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Madame l’Ambassadrice, merci de nous accueillir
à l’Ambassade pour cette interview.
La
Bulgarie vient de rejoindre l’Union Européenne il y a moins d’1
mois. Que vous inspire personnellement cet événement ?
Après une
longue et difficile période de transition, cet événement est un
moment d’ouverture historique, qui clôt une longue période et
ouvre pour nous une nouvelle ère : une ère européenne. Cela
suscite un véritable espoir pour notre pays, avec l’ouverture de
portes nouvelles et un grand élan vers l’avenir…
Comment
cela a-t-il été vécu en Bulgarie ?
Avec grand
enthousiasme, et beaucoup de festivités. Sofia a été la ville la
plus illuminée d’Europe (sans doute avec Bucarest) ! Le
sentiment dominant est très positif, mais s’il reste ici et là
certaines poches de scepticisme.
Pour
en arriver là, quels ont été les priorités, les efforts
accomplis, et ceux qui restent à faire ?
Beaucoup
d’efforts et de nombreux sacrifices ont été accomplis au cours
des dernières années. Mais, il reste bien sûr des choses à
faire.
Parmi nos priorités : 1) Fermer les deux derniers réacteurs
de la centrale nucléaire de Kosloduy. C’est important pour
supprimer tout risque, mais cela va poser temporairement des problèmes
d’alimentation en électricité pour la Bulgarie et une partie de
la région. De nouvelles centrales, de nouvelle génération, vont
être construites, réalisées par un consortium d’entreprises
européennes dans lequel figure notamment Areva et Siemens. C’est
important pour la compétitivité à moyen terme de l’économie
bulgare. 2) Poursuivre
la réforme du système judiciaire et des affaires intérieures. Le
gouvernement bulgare a décidé de créer un groupe spécial
interministériel pour suivre ces efforts, qui feront également
l’objet d’un « reporting » régulier auprès des
institutions européennes. Il est important de noter également
qu’il y a désormais une grande mobilisation de l’opinion
publique, des médias et des partenaires sociaux (patronat,
syndicats…) sur ce thème.
La société bulgare dans son ensemble veut en effet agir vite pour
profiter pleinement des avantages de l’adhésion.
Pour
des personnes qui ne connaîtraient pas du tout votre pays, comment
le décririez-vous en quelques mots ?
La Bulgarie,
c’est une « petite France », avec une grande variété
de paysages et de sites à visiter. Le climat y est agréable et les
gens accueillants. Et tout cela à un tarif actuellement très
attractif…
Que
diriez-vous à ceux qui sont inquiets du fait des délocalisations
industrielles dans certains pays d’Europe centrale ou orientale ?
Nous
comprenons les soucis des français. Mais la France doit garder son
bel esprit de partage et de solidarité, l’esprit de Jean Monnet
et de Robert Schuman.
Il est essentiel que la France, pays fondateur, pays inspirateur,
reste au cœur du projet européen, et c’est ensemble que nous
devons chercher des réponses à certains défis de la
mondialisation.
Ce qu’il est important aussi de bien comprendre, c’est que
depuis plusieurs années, les « nouveaux pays », que ce
soit la Pologne ou la Bulgarie, constituent de nouveaux marchés
pour les entreprises françaises, les grandes entreprises et les
PME.
La France est le 4ème pays du monde dans les échanges
commerciaux de la Bulgarie. Les exportations françaises vers la
Bulgarie ont régulièrement augmenté, ce qui est bon pour les
entreprises et les emplois en France. J’ai cité Areva précédemment ;
je pourrais également citer Alstom, pour la modernisation d’une
centrale thermique, Schneider, Eurocopter (qui crée des emplois en
France grâce à un gros contrat avec la Bulgarie) et d’autres. Et
il y a également des PME françaises très dynamiques qui ont fait
des joint-ventures en Bulgarie. C’est bon pour la Bulgarie ;
c’est bon pour la France. Nous aimerions qu’il y en ait plus et
nous invitons encore plus d’entreprises françaises, notamment les
PME à faire des affaires avec nous.
C’est le moment opportun pour les entreprises françaises de venir !
Les courants d’affaires sont déjà importants mais les
investissements français en Bulgarie restent trop modestes, avec
280 millions d’euros (14ème rang), loin derrière les
Allemands, les Autrichiens, les Italiens, qui investissent beaucoup
plus.
Plus le niveau de vie augmente en Bulgarie, et en cela l’adhésion
à l’UE devrait donner un coup d’accélérateur pour les années
à venir, plus cela ouvre de marché pour des entreprises françaises.
La
Roumanie aussi a rejoint l’UE le 1er janvier 2007.
Quels sont vos liens avec ce pays ? Vos relations ?
Nous
entretenons d’excellentes relations. Nous avons régulièrement réalisé
beaucoup d’échanges depuis des siècles (Empire Ottoman…). Des
révolutionnaires bulgares ont souvent vécu en Roumanie. Il existe
quelques rivalités de territoires dans les Balkans, mais pour la
première fois, depuis la chute du communisme, période pendant
laquelle il y avait une certaine rivalité entretenue par le
pouvoir, nous avons la possibilité d’échanges très proches.
Les deux peuples se redécouvrent, les échanges économiques
et culturels se développent et doivent encore se développer…
Il est également important de souligner que durant notre préparation
à l’adhésion, la coopération entre nos deux pays a été
exemplaire.
Comment
voyez-vous l’évolution de la situation dans les Balkans dans les
années à venir ? Que pourrait/devrait faire l’UE / l’ONU ?
L’évolution
a été globalement positive ces dernières années. Mais, la
Bulgarie a beaucoup souffert des problèmes dans les Balkans, économiquement,
politiquement, ainsi que du fait du développement de grands réseaux
de criminalité qui ont découlé des années de guerres et
d’embargos.
La Bulgarie a reçu beaucoup d’encouragements de la Serbie, de la
Macédoine, de l’Albanie, pour son adhésion à l’UE. C’est
important pour ces pays.
Notre sentiment est que l’UE doit beaucoup plus s’impliquer dans
la recherche d’une solution dans les Balkans, et bien sûr la
Bulgarie est prête à jouer un rôle important. L’accent doit se
porter notamment sur les démocraties fragiles : la Bosnie, le
Kosovo. Il faut prendre rapidement des mesures concrètes.
Un avenir européen doit être confirmé pour ces pays ; l’UE
doit s’engager pour leur proposer cet avenir : ce sera le
meilleur moteur pour leur développement et leur stabilité. Avec
une perspective d’avenir, on est prêts à accepter des
sacrifices…
Et la Bulgarie, qui est bien placée pour comprendre cette problématique
et pour agir concrètement dans la région souhaite apporter ses
connaissances et son expérience au sein de l’UE pour trouver des
solutions qui redonneront espoir à cette partie de l’Europe…
Pour
finir, qu’est-ce que Jean Monnet évoque pour vous ? Est-ce
qu’il évoque quelque chose dans votre pays ?
Jean Monnet
est encore trop peu connu en Bulgarie, mais nous allons voir dans
quelle mesure nous pouvons vous aider à mieux le faire connaître,
notamment en vous mettant en relation avec des professeurs
titulaires de « chaires Jean Monnet ». Nous allons également
essayer d’organiser avec vous des visites de personnalités et de
jeunes bulgares à la Maison de Jean Monnet.
Merci
beaucoup, Madame l’Ambassadrice, pour votre accueil et d’
avoir
bien voulu répondre à nos questions.
Arnaud PINON
Roger Garnier
ancien
banquier, conférencier
sur Jean Monnet
Cher Roger Garnier, nous tenions à vous
interviewer, en tant que conférencier sur Jean Monnet.
Pourriez-vous commencer par nous dire quel a été votre parcours
personnel ?
Je suis né à
Javrezac, près de Cognac, dans une famille modeste… Mon père était
ouvrier tonnelier et possédait un peu de vigne.
En 1941, j’ai travaillé dans une maison de cognac pendant 18
mois. Comme Monnet, j’y ai appris très tôt que la patience est
une vertu importante pour faire quelque chose de qualité. Le 1er
juin 1942, j’entre au Crédit de l’Ouest, une banque locale de
Charentes. J’y reste jusqu’à ma mobilisation, à la fin de la
guerre.
Sans autre diplôme que le certificat d’études, j’ai alors décidé
d’acheter des livres et d’étudier tout seul pour présenter le
baccalauréat, auquel j’ai été reçu. J’ai fait ensuite des études
de Sciences économiques : licence, puis DES, puis doctorat…
C’est en 1950 que j’ai été présenté à Jean Monnet par Jean
Poupelain, un distillateur de cognac qui le connaissait bien. A
cette époque, sans bien connaître son parcours, je l’avais trouvé
attachant et sympathique.
J’ai ensuite souhaité revenir dans le monde bancaire. Quand je
suis arrivé à la banque de l’ouest, j’ai pensé que tous mes
diplômes allait rapidement me permettre d’accéder à des postes
de responsabilités : dix années auparavant, on m’avait dit
que rien n’était possible sans diplôme… Cette fois, le
directeur général de la Banque de l’Ouest me dit que les diplômes
ne servaient à rien… et je retournais au guichet finir mon
apprentissage.
Toute ma carrière s’est ensuite déroulée dans la banque
jusqu’au poste d’administrateur directeur général de la
filiale suisse du CCF dans les années 80. Je me suis très tôt
passionné pour les questions monétaires. A ce titre, j’estime
que la création de l’euro est un très grand événement qui va
conduire à une nouvelle phase importante de la construction européenne…
J’ai quitté le CCF et pris ma retraite en 1983. Membre de
l’Union des français de l’étranger, je me suis peu à peu intéressé
à la vie des français qui ont réussi de grandes opérations à
l’étranger.
Quand et comment en êtes-vous venu à faire des
conférences sur Monnet qui remportent un grand succès aux quatre
coins de l’Europe ?
Depuis les années
50, on m’avait parlé de Jean Monnet à plusieurs reprises,
notamment Pierre Uri à la Société d’économie politique. Honnêtement,
le personnage m’avait semblé sympathique lors de notre brève
rencontre, mais je ne le situais pas très bien. Ce n’est qu’en
2000, lorsque je me suis intéressé de très près à l’euro, que
j’ai décidé de lire ses Mémoires (Fayard), et que le personnage
m’a fasciné.
Fasciné au point d’en faire l’objet de conférences ?
Absolument.
J’ai fait une première conférence en 2000, à la Maison des
Centraliens, sur le thème « Jean Monnet, français de l’étranger
et père de l’Europe ». Un des participants, enthousiaste,
m’a alors invité à faire la même conférence à Orléans ;
la même chose s’est ensuite produite à Vendôme, puis à Châteaudun.
C’est ainsi que, d’invitation en invitation, j’ai poursuivi
mes conférences, en France et à l’étranger, et que j’en ai réalisé
25 à ce jour, dont une à Cognac le 22 avril 2006 qui a rassemblé
plus de 400 personnes… Dès ma première conférence, le
professeur Henri Rieben
s’est intéressé à mon travail et une grande complicité est née
entre nous…
Comme vous le savez, nous réalisons près de 300
conférences et séminaires par an à la Maison de Jean Monnet. Le
public est alors dans un lieu historique unique et est impatient de
comprendre comment un jeune négociant en cognac a pu accomplir tant
de choses exceptionnelles au cours de sa longue carrière au service
de la paix et de l’union entre les hommes. De votre côté,
comment parvenez-vous à accrocher des publics variés, dans des
lieux très divers ?
Je ne commence
plus mes conférences par « Jean Monnet est né à Cognac en
1888… », mais par « En 1943, Jean Monnet est à Alger
et il réfléchit à l’avenir des peuples d’Europe ».
C’est une accroche, une ouverture, qui captive généralement mon
auditoire… Puis, je parle avec enthousiasme du parcours de cet
aventurier précoce avec qui j’aurais beaucoup aimé pouvoir
travailler. J’évoque cet homme qui aimait « faire simple »
et « aller à l’essentiel », cet homme qui a été
toute sa vie « porté par un idéal au service de l’humanité »,
cet homme d’origine plutôt modeste qui tout au long de sa vie a
eu un rayonnement sur des individus extraordinaires qui ont fait
l’histoire avec lui…
Arnaud
PINON
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