradiqués en centaines de
milliers par les nazis, pour qui non sédentarité voulait dire dégénérescence,
les Roms sont ensuite enrôlés dans “la sécurité désuète que
le paternalisme du réalisme socialiste accordait à ses sujets…Égaux
parmi les égaux, à la condition de ne plus être différents…”
On les parque dans des cités prolétaires, on disperse les clans
protecteurs, on stérilise en masse. Métiers traditionnels,
langage, culture, ne sont plus que des tares.
En héritage, confinés dans
des bidonvilles ou lotissements-ghettos aux portes de villes comme
Košice,
Prešov,
Svinia, des Roms se retrouvent à végéter sans repères de temps
ni d’histoire, et parfois “proches de l’auto-destruction.”
Marqués par cette “longue histoire de discrimination” et “ne
sachant comment faire valoir leurs droits”, ils ne répondent au
recensement de 2001 que pour 90 000 alors qu’ils sont entre 350 et
500 000.
C’est à Svinia que Gauss
rencontre les Degesi, ces mangeurs de chiens “intouchables”, venant après les Roms,
qui sont les hommes, et après les Ciganik,
les brigands, dans un système
de castes comme en Inde, leur principale terre d’origine à tous.
Actions humanitaires qui démarrent,
enthousiasmes “bien intentionnés”,...Gauss les constate, comme
il déplore pour l’essentiel leur non efficacité, - et comme il dénonce
aussi l’hypocrisie de l’Europe tout entière, car la question
rome, loin de là, n’est pas un défi pour la Slovaquie seule.
Souvent sarcastique, sans
fioritures et sans apitoiements de bon aloi, l’auteur nous mène
crûment dans les fonds de cette communauté qui est la plus large
minorité paneuropéenne. Il n’apporte pas de réponse, mais des
pistes, des réflexions cruciales, et des questions sans
complaisance sur une nécessité, une responsabilité, et des enjeux
collectifs.
Précisons qu’en 2005, 8
pays d’Europe centrale et orientale, dont la Hongrie, la République
tchèque, la Roumanie et la Slovaquie, ont créé un plan décennal
d’insertion pour les Roms. Klara Orgovanova, qui est depuis 2001
conseillère du gouvernement slovaque sur ce sujet, oeuvre sans relâche
à la mise en place de programmes visant cette minorité, - dont
elle fait partie, et qui compte 140 000 “marginalisés”
-, pour l’impliquer et lui permettre, comme à l’université de
Nitra, de se réapproprier son histoire, sa langue et ses différences.
Il y a de vraies prises de conscience, et de vraies volontés.
Des moments comme le dernier
festival de musique de Bratislava, où le violoniste slovaque
Dalibor Karvay, membre de la communauté rome, a été Lauréat de la
Tribune internationale des jeunes interprètes*, sont là aussi pour
nous rappeler d’autres réalités et ces espoirs, tout comme la
manière si propre à ce peuple de nous livrer de ces secrets qui ne
passent que par la musique.
* Collaboration Conseil
International de la musique, Unesco, Union européenne de Radio-Télévision
Décennie pour l’intégration
des Roms – 2005-2015 : www.romadecade.org
Du même auteur : De
l’Autriche (et de quelques Autrichiens)
- 2000 - Voyages au bout de l’Europe
- 2003
Claude Olga Infante
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