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Sylvestre
II
Gerbert
d’Aurillac
Pape
savant
Bâtisseur
d’Europe
(v.940
– 1003)
I
- Une éducation européenne
II
- Grand Écolâtre et
esprit universel
III
– Conseiller des grands et bâtisseur d’Europe
En
juin 2005, des fresques illustrant la vie de Gerbert, devenu en 999
le premier pape français sous le nom de Sylvestre II, ont été
inaugurées dans l’église de Saint-Simon (Cantal), commune qui
s’honore de sa naissance. Ces fresques ont été réalisées par
un éminent peintre hongrois, Gàbor Szinte, titulaire de la chaire
des Beaux-arts à l’Université de Budapest. Elles illustrent de
manière à la fois naïve et symbolique la vie de Gerbert
d’Aurillac, modeste pâtre auvergnat qui devint conseiller des
grands et accéda au pontificat suprême à une époque où
l’Europe prenait un tournant décisif en s’organisant autour des
premières nations.
L’Aquitaine [1]
(940 ?-967)
Sans
doute né à Belliac, petit hameau appartenant aujourd’hui à la
commune de Saint-Simon, Gerbert fut peut-être tout d’abord un
modeste pâtre des plateaux du Cantal.
D’origine paysanne, et même probablement serve, il dut
pourtant être remarqué pour son intelligence puisqu’il fut envoyé
comme oblat
à l’abbaye bénédictine de Saint-Géraud d’Aurillac, dépendant
de l’abbaye de Cluny[2]
, afin d’y faire son éducation (selon une anecdote fantaisiste,
il aurait été « recruté » par l’abbé au milieu de
ses chèvres). Gerbert est donc aquitain, détail d’importance
puisque cette vaste partie de la France garde plus qu’au Nord le
souvenir des apports culturels romains (le droit romain en
particulier). Par ailleurs l’Auvergne est considérée à l’époque
comme une région très riche.
La Catalogne (967-970)
Au
monastère de Saint-Géraud, Gerbert est recommandé à Borrell,
comte de Barcelone, venu à Aurillac pour y épouser Ledgarde, fille
du comte de Rouergue[3].
Le comte l’enverra poursuivre ses études dans les abbayes
catalanes de Vich et de Ripoll. Là, il est initié pendant trois
ans (967–970) au «quadrivium » dont ces deux abbayes s’étaient
fait la spécialité. Il s’agissait d’un enseignement
fondamental réunissant la géométrie, l’arithmétique, la
musique et l’astronomie, toutes sciences perfectionnées par les
Grecs et transmises en partie à l’Europe grâce aux traductions
arabes après le grand incendie de la bibliothèque d’Alexandrie[4].
À
l’époque, la Catalogne constituait la « marcha franca »
séparant le califat de Cordoue du royaume franc, avec l’Elbe pour
frontière naturelle[5].
On raconte d’ailleurs (anecdote probablement plus que fantaisiste,
selon Pierre Riché[6])
que Gerbert se serait déguisé en musulman pour visiter la bibliothèque
de Cordoue, riche de 400 à 600 000 volumes. Il est vrai que des
savants du monde entier, tant musulmans que chrétiens et juifs la
fréquentaient assidûment et c’est à partir de Cordoue que les
sciences arabes et une grande partie de l’héritage grec furent
transmis dans toute l’Europe. C’est cette circulation du savoir,
à laquelle a largement contribué le futur pape, qui a initié la
renaissance de la culture en Occident, tant dans le domaine
scientifique qu’en littérature et, plus particulièrement, en poésie[7].
Mais
la bibliothèque de Ripoll est déjà d’une richesse inespérée
pour notre apprenti moine savant.
Il y découvre les œuvres de Boèce, des traités
d’arpentage, des ouvrages d’Isidore de Séville[8]
et une école musicale où les moines recopient les partitions avec
la notation neumatique
catalane. De plus, à Barcelone, Gerbert a pu rencontrer Sunifred
Lobet, traducteur de l’arabe en catalan avec qui il entretiendra
plus tard une correspondance dans l’objectif de pouvoir disposer
de ses traductions.
Très
vite Gerbert d’Aurillac se passionne pour l’astronomie (il se
consacre particulièrement au calcul de la précession des équinoxes[9]),
la physique et l’optique. Certains lui attribuent la réintroduction
des tubes optiques (ambûba)
apparaissant sur certaines miniatures arabes et qui permettaient
d’observer une étoile dans le ciel[10].
Rome (970-972)
En
970, le comte Borrell part pour Rome afin de se faire aider par le
pape dans son projet de libérer l'Église catalane de la tutelle de
l’archevêché de Narbonne. Gerbert fait partie de la suite de
l’évêque Hatton, qui accompagne Borrell. C’est le comte qui a
l’idée de présenter le jeune homme au pape Jean XII et à
l’empereur des Germains[11]
Othon 1er.
Frappés
par ses connaissances scientifiques et surtout arithmétiques, le prélat
et le prince veulent le retenir. Mais l’évêque Hatton est
assassiné à Rome en mai 971 et le projet du comte Borrell échoue.
Il rentre en Catalogne et Gerbert reste quelques mois au service de
l’empereur. Il donne des leçons au jeune Otton II, esprit
intelligent et curieux, et une amitié naît qui jouera son rôle
dans l’avenir de Gerbert et dans celui de l’Europe, notamment du
fait du mariage du jeune Otton avec la princesse
grecque Théophano. Gerbert noue également des relations de
confiance avec l’impératrice Adélaïde, épouse d’Otton Ier
qui, elles aussi prendront tout leur sens plus tard.
Mais
Gerbert a également été distingué par Garannus, archidiacre de
Reims et dialecticien réputé qui dirige une ambassade de Lothaire,
roi de France. Impressionné par les talents du jeune oblat,
Garannus le convainc de le suivre dans sa bonne abbaye de Saint-Rémi
pour parfaire ses connaissances en logique. Gerbert quitte donc Rome
en 972, sans se douter qu’une destinée illustre l’y rappellera
quelques trente ans plus tard.
Otton
Ier le laisse partir à regret. Mais, fin tacticien, il prévoit que
le jeune Gerbert sera un allié à la cour de France, où les
intrigues vont bon train[12].
II
- Grand Écolâtre et
esprit universel
Reims (972-980)
Reims
est en l’An Mil une ville d’importance. Située sur la route de
la Lorraine, d’une superficie de 60 hectares, elle possède un
grand nombre d’églises et une des plus grandes cathédrales du
royaume franc, Notre-Dame de Reims. À une demi-lieue, sur la route
de Lyon, se dresse le monastère de Saint Rémi, dans le bourg du même
nom.
Attirant
de nouveau l’attention d’un personnage puissant et éclairé,
l’archevêque Adalbéron, Gerbert d’Aurillac est d’abord appelé
à enseigner, puis, probablement après la mort de Garannus, nommé
écolâtre de l’école épiscopale située à Saint-Rémi. Reims
ayant été transformée par Adalbéron en un foyer intellectuel et
artistique de grand renom, il devient donc directeur des études de
cette école prestigieuse riche d’une grande bibliothèque.
Gerbert
y aura des élèves promis à un grand destin, comme Robert le
Pieux, fils d’Hughes Capet et Fulbert de Chartres, fondateur de la
célèbre école cathédrale
de la capitale beauceronne. Mais également des intellectuels et
savants de grand renom comme Richer, moine historien qui rédigera
l’unique biographie sur Gerbert d’Aurillac et Bernelin de Paris,
auteur d’un traité sur l’abaque.
Le
programme d’étude établi par l’écolâtre reposait sur la
tradition antique qu’il avait apprise à Saint Géraud et enrichie
grâce à son séjour en Catalogne d’où il a ramené le
quadrivium, connu en Europe du Nord mais pas enseigné.
Les pouvoirs de la rhétorique
Dans
le domaine de la rhétorique étaient enseignées la dialectique
(Aristote) et la logique, simples « préambules »
traduits du grec en latin par Cicéron et commentés par le consul
Marilius en six livres auxquels Gerbert ajoutait onze autres volumes
de différents auteurs tout aussi vénérables. On reconnaît bien là
le programme d’enseignement des anciens sophistes moqués par
Rabelais dans son Gargantua.
Mais il faut croire que, pour la rhétorique en tout cas, il avait
son utilité (ses défauts résidaient davantage dans la manière
d’enseigner que dans le contenu de l’enseignement lui-même). Du
reste, Gerbert commentait également les plus grands poètes de
l'Antiquité, Virgile, Térence sans omettre les satiristes comme
Juvénal et Perse, diffusant ainsi un héritage dont se réjouiront,
quelques siècles plus tard, les plus grands auteurs des
Renaissances italienne puis française.
Mais
c’est surtout grâce à son enseignement scientifique et à
quelques-unes de ses inventions qu’il passera à la postérité.
Il faut savoir qu’avant Gerbert, l’arithmétique n’était étudiée
que dans le domaine du comput (calcul) utilisé pour calculer le calendrier. L’astronomie
était souvent confondue avec l’astrologie, dont la dimension
occulte était déjà dénoncée. Seule la musique était l’objet
de traités spéculatifs au sein de l’école carolingienne.
Gerbert,
pourtant encore loin de la science qu’il acquerra jusqu’à la
fin de ses jours, fait figure à Reims, grâce au savoir qu’il a
acquis en Catalogne, de véritable novateur et presque de prophète
(d’aucuns iront jusqu’à lui assurer une réputation quelque peu
sulfureuse…).
La puissance du nombre
Pour
Gerbert comme pour tous les disciples de Pythagore, ou pour les
lecteurs du Timée de
Platon et des ouvrages de Boèce[13],
le monde a été crée par Dieu à partir du nombre, du rythme et de
l’harmonie. Il est donc fondamental pour tout étudiant d’acquérir
des notions en arithmétique, première des sciences, en géométrie
(développement linéaire du nombre), en astronomie et en musique
(qui, rythmant le temps, est la science des intervalles et des
rapports entre les tons).
Gerbert
aurait également introduit en France le système de numération décimale
que les Arabes de Bagdad ont emprunté aux Persans, eux-mêmes
l’ayant hérité des Indiens[14].
En effet, il a connu en Catalogne les travaux des savants arabes sur
l’arithmétique et il a pu s’en servir pour le perfectionnement
de l’abaque :
il a imaginé de remplacer les jetons multiples par un seul jeton
portant un chiffre arabe (chiffre 7 pour sept jetons, par exemple[15]).
Il fait construire une planchette divisée sur la longueur en
vingt-sept compartiments qu’il numérote avec les neuf chiffres
arabes. Grâce à ce système, agrémenté de mille jetons en corne,
le calcul devient très rapide. Cet ustensile portera plus tard son
nom : abaque de Gerbert.
Le
grand écolâtre de Reims se montre tout aussi inventif en géométrie
(il conçoit un abaque spécifique pour les calculs destinés à
cette science) et en astronomie où il se montre particulièrement
innovant dans l’art de la pédagogie. Il décide en effet de faire
« toucher » par ses élèves des objets par définition
inaccessibles. Et pour cela, il fait construire trois sphères,
toutes plus étonnantes les unes que les
autres.
La
première, en bois, est inclinée obliquement par rapport à
l’horizon et porte le nom des constellations. La deuxième est un
hémisphère où sont indiqués les pôles, les tropiques et l’équateur.
Deux tiges fixées aux pôles permettent de l’orienter en visant
l’étoile polaire, par temps clair. Ce qui impliquait de faire des
observations dans la nature
La
troisième sphère est réservée aux planètes. Un globe armillaire,
composé de simples cercles de métal, contient la Terre en son
milieu. Des clous reliés par des fils de fer et de cuivre représentent
les constellations[16].
Les divines lois de la musique
Gerbert
illustre encore ses talents de pédagogue et de mathématicien dans
le domaine de la musique. Pour mieux comprendre les relations entre
le mouvement musical des sphères célestes[17]
et les sons émis par la voix et les instruments, il construit un
monocorde, sorte de caisse de résonance sur laquelle est tendue une
corde permettant de calculer les vibrations sonores. Cela lui permet
de diviser les sons en tons et demi-tons et en dièses. Il rédigera
à partir de ses expériences un traité sur le monocorde et, sans
doute, un traité sur l’importance de la mesure des tuyaux
d’orgue. Il profitera même plus tard, en 982, de son séjour à
Bobbio, en Italie, pour construire un orgue hydraulique[18].
De
retour à Reims en 984, Gerbert, grâce aux nombreux ouvrages
qu’il a pu consulter à la bibliothèque de Bobbio, parfait ses
connaissances en arithmétique et en astronomie. Il travaille sur la
durée des jours et des nuits et sur les zones climatiques.
Même
si tous les traités qu’on lui attribue ne sont pas tous de lui,
Gerbert d’Aurillac, encyclopédiste avant l’heure, peut être
considéré comme un éveilleur. Il a suscité la curiosité
intellectuelle de nombreux disciples qui ont à leur tour essaimé
dans toutes les régions septentrionales de la Gaule. A tel point
que l’adjectif « gerbertiste » était passé dans le
langage courant : on parlait de saltus
gerberti dans le cas d’une opération difficile (Pierre Riché,
op.cit.).
III
– Conseiller des grands et bâtisseur d’Europe
Si
Gerbert d’Aurillac était fasciné par Boèce, c’était, entre
autres, parce que ce philosophe romain, fidèle à ses antiques modèles,
considérait que, loin d’être une fin en soi, la philosophie
devait mener à la politique[19].
Et, à son tour, notre moine d’Aquitaine influencé également par
Scot Érigène[20],l’un
des philosophes à l’origine de la Seconde Renaissance
carolingienne, considère que l’étude de la philosophie ne doit
pas mener à une meilleure connaissance des textes bibliques mais à
une moins imparfaite compréhension de la gestion d’un État.
C’est
sa nomination comme secrétaire de l’archevêque Adalbéron, à
l’occasion de différents synodes, qui va permettre à Gerbert de
réaliser ses ambitions dans ce domaine.
Naissance d’une dynastie : les Capétiens
Tout
vient peut-être du fait, anecdotique en soi, qu’Adalbéron,
pourtant vassal de Lothaire en tant qu’archevêque de Reims, est né
en Lotharingie. Et, comme souvent, tout commence par une femme...
L’évêque
de Laon, Ascelin était accusé d’avoir entretenu une relation
adultère avec Emma, épouse du roi Lothaire. Otton II[21]
l’ayant accueilli et fait duc de Basse-Lorraine, le roi des Francs
saisit ce prétexte pour tenter de reprendre cet ancien fief
carolingien annexé par la Germanie en 921. Il attaque
Aix-la-Chapelle en 978 et, en représailles, Othon II marche sur
Paris.
Le
duc Hughes Capet[22],
pourtant en conflit avec Lothaire, choisit de prendre le parti de ce
dernier.
L’hiver
venant, Otton repart vers la Germanie et, sur son chemin, s’arrête
au monastère de Saint-Rémi. Et c’est là qu’Adalbéron, dont
on n’a pas oublié qu’il est lotharingien d’origine (et donc
très proche d’Otton) et notre bon Gerbert d’Aurillac jouent un
rôle qui, sans qu’ils en aient pleine conscience, deviendra décisif
pour la suite de l’histoire européenne.
Ils
encouragent pour l’heure le rapprochement des deux rois au détriment
d’Hughes Capet à condition que Lothaire renonce à ses prétentions
sur la Lorraine. Ce qui est chose faite.
L’accalmie
paraissant bien établie, Gerbert suit Otton II en Italie et se
retrouve nommé en 982 abbé de l’illustre monastère de Bobbio,
investi par les grandes familles aristocrates bien décidées à
s’emparer de ses richesses. Il faut croire que non seulement
Gerbert fera son miel des 650 manuscrits de la bibliothèque mais
qu’il y remettra de l’ordre puisque cet épisode jouera plus
tard un grand rôle dans sa carrière ecclésiastique.
Quand
Otton II disparaît prématurément (il a 28 ans) en 983, ne
laissant qu’un très jeune héritier, Gerbert quitte Bobbio.
Lothaire s’efforce de nouveau de conquérir la Lorraine en
soutenant Henri de Bavière, compétiteur d’Otton III, et Gerbert
va assister Adalbéron pour contrecarrer son action avec l’aide de
Hughes Capet.
C’est
au tour de Lothaire de mourir, en 986, laissant un fils, Louis V,
qui, tué dans un accident de chasse, n’aura régné qu’un an.
Une assemblée des grands se réunit à Senlis et c’est une fois
de plus Adalbéron et son conseiller Gerbert qui jouent un rôle décisif.
L’archevêque fait élire roi Hughes Capet contre un représentant
de la famille carolingienne, Charles de Lorraine. C’est encore
Adalbéron qui sacrera Hughes Capet quelques jours plus tard,
faisant couronner le nouveau roi par les évêques présents.
Lorsque
Charles de Lorraine, ne désarmant pas, se fait aider par le nouvel
archevêque de Reims, Arnoul, qui est aussitôt convaincu de
trahison et déposé, la réputation de Gerbert d’Aurillac est
telle que c’est lui qui est élu à sa place.
Cette
nouvelle péripétie est l’occasion de la première affirmation du
gallicanisme au sein du clergé européen. La papauté ne voudra pas
reconnaître le nouvel archevêque. Gerbert, toujours soutenu par
Hughes Capet, s’explique en vain au cours de nombreux synodes.
Finalement, préférant lâcher prise afin d’éviter un schisme et
l’excommunication des évêques qui l’ont soutenu, il retourne
à l’automne 997 au service d’Otton III comme précepteur.
Il
ne perd pas au change. Otton III le fera nommer archevêque de
Ravenne puis élire pape en mars 999.
Le
fait que le nouveau pape choisisse le nom de Sylvestre II est lui
aussi significatif. Comme le premier pape Sylvestre fut le
conseiller de Constantin, lui sera le conseiller de l’empereur
Otton.
Un pape faiseur de rois, bâtisseur
d’Europe
Les
Magyars ou Hongrois, descendus des pentes occidentales de l’Oural,
ont été battus par Otton Ier en 955. Ils commencent à se sédentariser
dans l’ancienne Pannonie romaine et l’Église a fondé des évêchés
à Esztergom et Kalocsa. Plutôt qu’élargir l’Empire, Otton III,
conseillé par Sylvestre II, décide de la constitution de nouveaux
royaumes.
L’Europe
occidentale compte maintenant le royaume des Francs, l’Europe
centrale vient de voir la naissance au Xe siècle de la Pologne avec
l’union des tribus gouvernées par la dynastie Piast et la
constitution d’une Église polonaise sous l’impulsion de
Sylvestre II[23].
Le
royaume de Hongrie, avec le consentement d’Otton III, va naître
à son tour lorsque Vaïk, fils du duc des Magyars, se convertit au
catholicisme romain et prend le nom d’Etienne Ier. Il est sacré
roi de Hongrie à la Noël de l’An Mil avec une couronne envoyée
par le pape Sylvestre. Huit évêchés sont crées, le système
tribal est aboli et les Hongrois doivent abandonner le chamanisme.
C’est
ainsi que les frontières de l’Église romaine sont repoussées
jusqu’à la Vistule et jusqu’au Danube moyen.
Mais
ces grands visionnaires de l’Europe future ne verront pas leur œuvre
prospérer. Otton III meurt en 1002, à l’âge de 22 ans.
Sylvestre II meurt à son tour en mai 1004.
Ils
ont laissé une Europe politique en voie de formation, dont
l’identité, après le grand schisme avec l’Église orthodoxe de
Byzance quelques décennies plus tard (en 1054), est chrétienne et
définitivement romaine.
Mais
c’est aussi et surtout, alors que l’empire romain germanique,
puis le Saint Empire, se fragmentent, la naissance d’une Europe
des nations.
Retour à Aurillac
C’est
donc par un juste retour des choses qu’il est revenu à Gabor
Szinte, artiste hongrois, d’immortaliser par son œuvre les épisodes
d’une vie si totalement dévouée aux sciences, à
l’enseignement et à la
«chose publique ».
Dans
un vaste ensemble de douze fresques, le peintre a retracé les
moments significatifs d’une carrière représentative de ce qu’était
l’Europe d’alors, véritable creuset des cultures les plus
diverses, allant des lointains rivages d’Afrique du Nord d’où
viennent les sciences arabes aux confins de l’Oural et des steppes
slaves.
Cette
œuvre originale, immortalisée dans la pierre de cette vieille église
du fin fond du Cantal, est comme un signe venu du fond des âges
appelant à l’Europe fraternelle de demain.
Edith
HERDHUIN
Contact pour
la visite de l’église de Saint-Simon:
Mairie de Saint-Simon - Le Bourg - 15130 Saint-Simon
Tél.
: 04 71 47 10 10
Bibliographie : Gerbert
d’Aurillac, pape de l’An mil, Pierre Riché – FAYARD
(1987)
Épuisé
mais disponible en consultation à la B.N.F. à Paris.
Sites Internet :
www.encyclopedie-universelle.com
www.herodote.net/histoire04022.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sylvestre_II
[1]
Au VIIe siècle, l’Auvergne est disputée entre les
Francs et les Aquitains. Conquise par les carolingiens
au début du IXe siècle, elle est intégrée un temps
au royaume d’Aquitaine qui s’étend à l’époque
de la Loire aux Pyrénées.
[2]
Cette abbaye fut fondée par Guillaume 1er
duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne, en 910.
Elle sera destinée à devenir la plus illustre
et la plus grande abbaye du monde occidental par
sa position géographique et culturelle, sur la
ligne de partage entre langue d’oc et langue d’oïl.
Grâce aussi à sa représentation géopolitique
puisqu’elle se situe à la frontière du Saint Empire
et dépend donc à la fois du droit coutumier germanique
et du droit écrit romain. L’abbaye, obéissant à la
règle de Saint Benoît (travail et prière) organise en
moins d’un siècle un réseau d’abbayes-filles qui
diffusent son savoir et matérialisent son pouvoir dans
une bonne partie de l’Europe occidentale. Dès l’An
Mil, ses abbés inspirent les papes et les princes.
[3]
Signalons, dans notre souci de mettre en évidence
l’entrelacs des intérêts et des cultures de
l’Europe occidentale autour de l’An Mil, qu’il
existait des relations constantes entre Catalogne et
France par la Via strata francisca et que le comte
Borrell, petit-fils du fondateur de la Catalogne,
Guifred, restait fidèle au roi carolingien. Ces liens
entre les deux « nations » resteront vivaces
jusqu’à nos jours.
[4]
En 47 av.J.C., le premier incendie de la Bibliothèque
d’Alexandrie, conçue par Alexandre le Grand ( qui en
aurait reçu l’idée de son maître Aristote), aurait
détruit une grande partie des 500 000 à 700 000
volumes qu’elle contenait (de volumen, rouleau de papyrus), soit 30 50 000 titres environ. Moultes
fois reconstruite, elle fut détruite pour la dernière
fois par le général Am Ibn al’As en 642. On considère
que c’est par les traductions de lettrés et savants
arabes tel Averroès, considéré comme le grand
commentateur d’Aristote, que les savoirs
philosophiques et scientifiques grecs firent leur entrée
dans l’aire chrétienne. Mais,
si on se rappelle que Ptolémée 1er (général
d’Alexandre devenu pharaon après la mort de celui-ci
) demandait également à tous les pays connus dont les
navires faisaient escale dans le port d’Alexandrie de
transmettre à la bibliothèque des exemplaires de leurs
œuvres les plus significatives, œuvres aussitôt
traduites en grec, on peut penser que le reste du
« monde connu » a également pu apporter sa
petite contribution… (La considération finale est
de l’auteur de cet article).
[5]
Occupée par les Wisigoths puis par les Arabes au VIIIe
siècle, la Catalogne devint une marche franque au IXe
siècle et fit ainsi partie du duché d’Aquitaine.
C’est au Xe siècle qu’y est fondé le comté de
Barcelone qui s’étend sur le midi de la France. Elle
est réunie à l’Aragon en 1137.
[6]
Voir bibliographie en fin de texte.
[7]
La littérature courtoise de notre patrimoine médiéval
est largement inspirée par les poètes de la Perse et
du califat de Bagdad.
[8]
Isidore de Séville, évêque
espagno
l du VI e et VII e siècles, dont la sœur aînée avait
épousé le roi des Visigoths, Léovigild, avait pour
ambition de sauver tous les vestiges de la culture gréco-romaine
pour les transmettre aux Barbares. Il est l’auteur de
l’une des premières encyclopédies (20 volumes) de la
culture occidentale. Il y traite de tous les domaines,
depuis la rhétorique jusqu’à l’équitation en
passant par la zoologie et les mathématiques (Cf.
Encyclopédie en ligne Agora - http://www.encyclopedie-agora.org/
ou http://agora.qc.ca/).
[9]
Calcul complexe puisqu’il s’agit
d’évaluer l’avance du moment de l’équinoxe
liée au lent déplacement de l’axe des pôles autour
d’une position moyenne par suite de l’attraction de
la Lune et du Soleil au niveau de l’équateur (Larousse
encyclopédique universel).
[10]
Voir le catalogue de la très belle exposition L’âge
d’or des sciences arabes organisée par
l’Institut du Monde Arabe du 25 octobre 2005 au 19
mars 2006. On y précise que Gerbert d’Aurillac, à
l’heure où les sciences sont au point mort dans
l’Europe chrétienne, aurait rapporté un astrolabe
d’Espagne, usant plus tard de son statut de pape pour
en imposer l’usage chez les clercs.
[11]
Encore quelques subtilités de la géopolitique du haut
Moyen Age: Otton 1er, roi de Germanie depuis
936 et roi d’Italie depuis 950, est couronné empereur
par Jean XII, qu’il a fait pape, en 962. Et, en 970,
il est à Rome pour accueillir la princesse byzantine
que son fils, le futur Otton II, doit épouser.
[12]
Autre aspect des stratégies des dynasties régnantes de
l’Europe naissante: le roi de France, Lothaire,
était le fils de la sœur d’Otton Ier, Geberge.
[13]
Boèce, homme politique, philosophe et poète latin du
Ve et VIe siècle
Ap.J .C, fut le premier commentateur philosophique
d’Aristote.
[14]
Les Arabes orientaux ont conservé la graphie
indo-persane des 9 chiffres (al sifr = zéro en arabe, de sunya,
en babylonien, qui signifie « vide »). Les
savants arabes d’Afrique du Nord ont préféré une
nouvelle graphie appelée maghrébine. Ce sont ces
chiffres, dits aussi gobar,
que Gerbert va introduire en Europe.
[15]
Notons que, contrairement à une légende tenace qui
attribue son introduction en France par Gerbert, le zéro
n’était pas utilisé. On laissait simplement la case
correspondante vide. (Cf. P. Riché, op.cit.)
[16]
On retrouvera le même type de démarche pédagogique
quelques siècles plus tard quand Vincenzo Coronelli,
franciscain italien, confectionnera sur une commande de
Louis XIV pour le château de Marly deux globes de 3,87
m de diamètre et pesant 2,3 tonnes chacun. L’un
propose du monde une vision purement économique,
attirant l’attention sur les ressources de chaque
partie du globe (chasse à la baleine, pêche des
perles, huiles, cultures). L’autre, globe céleste,
offre une vision laïque de l’univers avec une image
de la voûte céleste et de ses constellations dans la
position qu’elles occupaient à la naissance du grand
Roi. L’originalité de cette présentation réside
dans le fait qu’intégrant les découvertes
scientifiques de l’époque, elle propose une
perception astronomique et non religieuse de
l’univers. Le spectateur regarde la voûte de l’extérieur,
se trouvant dans la position de Dieu, comme le fut Louis
XIV quand il admira l’œuvre pour la première fois.
Aujourd’hui, après avoir été exposés à
l’automne 2005 au Grand Palais, à Paris, les globes
de Coronelli sont retournés à la Bibliothèque
nationale de France où ils sont présentés au public
dans le hall Ouest.
[17]
Au VI e siècle ap. J.-C., le philosophe latin Boèce
est imprégné de la théorie pythagoricienne selon
laquelle le nombre étant le principe de toute chose, la
musique n’est rien d’autre que la science des
nombres qui régissent le monde, la source de
l’harmonie universelle. Boèce distingue trois
musiques, la musique du monde (ou musique des sphères),
la musique de l’homme (rapport de l’homme avec le
cosmos dans l’harmonie de l’âme et du corps) et la
musique instrumentale (imitation de la musique des sphères
établissant un rapport harmonieux entre la sensibilité
et la raison). La musique n’est donc pas considérée
comme un divertissement mais comme un art de formation
et de perfectionnement de soi (Encyclopédie en ligne
Agora). On comprend mieux ainsi qu’elle ait pu intéresser
notre futur pape !
[18]
cf. Correspondance de Gerbert d’Aurillac (Lettres 70 à 91)- Cité par
Pierre Riché, op.cit.
[19]
Bien mal lui en prit puisque, nommé consul par Théodoric
en 510, il fut accusé de trahison et exécuté.
[20]
Scot Érigène, théologien irlandais du IXe siècle,
est à l’origine d’un courant de pensée qui détache
la philosophie de la théologie.
[21]
Il est devenu empereur à la mort de son père Otton Ier
en 973,
[22]
Hughes Capet fondateur de la dynastie capétienne, est
le fils et l’héritier du « duc des Francs »,
Hughes le Grand, maître d’un important domaine autour
de Paris. Il est surnommé « capet », de cape
ou chape,
parce qu’il est l’abbé laïc de l’abbaye de
Noirmoutier où est conservée la chape de Saint-Martin.
A cette époque, les capétiens exercent leur autorité
directe sur un territoire exigu, entre Seine et Loire.
C’est par mariage, achat et conquêtes qu’ils étendront
plus tard le domaine royal. Ce sont eux qui ont mis en
place les institutions fondamentales de la monarchie
française (cf. les « Rois maudits »et plus
particulièrement Philippe le Bel) et ont développé
une administration centralisée. La dynastie des Valois,
qui leur succédera, est issue d’une branche collatérale
[23]
Rappelons que c’est sous le pontificat du pape précédent,
Jean XV, contemporain du règne de Hughes Capet, que le
prince de Kiev, Vladimir, se convertit à la foi chrétienne,
frayant la voie à la christianisation de la Russie, et
que commence l’évangélisation des pays scandinaves.
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