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le webzine sur l'Europe de l'Association Jean Monnet - N° 9 / Avril 2006

Voyage chez les Tziganes de Slovaquie
Karl-Markus Gauss, 
L'Esprit des péninsules, 2005

"Que feras-tu dans une semaine, dans un mois, dans un an ? Où veux-tu vivre plus tard ? "   K.M. Gauss

“Dans un bidonville, l’essentiel ce n’est ni la misère ni la violence, ce n’est pas non plus le chômage ou la décrépitude – l’essentiel, c’est son invisibilité.”

Bien au-delà des bidonvilles, Karl-Markus Gauss pointe tout ce qu’on ne veut pas voir, lorsqu’il décrit sa découverte des communautés romes de Slovaquie. Arpenteur critique des terres européennes, cet essayiste et journaliste autrichien qui vit à Salzbourg, s’avoue lui-même plus qu’ailleurs dramatiquement confronté “à la nécessité d’accepter d’autres modes de vie que le sien.”

Éradiqués en centaines de milliers par les nazis, pour qui non sédentarité voulait dire dégénérescence, les Roms sont ensuite enrôlés dans “la sécurité désuète que le paternalisme du réalisme socialiste accordait à ses sujets…Égaux parmi les égaux, à la condition de ne plus être différents…” On les parque dans des cités prolétaires, on disperse les clans protecteurs, on stérilise en masse. Métiers traditionnels, langage, culture, ne sont plus que des tares.

En héritage, confinés dans des bidonvilles ou lotissements-ghettos aux portes de villes comme Košice, Prešov, Svinia, des Roms se retrouvent à végéter sans repères de temps ni d’histoire, et parfois “proches de l’auto-destruction.” Marqués par cette “longue histoire de discrimination” et “ne sachant comment faire valoir leurs droits”, ils ne répondent au recensement de 2001 que pour 90 000 alors qu’ils sont entre 350 et
500 000.

C’est à Svinia que Gauss rencontre les Degesi, ces mangeurs de chiens “intouchables”, venant après les Roms, qui sont les hommes, et après les Ciganik, les brigands, dans un système de castes comme en Inde, leur principale terre d’origine à tous.

Actions humanitaires qui démarrent, enthousiasmes “bien intentionnés”,...Gauss les constate, comme il déplore pour l’essentiel leur non efficacité, - et comme il dénonce aussi l’hypocrisie de l’Europe tout entière, car la question rome, loin de là, n’est pas un défi pour la Slovaquie seule.

Souvent sarcastique, sans fioritures et sans apitoiements de bon aloi, l’auteur nous mène crûment dans les fonds de cette communauté qui est la plus large minorité paneuropéenne. Il n’apporte pas de réponse, mais des pistes, des réflexions cruciales, et des questions sans complaisance sur une nécessité, une responsabilité, et des enjeux collectifs.

Précisons qu’en 2005, 8 pays d’Europe centrale et orientale, dont la Hongrie, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie, ont créé un plan décennal d’insertion pour les Roms. Klara Orgovanova, qui est depuis 2001 conseillère du gouvernement slovaque sur ce sujet, oeuvre sans relâche à la mise en place de programmes visant cette minorité, - dont elle fait partie, et qui compte 140 000 “marginalisés” -, pour l’impliquer et lui permettre, comme à l’université de Nitra, de se réapproprier son histoire, sa langue et ses différences. Il y a de vraies prises de conscience, et de vraies volontés.

Des moments comme le dernier festival de musique de Bratislava, où le violoniste slovaque Dalibor Karvay, membre de la communauté rome, a été Lauréat de la Tribune internationale des jeunes interprètes*, sont là aussi pour nous rappeler d’autres réalités et ces espoirs, tout comme la manière si propre à ce peuple de nous livrer de ces secrets qui ne passent que par la musique.

* Collaboration Conseil International de la musique, Unesco, Union européenne de Radio-Télévision

  Décennie pour l’intégration des Roms – 2005-2015 : www.romadecade.org

Du même auteur : De l’Autriche (et de quelques Autrichiens)  - 2000 - Voyages au bout de l’Europe  - 2003

 

 

Claude Olga Infante

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